Céline Montauriol, Directrice RSE du groupe Azura, et Benjamin Vauthier, CEO de Suez Maroc

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S’engageant dans l’agriculture durable, le groupe Azura, spécialiste de la filière des fruits et légumes, et SUEZ, expert mondial des métiers de l’eau et des déchets, ont annoncé, le 25 novembre dernier, un partenariat de 5 ans pour la valorisation des déchets. Désormais, Azura confie à SUEZ la gestion globale des déchets non-organiques générés par sa station de conditionnement située dans la région d’Agadir au Maroc. Fiers de leur politique, Céline Montauriol, Directrice RSE du groupe Azura, et Benjamin Vauthier, CEO de SUEZ Maroc, confient à FOOD Magazine les détails de ce partenariat et des projets qui en découlent, insistant sur la nécessité d’une transition vers l’économie circulaire.

FOOD Magazine

Comment est né ce partenariat entre Azura et SUEZ ?

Céline Montauriol 

Ce partenariat est né des engagements d’Azura en matière de développement durable. Nous avons eu la volonté de mettre en place un système de recyclage de nos déchets. Ainsi, nous nous sommes naturellement tournés vers SUEZ Maroc, un acteur partageant nos engagements et capable de nous accompagner sur la totalité de la valorisation des déchets.

Benjamin Vauthier 

SUEZ est engagé en faveur de l’émergence d’une agriculture durable. Il a donc été logique et naturel pour nous de répondre à l’appel d’Azura dans sa quête d’un partenaire spécialisé dans les solutions globales et intégrées en gestion des ressources dans le secteur agricole. Nous sommes aujourd’hui heureux de pouvoir accompagner le groupe Azura dans sa transition vers une économie circulaire.

Concrètement, décrivez-nous le processus de « gestion globale » des déchets générés par la station de conditionnement et les fermes Azura au Maroc

CM : À la sortie de chaque ligne de conditionnement, les déchets sont triés selon leur matière et leur type (barquette, flowpacks, cartons…) dans des contenants dédiés. Ils sont ensuite acheminés dans le parc à déchets de SUEZ, installé au sein même de notre site de conditionnement. C’est au tour de l’équipe de SUEZ de prendre le relai. Ce dernier prépare les déchets pour l’envoi dans les filières de valorisation : pressage, conditionnement en balles puis dans des bennes dédiées à chaque type de déchet.

BV : J’ajouterai qu’au-delà de ces prestations de gestion globale des déchets (collecte, tri, valorisation et traitement), nous avons déployé pour Azura un outil digital innovant permettant de suivre, en toute transparence, les informations importantes telles que les volumes de déchets produits, leurs destinations ou encore le nombre de kilomètres parcourus par les camions les transportant. Grâce à ces informations, il est possible de mettre en œuvre un pilotage précis afin de comprendre quelle est l’empreinte carbone et de la réduire par des actions concrètes, que ce soit dans la station de conditionnement et/ou dans les fermes du groupe Azura.

Quelle est la place de l’efficacité énergétique dans ce projet ?

CM : Ce projet comporte 2 volets :

la valorisation des déchets pour lesquels les filières sont existantes et la réalisation d’un test pilote de valorisation énergétique des déchets issus de l’arrachage et de l’effeuillage de nos pieds de tomates. Si les résultats du test sont concluants, ils pourront-être transformés en Combustible Solide de Récupération (CSR).

BV : Effectivement, nous avons opté pour une solution vertueuse de valorisation énergétique des déchets organiques, afin d’éviter le recours à l’enfouissement. Un pilote est actuellement en cours pour transformer ces déchets d’arrachage en CSR. Après une étape de séchage, broyage et criblage, ces déchets ainsi transformés pourront servir de combustibles en cimenteries. 

Quelles sont vos attentes en termes de résultats ?

CM : Nous avons différentes attentes. Notre principal objectif est d’améliorer l’économie-circulaire de nos déchets. Ces mêmes déchets devenant des matières premières pour d’autres entreprises. Mais il s’agit aussi d’un projet global permettant d’impliquer les salariés sur la nécessité et la possibilité de redonner une vie à nos déchets.

Quelle est la valeur ajoutée de ce type de projet au sein des défis environnementaux auxquels l’agriculture marocaine fait face ?

BV : Pour un pays comme le Maroc où l’agriculture est une composante essentielle de son économie, les enjeux climatiques, démographiques et environnementaux ne font que renforcer la place d’une gestion durable de l’agriculture. D’ailleurs, le Royaume, avec ses différents programmes et plans de développement des secteurs agricoles, accorde une attention particulière à l’aspect environnemental et à la gestion des ressources. Un partenariat comme celui qui nous lie avec Azura ouvre le chemin à une véritable synergie et complémentarité entre différents acteurs du secteur, vers une agriculture qui consomme moins d’énergie, moins d’eau, préserve plus efficacement la qualité des sols et valorise davantage ses déchets. 

CM : La valeur ajoutée est réelle. Ce type de projet permet clairement d’organiser les acteurs autour d’un même objectif : la durabilité de la filière agricole marocaine. Nous avons de nombreux défis à relever, celui de nos déchets fait partie d’un ensemble. Nous prouvons ainsi, qu’à force de conviction, d’engagement et de convergence d’objectifs, des solutions communes sont possibles.

À quel point est-il nécessaire aujourd’hui d’adopter ce genre de projets dans les entreprises agricoles et agroalimentaires ?

CM : Il est absolument nécessaire pour la durabilité de nos activités. Au-delà des exigences grandissantes de nos clients, il s’agit simplement d’assurer la durabilité économique de son entreprise au cours des décennies futures et pour les générations futures.

BV : Aujourd’hui, compte tenu de l’enjeu de développement des pays, mettre en place et pérenniser des filières agricoles durables est plus qu’une nécessité. Ajoutez à cela des consommateurs de plus en plus exigeants quant aux produits qui arrivent dans leurs assiettes. Un groupe comme Azura montre la voie à suivre pour d’autres entreprises agricoles et agroalimentaires qui souhaitent améliorer leurs performances, grâce à la mise en place de l’économie circulaire dans le secteur agricole.

Quels sont les projets d’avenir de SUEZ au Maroc ?

BV : Nous poursuivons notre programme de création de plateformes multimodales de gestion des déchets industriels avec Boone Comenor Metalimpex, filiale de SUEZ. Après l’Atlantic Free Zone de Kénitra, où notre plateforme a vu le jour en 2020, nous lancerons bientôt les travaux de construction dans la TFZ de Tanger.

Ces plateformes offrent aux industriels régionaux des services de proximité mais aussi des installations innovantes à la pointe de la technologie, à l’instar de l’unité de transformation des câbles qui permet de broyer et de séparer les métaux non ferreux des plastiques, augmentant ainsi les taux de valorisation et posant les bases d’une économie circulaire au Maroc.

À nos clients industriels, nous comptons étoffer notre panoplie de prestations avec des solutions de gestion des résidus industriels spéciaux, de l’eau industrielle ou encore de réduction de l’empreinte carbone. 

Sur un autre registre, et forts de notre expérience réussie au centre d’élimination et de valorisation de la ville de Meknès, nous comptons faire profiter d’autres villes de notre savoir-faire en vue d’un traitement plus avancé des déchets, plus particulièrement dans le traitement du lixiviat qui reste un enjeu majeur pour le Royaume. À titre de rappel, le centre de Meknès est doté de la technologie Evalix™, procédé unique à l’échelle nationale, qui complète la station de traitement des lixiviats en séchant les effluents concentrés grâce à la chaleur produite de la combustion du biogaz issu de la zone d’enfouissement du centre : encore un exemple d’économie circulaire que SUEZ s’évertue à mettre au service de ses clients.

De son côté, Azura travaille-t-elle sur d’autres projets de développement durable ? Si oui, lesquels ?

CM : Nous portons des engagements forts sur le changement climatique puisque nos tomates sont neutres en carbone depuis le mois de décembre. L’affichage de cet engagement est visible sur l’ensemble des packs de tomates Azura vendus chez les distributeurs depuis mars 2021. La neutralité carbone d’Azura est incarnée par un logo « 100% carbon neutral » et matérialisée par le « A » majuscule d’Azura. Un QR permet aux consommateurs de découvrir les projets soutenus par Azura et l’ensemble des actions mises en œuvre pour réduire son empreinte environnementale depuis plus de 10 ans.

Quelle place occupe l’économie circulaire au sein de la politique d’Azura ?

CM : L’économie circulaire est un outil permettant d’atteindre des objectifs de développement durable planétaire, partagés par tous. Il s’agit ainsi de considérer les ressources naturelles comme globales, à partager sur l’ensemble de la planète et à recirculariser au maximum. Au sein d’Azura, nous élargissons cette approche à tous les nouveaux projets.

Quels sont les objectifs environnementaux de votre groupe ?

CM : Outre notre engagement climatique avec la neutralité carbone des produits, nous allons évidemment poursuivre notre plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre. De plus, nous souhaitons réduire au maximum nos prélèvements en eau. Sur la région d’Agadir, ce sont 50% de nos besoins qui proviendront de l’usine de dessalement de Tiznit. Nous souhaiterions, bien évidemment, pouvoir sourcer 100% de nos besoins dès que possible.

Quels sont vos projets d’avenir ?

CM : Que ce soit au niveau du groupe Azura ou avec nos clients distributeurs, les projets ne manquent pas. En tant que producteur de fruits et légumes, nous sommes particulièrement sensible à la protection de notre planète, et conscients des défis à relever. Notre production est basée sur l’utilisation des ressources que nous offre la Terre. Nous devons plus que jamais les préserver, les protéger et agir concrètement, jusqu’aux consommateurs finaux. D’un côté, ça revient à agir pour pérenniser ces ressources tout en garantissant une accessibilité à la nourriture pour l’ensemble des populations et, d’un autre côté, à agir dans le plus grand respect de notre environnement. Nous avons initié de grands changements, mis en place une ambition pour promouvoir une consommation de qualité, respectueuse de l’environnement. 

Parcours :

Céline Montauriol

Directrice RSE du groupe Azura, Céline Montauriol est passionnée par l’infusion et la prise en compte du développement durable à tous les niveaux d’une entreprise. Elle a commencé sa carrière en France en travaillant dans le secteur public avant de travailler dans un groupe agro-industriel. Dans ce secteur, elle a occupé le poste de Directrice Agronomie & Innovation en plus d’être en charge du développement durable.

Benjamin Vauthier

Depuis le 1er juillet 2017, Benjamin Vauthier assure la fonction de CEO de SUEZ Maroc. Après 11 années dans la valorisation des déchets organiques, industriels et collectivités (compostage, méthanisation,…), il rejoint le groupe SUEZ où il cumule une expérience de plus de 7 ans, d’abord en tant que Directeur d’agences collectivités et industrielles en France, puis en occupant le poste de Vice-Président de SUEZ en Pologne.


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One comment

  1. merci de cet interview arrivé à point nommé. À un moment déterminant (actualité: COP26).espérant que notre MAROC sera parmi les bons élèves du climat.
    nous souhaitons à ce projet ,si soucieux de l’environnement et de la survie de la planète , succès.
    j’opère dans ce secteur agricole depuis longtemps , et je mesure les contraintes et les obstacles que vous aurez à résoudre. Bonne continuation.

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