Les héros du jour : les conseils d’un professionnel de l’hygiène

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Dans cette période critique, où les opérations de désinfection démontrent encore une fois leur absolue nécessité, les prestataires de service, opérateurs de désinfection, sociétés de nettoyage ou encore entreprises de la filière 3D, accompagnent l‘état d’urgence sanitaire déclarée par l’État marocain, pour lutter contre cette épidémie. Ceci passe par des activités de désinfection et, surtout, de sensibilisation. Gérant d’une entreprise de distribution de produits anti-nuisibles, et Président de l’Association Marocaine des professionnels de la Dératisation, Désinsectisation et Déreptilisation (AM3D), Abdekrim Alghourfi partage exclusivement, avec FOOD Magazine, son expérience professionnelle et son savoir-faire, mis en pratique au service de la crise du Covid-19.

L’AM3D met également à la disposition des professionnels de l’hygiène publique, adhérents comme non-adhérents, des documents d’information importants pour mieux appréhender la gestion des opérations de désinfection générale qui seront de plus en plus demandées dans les prochains jours : 

–  Guide général sur les gestes « barrière » de précaution à respecter ;

–  Les modes et voies de contamination par le Coronavirus COVID-19 ;

–  Modèle de protocole de désinfection post-nettoyage à transmettre avant vos opérations.

FOOD Magazine :

Comment vous organisez-vous pour faire face à cette crise dans le cadre de votre secteur d’activité ? 

Abdlekrim Alghourfi, Directeur de PAN Maroc et Président de l’AM3D :

Tout d’abord, il faut rappeler que nous apprenons chaque jour de nouvelles informations sur le Coronavirus. Les informations disponibles, à ce jour, sont le résultat des études en cours. 

Comme la désinfection est un élément primordial de la lutte contre la propagation du Covid-19, notre contribution se focalise sur 2 principaux volets : 

L’activité commerciale qui regroupe les prestataires de service ainsi que les acteurs des chaînes de production, distribution, importation, etc. 

Les initiatives citoyennes mises en place par l’Association Marocaine des professionnels 3D (AM3D), déjà en cours.

Actuellement, la situation du Maroc face à cette crise est claire. Pour notre secteur, tout le monde a été pris de cours (fabricants, importateurs, distributeurs, clients finaux, utilisateurs, prestataires de service et sociétés de nettoyage). En effet, après l’ensemble des mesures mises en place par le gouvernement, notamment fermeture des écoles, confinement, suspension des lignes aériennes, et avec l’augmentation du nombre des cas infectés, une demande accrue en services de désinfection et en produits de nettoyage/désinfection a été observée. 

Dans ce sens, la contribution de AM3D a commencé par le conseil, la sensibilisation et l’établissement d’un nombre de protocoles. L’objectif étant d’expliquer la place de la désinfection dans la lutte globale contre la propagation du Covid-19. L’opération de la désinfection a certes un rôle très important. Mais les citoyens, comme tout autre utilisateur du service, doivent comprendre que cette opération n’est pas toujours suffisante si elle n’est pas suivie d’un plan de nettoyage régulier. Aujourd’hui, le Ministère de la santé a mis au service de la population des informations utiles, qu’il faut suivre (nettoyage régulier des mains, mesures à prendre à la maison, accroitre les fréquences du nettoyage, …). En outre, il faut comprendre également que la désinfection doit se faire quotidiennement au niveau des points de contact avec les mains. Outre la sensibilisation des citoyens, une sensibilisation des prestataires de service a eu lieu ; et ces derniers procèdent eux-mêmes à la sensibilisation de leurs clients.

Après toute cette vague, la difficulté majeure rencontrée était la rupture du stock. Elle concerne tous types de matériels liés à la désinfection et à la protection (gants, matériel professionnel, masques, …). Ceci est dû à une demande très élevée de la part des citoyens, accompagnée d’un manque de recherche d’informations de leur part ainsi que les fake news qui circulent. Du coup, en tant que fournisseurs, nous essayons chaque jour de gérer cette situation localement. Il est à signaler que c’est une problématique qui nécessite beaucoup de réflexion, dans un pays où la source principale de ce type de produit était souvent l’importation. 

Actuellement, les actions de désinfection sont menées jour et nuit au niveau des maisons, usines, bureaux, particuliers, moyens de transport, etc. Des actions qui ont commencé dans les villes enregistrant un nombre élevé de cas infectés par le Covid-19 et qui se font aujourd’hui dans plusieurs autres villes. De plus, nous recevons souvent des commandes de la part de certains prestataires qui se sont engagés dans des actions de sensibilisation et de désinfection gratuite au niveau de leurs zones. Sur ce point, le rôle de l’Association AM3D s’est révélé, en assurant un rôle de coordination et de rapprochement entre les prestataires et en ayant une coopération active le Ministère de l’intérieur. Dans le cadre du confinement, nous avons créé des groupes WhatsApp regroupant l’ensemble des prestataires de toutes les villes, principalement Agadir, Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Marrakech et Tanger. L’objectif étant de donner un sens à l’Association, en répondant aux problématiques existantes : manque de produits, sensibilisation, etc. Ainsi, plusieurs initiatives sont déjà en place, notamment au niveau des hôpitaux et voies publiques, ainsi que des actions de sensibilisation chez les particuliers. 

L’un des objectifs de la sensibilisation est l’amélioration des compétences des opérateurs de la désinfection. Ici, deux cas majeurs se posent. D’un côté, nous avons constaté l’application inappropriée des opérations de désinfection par un nombre d’opérateurs au niveau des zones publiques (moyens de transport par exemple). Une désinfection de ces zones doit impérativement être faite en 2 temps : un nettoyage (manuel s’il le faut) des points de contacts, avec un désinfectant adapté, puis une désinfection globale. D’un autre côté, il est à rappeler que les actions de fumigation sont insuffisantes, quand elles sont appliquées seules. La fumée appliquée dans un endroit, intérieur ou extérieur, a tendance à monter à cause de sa légèreté. Or, les points de contacts visés par cette opération se trouvent dans un niveau bas (claviers, poignet, interrupteur…). C’est ici que nous touchons clairement les conséquences de l’absence d’une formation initiale des opérateurs.

Enfin, il faut ajouter qu’aujourd’hui, nous devons aller vers la production locale, dans une période où l’importation n’est plus maitrisée. Dans ce sens, je tiens à informer que des productions de gels hydro-alcooliques sont en cours au Maroc, afin de dépasser la situation de rupture. Une liste établie des entreprises mobilisables, capables de contribuer à la crise (production, distribution, sensibilisation…), est également en cours de mise en place.

Quelles mesures spécifiques avez-vous mis en place pour assurer la sécurité de vos équipes ?

En termes de sécurité, tous les opérateurs sont sensibilisés et équipés. Ils disposent tous d’une protection professionnelle (masques, combinaisons jetables, matériel professionnel, …), et sont conscients de toute les précautions nécessaires. La seule difficulté est le niveau de formation. Nous constatons que certains sont en formation continue, lisent. Mais que d’autres sont en train de découvrir la désinfection et font encore des erreurs. Ainsi, c’est à nous de les orienter.

Au niveau des équipes, en étant une société de distribution, nous avons mis en place un protocole simple de prévention (rotation un tiers deux tiers) : deux tiers du personnel reste à la maison, en télétravail, en vue de répondre aux besoins des clients par téléphone et l’autre tiers procède en rotation. De plus, nous n’avons plus de réception physique au bureau, et tout se fait à distance. Plus encore, nous avons établi des règles au niveau des dépôts, en ne laissant rentrer qu’un petit nombre de gens. Toutefois, nous restons complètement opérationnels au niveau de l’ensemble de nos services durant toute la crise.

Sur ce, nous insistons sur le rôle de la désinfection dans les locaux, qui ne peut être réussie sans un plan de nettoyage. Ici, la sensibilisation du personnel de nettoyage s’impose, dans le but de suivre et d’assurer la continuité des résultats de la désinfection.

Je salue tous les acteurs de ce secteur, qui effectuent un travail formidable : prestataires de service, opérateurs de désinfection, sociétés de nettoyage et entreprises 3D, à travers des initiatives gratuites qu’ils organisent, afin que notre secteur apporte sa pierre à l’édifice et contribue à gérer la panique des citoyens.

Quelle est le rôle du secteur agroalimentaire dans la crise du Covid-19 ?

À mon avis, le risque sur la nourriture est maitrisé jusqu’à ce jour, surtout en présence de la cuisson qui tue le virus (intolérant aux températures élevées). De plus, nous d’avons jamais mis en cause les aliments dans la propagation du virus ; c’est plutôt le contact direct avec une personne infectée, ou indirect avec un point de contact. 

Toutefois, si nous parlons d’un circuit court, oui, le risque existe. Comme le secteur de l‘industrie agroalimentaire ne peut pas arrêter sa production dans ces circonstances, l’industriel y joue un rôle important à travers un ensemble de mesures à mettre en place au niveau de son personnel. Ce dernier doit être sensibilisé sur le nettoyage régulier des mains, l’utilisation appropriée des gants jetables, le maintien, le renforcement et l’augmentation de la fréquence du plan de nettoyage.

Un autre point à risque est celui de l’emballage. Comme la durée de survie du Covid-19 dépend du matériau, il peut survivre jusqu’à 2 jours sur des emballages en carton, 4 jours sur le métal et 6 à 7 jours sur du plastique. Généralement, un industriel agroalimentaire se repose énormément sur les prestataires de service dans des opérations telles la désinfection. En IAA, cette opération commence par les véhicules de transport, puis les usines, et toutes sont des opérations qui doivent être coordonnés. 

À titre d’exemple, l’OCP a eu un cas infecté par le Covid-19 au niveau de son siège à sidi Maarouf. Ainsi, le Groupe a procédé à la désinfection immédiate du siège et des moyens de transport. Aujourd’hui, ils ont un plan quotidien de désinfection.

Nous pouvons conclure que, si au sein de la chaine de production, 3 éléments sont respectés (sensibilisation du personnel, plan de nettoyage efficace et prestataire qualifié), les produits alimentaires arrivant sur nos rayons sont salubres, si nous éliminons d’autres facteurs de risque, tels le personnel responsable de la manipulation de ces produits alimentaires dans un supermarché. 


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