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Nabil Chaouki, Directeur de Développement des Filières de Production au MAPMDREF

« La première évaluation de l’état d’avancement des contrats programme signés laisse apparaître que les réalisations restent globalement satisfaisantes pour la plupart des filières agricoles »

Adoptée par le Plan Maroc Vert, l’approche « filière » est considérée comme un choix stratégique pour le pilotage, la mise à niveau et le développement du secteur agricole. Ce concept est basé sur une synergie conclue entre l’État et les interprofessions via des contrats programmes. Une décennie après le lancement du Plan Maroc Vert, qu’en est-il réellement ? Zoom sur cette approche stratégique avec Nabil Chaouki, Directeur de Développement des Filières de Production au Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux Et Forêts (MAPMDREF), qui répond à nos questions et nous présente le bilan du Plan Maroc Vert.

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10 ans après le lancement du Plan Maroc Vert, où en est-on ? Quid des réalisations ?

Nabil Chaouki

Le Plan Maroc Vert (PMV) a fait de l’approche filière un choix stratégique pour le développement du secteur agricole. Ce choix a été matérialisé par la mise en place d’un cadre contractuel et de partenariat avec les organisations professionnelles, visant la modernisation et le développement des différentes filières de production, et ce moyennant l’intégration des différents maillons de la chaine de valeur en vue d’améliorer la productivité et la qualité et par conséquent l’augmentation de la valeur ajoutée et du revenu des agriculteurs. Durant la période 2008-2017, 19 contrats programmes ont été signés à ce jour, fixant les objectifs à atteindre en matière de superficies de plantations, d’effectif du cheptel, d’économie d’eau, d’augmentation de la production, de mise à niveau de l’outil de valorisation et d’amélioration des conditions de commercialisation, tout en précisant les engagements de chacune des deux parties signataires. L’investissement global pour la mise en œuvre des dispositions des différents contrats programmes est évalué à près de 166,3 milliards DH, dont 45,5 milliards DH pris en charge par l’Etat, soit près de 27%. Pour accompagner la mise en œuvre de ces contrats programmes, le Gouvernement a mis en place plusieurs dispositions et mesures incitatives, parmi lesquelles nous pouvons citer notamment :

– La refonte du Fonds de Développement Agricole (FDA), ce qui a permis le renforcement des subventions et des aides en vigueur et l’institution de nouvelles aides destinées à promouvoir l’investissement.

– Le renforcement du rôle des interprofessions, à travers la mise en place d’un cadre juridique régissant la création et le financement des interprofessions agricoles et halieutiques.

– La mise en place d’un cadre juridique régissant l’agrégation agricole.

– La contribution à la mise à niveau des organisations professionnelles et au renforcement de la recherche/développement à travers des conventions spécifiques conclues entre le MAPMDREF et les interprofessions.

– La mise en place de l’assurance agricole multirisque climatique pour les céréales, légumineuses, les cultures oléagineuses et les arbres fruitiers

– La restructuration et la réforme des marchés de gros des fruits et légumes et des abattoirs et des marchés à bestiaux.

Comment évaluez-vous ces réalisations par rapport aux objectifs 2020 ?

La première évaluation de l’état d’avancement des contrats programme signés laisse apparaître que les réalisations restent globalement satisfaisantes pour la plupart des filières agricoles notamment au niveau de l’amont productif. Les principales réalisations peuvent être résumées comme suit :

Filière oléicole :

– production en olives : en moyenne de 1,35 Millions de T durant la période 2011-2016, contre 863.000 T en 2009.

– production d’huile d’olive : 132.000 T/an entre 2011-2016 contre 85.000 T en 2009. Filière sucrière :

– Production de 515.000 T de sucre en 2017 contre 410.000 T en 2013, année de signature du 2ème CP, soit une hausse de 27%.

Filière agrumicole :

– Production : tonnage moyen de 2,3 millions T actuellement, soit une hausse de 77% par rapport à l’année de signature du CP 2008 (1,3 millions de T).

Filière maraichère :

– Exportations des primeurs : 1.124.000 T en 2016/2017 contre 750.000 T en 2008/2009, année de signature du CP, soit une hausse de 33% (tomate, poivron, piment, courgettes, haricots verts) et une diversification des types de produits à l’export pour la tomate (tomate ronde, cerise, olivette, grappe, cocktail…), ainsi qu’un développement des exportations des fruits rouges, notamment la myrtille et la framboise.

Filière arboricole :

– Production : 1,4 millions T actuellement contre 884.000 T en année de référence

– Exportations : 21.000 T dont 12.600 T en fruits frais ou séchés.

Filière céréalière :

– Amélioration de la production moyenne durant les cinq dernières campagnes (2009/2017), qui est passée à 77 millions de qx contre 53 millions qx pour (2000/2008) Dattes

– production moyenne dépassant les 112.000 T au titre de la période 2016-2017 contre 90.000T comme moyenne au démarrage du CP Palmier dattier, soit près de 70% de l’objectif fixé à l’horizon 2020 (160.000 T).

Huile d’argan :

– Amélioration de la production qui est passée à 4.835 T en 2016, soit 40% de l’objectif 2020, contre 4000 T en 2011 ; Safran

– 6,2 T en 2017 contre 3 T en 2011, soit 68% de l’objectif 2020 (9T). Roses à parfum

– 3.900 T en 2017 contre 2.310 T en 2011, soit 81% de l’objectif 2020

Filière avicole

– Production de 690.000 T de viandes de volailles en 2017, soit 77% de l’objectif de 900.000 T fixé à l’horizon 2020, contre 490.000 T en 2008,

– Production de 6,3 milliards unités d’œufs de consommation, soit 88% de l’objectif de 7,2 milliards d’unités fixé à l’horizon 2020, contre 2,9 milliards unités en 2008.

Filière lait :

– Production laitière de 2,55 milliards de litres en 2017 contre 1,8 milliards de litres en 2008, soit 64% de l’objectif de 4 milliards de litres fixé à l’horizon 2020.

Filière viandes rouges :

– Production : 590.000 T en 2017 contre 400.000 Tonnes en 2008, soit 96% de l’objectif de 612.000 tonnes fixé à l’horizon 2020.

Filière apicole :

– Production de miel : 6.200 T en 2017 contre 3.500 T en 2010.

Filière cameline :

– Production : 20 millions de litres de lait et 3.500 T de viandes camelines en 2017 contre 6 millions de litres de lait et 3.250 T de viandes en 2010.

Quelles sont les principales problématiques rencontrées lors de la mise en œuvre dudit Plan ? Quelles sont vos suggestions pour surmonter ces difficultés ?

À cet effet, une loi sur les interprofessions agricole et halieutique (Loi 03-12) qui régit la création et le financement de ces interprofessions a été mis en place. Ce dispositif réglementaire permettra également aux interprofessions de se structurer, de se doter de ressources humaines qualifiées et surtout de disposer de ressources financières suffisantes et permanentes pour contribuer au financement des actions et des programmes de développement de leurs filières de production. Depuis la publication de la loi 03-12 et de ses textes d’application fin 2015, les fédérations interprofes- sionnelles ont entamé le processus de mise en conformité avec ladite loi avec l’appui et l’accompagnement du MAPMDREF et de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER). Certaines interprofessions, qui peuvent constituer un modèle à suivre, n’ont pas attendu l’achèvement de la mise en place de ce cadre juridique pour s’organiser et se structurer ; d’autres par contre ont encore besoin d’un appui pour leur mise à niveau. Ce retard pris dans la restructuration et la mise à niveau de certaines interprofessions a impacté la réalisation dans les délais de certaines actions et objectifs fixés dans les contrats programmes les concernant. Les interprofessions reconnues pourront bientôt, tel que prévu dans le cadre de cette loi, bénéficier de ressources financières, constituées des prélèvements sur les produits de leurs filières. Ainsi, elles achèveront leur processus de restructuration et de mise à niveau et leur capacité d’intervention sera renforcée.

Le contrat-programme de l’industrie agroalimentaire a été signé en avril dernier mais les textes d’application tardent à paraître. Quels sont à votre avis les points de blocage restant à lever pour exécuter ce contrat-programme ?

Comme vous le savez, le bilan d’étape du Plan Maroc Vert, établi en 2015, fait ressortir que ses impacts sur le développement des filières de production et les consommateurs sont sans équivoque en termes d’augmentation des productions, des revenus des agriculteurs, d’amélioration et de diversification de l’approvisionnement du marché national. Ce bilan d’étape a mis en évidence la nécessité de renforcer les domaines de la valorisation, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles, notamment à travers la mise à niveau et le développement du secteur agroalimentaire et la modernisation des circuits de distribution des produits agricoles et alimentaires.

Dans ce contexte, une stratégie a été élaborée par le MAPMDREF, le Ministère de l’Industrie, du Commerce de l’Investissement et de l’Économie numérique et les professionnels du secteur agroalimentaire national. Cette stratégie a été déclinée sous forme de contrat-programme, signée le 27 avril 2017 en marges des Assises de l’Agriculture à Meknès. Ce contrat programme vise essentiellement l’incitation à l’investissement productif (valorisation, transformation, entreposage frigorifique…), le soutien au développement des exportations, la modernisation des circuits de commercialisation, l’appui à la prospection des marchés, ainsi que des mesures transverses (formation, innovation, normalisation, qualité…). Celle-ci se rapporte aux filières agroalimentaires phares, à savoir : agrumes et fruits et légumes en frais, fruits et légumes transformés, huile d’olive, lait, viandes, biscuiterie-chocolaterie-confiserie et pâtes et couscous. Le coût global de la mise en œuvre des dispositions de ce contrat programme s’élève à plus de 12 milliards DH, dont 4 milliards DH pris en charge par le Gouvernement et 8 milliards DH pris en charge par les opérateurs privés.

La mise en œuvre des dispositions de ce contrat programme ne connait aucun blocage et à ce jour, l’avancement se présente comme suit : – En ce qui concerne la valorisation des produits agricoles, l’arrêté conjoint fixant les montants, les conditions et les modalités d’octroi de l’aide financière de l’État pour les unités de valorisation des produits agricoles frais et de leurs sous-produits a été publié au bulletin officiel le 22 février 2018. Cet arrêté prévoit des subventions de l’État variant de 10 à 30% selon le type d’unités avec bénéfice de l’ensemble des activités de valorisation des produits agricoles. Aujourd’hui, les 57 guichets uniques du Fond de Développement Agricole sont tous mobilisés et ont déjà commencé à recevoir et à traiter les demandes des subventions.

– Pour les exportations, un projet d’arrêté conjoint fixant les conditions et modalités d’octroi de l’aide financière de l’État à la promotion et à la diversification des exportations des produits agricoles a été élaboré par les services du MAPMDREF et il est actuellement en phase de publication au niveau du secrétariat général du Gouvernement. Ces subventions varient de 500 à 6.000 DH/T selon le produit.

Ainsi, et compte-tenu de la spécificité de l’activité des exportations agricoles, ce projet d’arrêté sera rétroactif, ce qui implique que les exportations réalisées depuis 2017 seront éligibles pour bénéficier des subventions.

Ce contrat programme a prévu également des mesures liées à la modernisation des circuits de commercialisation, à l’appui à la prospection des marchés, ainsi que des mesures transverses (formation, innovation, normalisation, qualité…). La mise en œuvre de ces mesures devra faire l’objet de conventions spécifiques à conclure entre les organisations professionnelles signataires et leurs membres et entre ces organisations professionnelles et le Gouvernement. À ce jour, ces conventions sont en phase de finalisation et seront signées dans les prochaines semaines.

Comment sont élaborés ces textes de loi ? Les professionnels sontils impliqués ?

Il est à rappeler que la stratégie de développement des industries agroalimentaires a été précédée d’une étude stratégique réalisée par un cabinet spécialisé en la matière. Ainsi et dans le cadre de cette étude, une série de réunions et d’ateliers ont Parcours Ingénieur d’Etat en industries agricoles et alimentaires de l’IAV Hassan II, promotion 1995, Nabil Chaouki a occupé plusieurs postes de responsabilités au sein du Ministère du commerce et de l’industrie de 1996 à 2013, dont la dernière est le Chef de la division des industries agricoles et alimentaires avant de rejoindre le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime en juin 2013 pour occuper le poste de Directeur de développement des filières de production. été tenus avec les professionnels du secteur agricole et agroalimentaire. En plus, l’élaboration des dispositions du contrat programme a été faite également en concertation avec l’ensemble des fédérations et associations des professionnels. Ainsi, les services du MAPMDREF ont procédé à la concrétisation des engagements du Ministère pour l’appui à l’investissement et à l’export à travers l’élaboration des arrêtés conjoints instituant les aides de l’état dans le cadre du FDA.

Concrètement, quels sont vos objectifs avec ce contrat-programme ?

Les principaux objectifs de cet ambitieux contrat programme sont :

– Le renforcement de l’intégration entre l’amont productif et l’aval de transformation, à travers le développement de nouvelles capacités de valorisation et de transformation des produits agricoles. Un appui de l’État sera apporté à travers le soutien à la création ou à la modernisation ou l’extension de 371 unités industrielles par des subventions allant de 10 à 30% (conditionnement, entreposage frigorifique, transformation…) ;

– Le renforcement et la promotion des exportations sur les marchés traditionnels et le développement de nouveaux marchés d’exportation à forte croissance, notamment à travers le soutien de l’État aux produits exportés. Les subventions prévues varieront de 500 à 6.000 DH/T pour les produits concernés (huile d’olive, olives de table, fruits & légumes transformés, produits laitiers…) et au développement de nouveaux marchés, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne ;

– La modernisation des circuits de commercialisation des produits agricoles, notamment des viandes à travers la modernisation des abattoirs et du réseau de distribution des viandes ;

– Des mesures transverses visant essentiellement l’amélioration des compétences par la mise en place de programme de formation et d’innovation (subvention des brevets, études techniques, programmes de R&D…), la promotion des produits sur le marché local et à l’export, le renforcement du contrôle sanitaire des produits agroalimentaires, la normalisation des produits, la mise à niveau du Centre Technique des Industries Agroalimentaires… ;

– La création et la stabilisation des emplois dans les secteurs agricole et agroalimentaire. Les impacts socio-économiques de ce contrat programme sont très ambitieux. Ainsi, sa mise en œuvre permettra à l’horizon 2021, et comparativement à 2016, de générer :

– 38.457 emplois permanents additionnels ;

– 41,74 milliards DH de chiffre d’affaires annuel additionnel, dont 12,52 milliards DH à l’export ;

– 13,1 milliards DH de valeur ajoutée annuelle additionnelle

Parcours

Ingénieur d’Etat en industries agricoles et alimentaires de l’IAV Hassan II, promotion 1995, Nabil Chaouki a occupé plusieurs postes de responsabilités au sein du Ministère du commerce et de l’industrie de 1996 à 2013, dont la dernière est le Chef de la division des industries agricoles et alimentaires avant de rejoindre le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime en juin 2013 pour occuper le poste de Directeur de développement des filières de production.

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