Jamal M’Hamdi, Président de la FIAC

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« Au sein de la FIAC, nous travaillons activement à réunir les divers acteurs de la chaîne de valeur de la filière céréalière, de l’amont à l’aval, pour créer un espace propice à la coopération et atteindre des objectifs communs durables »

« L’agriculteur est le pilier de notre sécurité alimentaire, et il est de notre devoir de le soutenir et de le valoriser »

Face aux défis climatiques croissants et à la nécessité de garantir la sécurité alimentaire, la filière céréalière et légumineuse au Maroc est à un tournant crucial. Les sécheresses récurrentes, la volatilité des prix et la dépendance accrue aux importations soulignent l’urgence de développer des pratiques agricoles résilientes et durables. 

Dans ce contexte, la Fédération Interprofessionnelle des Activités Céréalières (FIAC) joue un rôle essentiel pour répondre à ces enjeux complexes.

Nous avons eu l’honneur d’interviewer Jamal M’HAMDI, président de la FIAC et CEO de ARIA Commodities & AC Holding Morocco. Fort de plus de 30 ans d’expérience dans le négoce de céréales, l’agro-industrie, les hydrocarbures et la parachimie, M. M’HAMDI partage sa vision pour l’avenir de la filière, les mesures prises pour renforcer la résilience face aux changements climatiques et les efforts entrepris pour assurer la souveraineté alimentaire du pays.

Pouvez-vous nous présenter les résultats et le contexte de la campagne céréalière et légumineuse de cette année au Maroc ?

La campagne agricole 2023-2024 au Maroc, selon le ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts (MAPMDREF), s’inscrit dans un contexte climatique difficile, marqué par cinq années de vicissitudes.

Les précipitations moyennes nationales ont atteint environ 237 mm à fin mai 2024, soit une baisse de 31 % par rapport à une saison normale (349 mm) mais une hausse de 9 % par rapport à la campagne précédente (217 mm). Le taux de remplissage des barrages à usage agricole est de 31 %, similaire à celui de l’année précédente.

Le début de cette campagne a été caractérisée par une sécheresse due au retard des précipitations, ce qui a affecté négativement les semis d’automne. La superficie emblavée en céréales a connu une baisse de 33 % passant ainsi de 3,67 millions l’année précédente à 2,47 millions d’hectares cette année. Les variations importantes de température ont perturbé les cycles de production, avec une hausse des températures en novembre accentuant le stress hydrique et causant des pertes significatives, notamment dans la région de Casablanca-Settat.

Les précipitations de février ont toutefois eu un impact positif sur les céréales et légumineuses, favorisant le tallage et la montaison des céréales dans les régions nord, les montagnes de l’Atlas et d’Oued Oum Rabii, ainsi que sur les légumineuses installées entre décembre et janvier.

Pour soutenir la campagne agricole, diverses mesures ont été prises dans le cadre de la stratégie Génération Green, dont notamment la mise à disposition sur le marché de 1,1 million de quintaux de semences céréalières certifiées à des prix subventionnés, et un programme d’assurance agricole couvrant 1 million d’hectares de céréales, légumineuses et oléagineuses, des subventions pour l’acquisition d’engrais azotés, et des incitations du Fonds de Développement Agricole (FDA) pour encourager l’investissement agricole.

Malheureusement, la superficie récoltable ne dépasse guère 1,87 million d’hectares, soit environ 75 % de la superficie semée. La production prévisionnelle des trois principales céréales est estimée à 31,2 millions de quintaux, en baisse de 43 % par rapport à l’année précédente (55,1 millions de quintaux).

Quels sont les répercussions de cette mauvaise récolte sur les différents maillons de la filière ?

La situation de stress hydrique a entraîné une hausse des coûts de production en raison de l’augmentation de l’utilisation des intrants. La sécheresse a également affecté la qualité des grains, qui poseront des problèmes lors de la transformation,. La collecte de céréales sera lourdement touchée par la baisse de la production, ce qui nous amènera à importer massivement les mois prochains pour répondre aux besoins de notre pays. 

Quelles sont les interactions et les collaborations entre les producteurs et les transformateurs dans la filière céréalière et légumineuse, et quel bilan en faites-vous ?

La filière des céréales et légumineuses occupe une place stratégique dans l’écosystème agricole marocain, tant par son impact social que par son poids économique, représentant près de 75 % des surfaces agricoles utiles (SAU) et contribuant à hauteur de 10 % à 20 % du PIB agricole. Cependant, elle fait face à plusieurs défis exacerbés par la crise sanitaire, le conflit russo-ukrainien et la sécheresse.

La FIAC joue un rôle central dans la coordination entre les différents acteurs de la filière. En collaboration avec ses 8 collèges professionnels, la FIAC s’efforce de soutenir et de développer cette filière en alignement avec la stratégie nationale “Génération Green 2020-2030”.

Pour améliorer la compétitivité des producteurs, la FIAC a mené lors de la conception de sa feuille de route une large concertation pour identifier les défis et attentes des différents maillons de la chaîne de valeur. Cette concertation a abouti à un programme comprenant 74 actions clés réparties en 8 projets directeurs. Ces actions visent à améliorer et renforcer la compétitivité de la production nationale, la chaîne logistico-commerciale, les secteurs de la première et deuxième transformation, afin de contribuer à la souveraineté alimentaire nationale.

Le plan d’action, soutenu par un budget de 7,3 milliards de dirhams, prévoit une contribution de 1,1 milliard de dirhams de la FIAC et 6,2 milliards de l’État. Plus de 70 % de ce budget est alloué au développement social et économique des agriculteurs, incluant la protection sociale, l’assurance agricole, le financement et l’accès au foncier.

Des mesures spécifiques sont prévues pour faire face aux aléas climatiques, notamment le soutien au programme d’irrigation et le maintien des subventions pour les zones bénéficiant de ressources en eaux souterraines. La FIAC vise également à augmenter la production céréalière à 95 millions de quintaux et celle des légumineuses à 6,5 millions de quintaux, tout en améliorant les rendements.

Pour assurer une chaîne de valeur efficace, la FIAC promeut l’entrepreneuriat agricole, l’innovation, et la création d’incubateurs et d’une Académie FIAC. La modernisation des circuits de distribution et de commercialisation est également au cœur des projets, avec des initiatives pour créer des plateformes de stockage stratégique et structurer les échanges de produits et services via une marketplace digitale.

Les semouliers et les professionnels des pâtes et couscous préfèreraient le blé dur canadien. Quels efforts sont faits pour améliorer la qualité des variétés de céréales marocaines destinées à ces industriels ?

Effectivement, les semouliers marocains apprécient le blé dur canadien pour sa qualité, son homogénéité et son rendement. Pour répondre à ces besoins, nous travaillons en partenariat avec l’INRA pour améliorer la qualité des variétés de céréales destinées aux industriels des pâtes et couscous au Maroc.

A ce titre, L’INRA a mis en œuvre plusieurs initiatives :

  • Développement de nouvelles variétés en se concentrant sur la création de variétés adaptées comme le blé dur à haute valeur semoulière et à indice de jaune élevé, telles que Louiza et Jawahir, avec un indice de jaune de 33. Ces variétés sont conçues pour répondre aux conditions locales et aux exigences des industriels marocains.
  • Évaluation technologique et nutritionnelle : Une évaluation rigoureuse de la qualité technologique et nutritionnelle des produits céréaliers est effectuée pour garantir que les céréales répondent aux normes de transformation industrielle tout en optimisant leurs propriétés nutritionnelles pour les consommateurs finaux.
  • Valorisation des produits fonctionnels : Des recherches avancées sont menées pour développer des produits céréaliers fonctionnels offrant des avantages pour la santé et répondant aux besoins spécifiques des industries alimentaires. Ces produits sont naturellement enrichis et adaptés aux nouvelles tendances et exigences du marché.

De plus nous constatons qu’un certain nombre de semouliers et de fabricants de pâtes et de couscous, se sont adossés à des agriculteurs pour être approvisionnés en blé dur locale dans le but de produire une semoule 100 % marocaine. 

Quelles nouvelles technologies sont utilisées pour améliorer la production des céréalières et légumineuses, surtout en période de sécheresse ?   

Pour faire face aux défis climatiques, la FIAC et le MAPMDREF œuvrent à travers le contrat-programme au développement d’une agriculture résiliente et éco-efficiente dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green (GG). Parmi les technologies adoptées :

  • Une gestion durable de l’eau : L’utilisation de l’irrigation goutte-à-goutte et de l’irrigation de complément, pilotée par des capteurs et des technologies IoT, optimise la gestion de l’eau pendant le cycle des cultures. Par exemple, à Settat, cette méthode a permis d’obtenir des rendements de 70 qx/ha pour le blé tendre “Lina” et 69 qx/ha pour le blé dur “Jawahir”.
  • Des variétés tolérantes à la sécheresse : Le développement de variétés résistantes aux stress abiotiques et biotiques, comme l’orge Khnata et le blé dur Jawahir, augmente la robustesse des cultures face à la sécheresse.
  • Une rotation des cultures et semis direct : La rotation entre céréales et légumineuses maintient la fertilité des sols et favorise l’agriculture de conservation. Le semis direct minimise l’érosion et améliore les rendements, surtout en période de stress hydrique.
  • Biofertilisants et biopesticides : Produits biologiques qui améliorent la santé des sols et des plantes tout en réduisant la dépendance aux produits chimiques.
  • Drones et imagerie satellitaire : Utilisés pour surveiller les cultures, détecter les stress hydriques et évaluer l’état général des champs.
  • Systèmes d’information agricole (SIA) : Plateformes numériques fournissant des informations en temps réel sur les conditions météorologiques, les prix des marchés et les meilleures pratiques agricoles.
  • Agriculture de précision : Utilise des technologies comme le GPS, les capteurs de sol et les logiciels de gestion pour optimiser l’utilisation des ressources et augmenter les rendements tout en minimisant les impacts environnementaux.
  • La sensibilisation et innovation : L’INRA et la Stratégie Génération Green sensibilisent les agriculteurs aux bonnes pratiques via des démonstrations et des plateformes d’innovation, encourageant l’adoption de méthodes agricoles durables. L’INRA propose à nos agriculteurs une diversité variétale adaptée, incluant des espèces à cycle court comme la lentille “Extra”, le pois chiche “Taounate” et la fève “Raéda”. La diversification des espèces et l’adoption de cultures à phénologie variée stabilisent la production en cas de sécheresse. Le suivi météorologique précoce facilite le timing du semis, optimisant ainsi l’utilisation des précipitations.

ces avancées technologiques et pratiques agricoles renforcent la résilience et la durabilité de la production céréalière et légumineuse marocaine face aux défis croissants de la sécheresse liée au changement climatique.

Où en est l’agrégation dans votre secteur d’activité et quelles sont ses perspectives ?

L’agrégation est un levier stratégique permettant aux petits et aux moyens agriculteurs de se regrouper autour d’un agrégateur et de bénéficier d’avantages leurs permettant de monter en puissance et d’améliorer leurs revenus. 

Dans ce sens la FIAC s’engage à renforcer l’insertion des opérateurs tout au long de la chaîne de valeur en encourageant le développement d’organisations professionnelles de nouvelle génération, telles que l’agrégation, les coopératives et les associations. Nous visons à mettre en place au moins trois projets d’agrégation Nous travaillons actuellement sur la création de représentations régionales dans les principaux bassins de production céréaliers. Nous élaborons et mettons en œuvre un business model , instaurons un système qualité et concluerons des accords interprofessionnels financiers et techniques.

Nous travaillons également à la collecte et la communication des données statistiques relatives à la filière pour alimenter le Registre National de l’Agriculture. Des partenariats seront développés avec des instances publiques et privées nationales et internationales. Nous encourageons la contractualisation des transactions entre les composantes de la filière et promouvons l’arbitrage et la médiation professionnels.

Le gouvernement soutient cette démarche en encourageant le développement d’organisations professionnelles et l’identification des agrégateurs potentiels. Les projets d’agrégation bénéficient des aides financières prévues par la loi 04-12

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la Taskforce prioritaire “Bourse” et comment elle impacte la filière des céréales et légumineuses ? 

La “Bourse” s’inscrit dans la volonté de la FIAC à réunir des partenaires publics et privés stratégiques, à même de développer et déployer des solutions adaptées à notre filière et à notre vision. C’est une forme d’agrégation dématérialisée. 

La Taskforce prioritaire “Bourse” a pour objectif de créer une marketplace digitale dédiée à la filière des céréales et légumineuses. Elle intégrera l’ensemble des parties prenantes de notre écosystème. Cette plateforme permettra à ses adhérents, qu’ils soient agriculteurs, collecteurs ou transformateurs, d’accéder à des financements et à des services technologiques via l’open innovation pour la gestion de leurs activités. En échange, ils devront impérativement suivre et respecter les guides de bonnes pratiques établis dans le cadre du plan Génération Green et du Contrat Programme. La Bourse est aussi un outil stratégique pour faciliter le déploiement de nouveaux projets d’agrégation.

Par exemple, un agriculteur producteur de blé et de légumineuses pourra obtenir des financements en fonction de ses prévisions de récolte. Cet accord préalable lui permet de s’approvisionner directement auprès des autres adhérents de la plateforme en produits et services indispensables à son activité, comme des semences, des engrais, des équipements ou des services de conseil et de logistique. En retour, l’agriculteur s’engage à respecter l’itinéraire cultural recommandé par le plan Génération Green. De plus, grâce à son adhésion, il peut partager ses problématiques afin de trouver des solutions techniques appropriées proposées par les autres adhérents ou des porteurs de projets via cette plateforme.

La plus grande station de dessalement en Afrique qui sera installée aux environs de Casablanca avec une capacité annuelle de 300 millions de m³, bénéficiera à 7,5 millions d’habitants. La filière est-elle concernée par cette infrastructure ?

Ce projet d’envergure s’inscrit dans le cadre de l’intérêt et de la Haute Sollicitude qu’accorde Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste à la question stratégique de l’eau, particulièrement dans le contexte actuel marqué par un déficit pluviométrique notable et une très forte pression sur les ressources hydriques conventionnelles dans les différentes régions du Royaume.

Faisant partie intégrante de l’axe « Amélioration de l’offre hydrique » du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, ce projet permettra de renforcer et sécuriser l’alimentation en eau potable d’une partie de la région de Casablanca-Settat. Il doit également fournir de l’eau dessalée pour servir aux besoins d’irrigation d’un périmètre de 5.000 ha. L’aire concernée par le projet est répartie en trois zones géographiques : le Grand Casablanca, Berrechid-Settat et El Jadida-Azemmour.

La filière des céréales et des légumineuses, notamment au niveau du périmètre de Chaouia (Berrechid-Settat) bénéficiera en cas de besoin d’un apport en eau dessalée pour subvenir aux besoins d’irrigation des cultures.

Dans le cadre de la lutte contre le gaspillage alimentaire, quelle est la situation actuelle de votre filière et quels sont les résultats des actions entreprises et les perspectives pour l’avenir ?

La FIAC accorde une attention particulière à ce sujet. Un projet est actuellement en préparation en collaboration avec la Banque Mondiale, avec des perspectives bien définies.

Pour réduire les pertes et le gaspillage alimentaires dans les filières des céréales et légumineuses, la Fédération se fixe quatre objectifs principaux :

  • État des lieux et diagnostic : Mener une étude approfondie pour comprendre la situation actuelle des pertes alimentaires, identifier les causes et évaluer les impacts tout au long de la chaîne de valeur.
  • Renforcement des capacités : Améliorer les compétences techniques et de gestion des acteurs de la filière afin de réduire les pertes alimentaires. Cela inclut des formations et des ateliers pour diffuser les meilleures pratiques.
  • Investissement dans des systèmes alimentaires efficaces :
  • Capitalisation des bonnes pratiques : Documenter et promouvoir les bonnes pratiques de production, récolte, conditionnement, commercialisation et transformation. Ces pratiques seront intégrées dans une stratégie nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire.

La FIAC vise ainsi à réduire les pertes alimentaires, améliorer la gestion des ressources et promouvoir une agriculture durable. Les actions entreprises et les projets futurs seront orientés vers une meilleure utilisation des ressources, une amélioration des conditions de travail des agriculteurs et une sensibilisation des consommateurs sur le gaspillage.

L’alternance entre céréales et légumineuses est une pratique agricole essentielle soutenue par l’INRA pour plusieurs raisons stratégiques 

La FIAC soutient activement l’alternance entre céréales et légumineuses pour plusieurs raisons stratégiques et environnementales, cette rotation des cultures permet :

  • Fixation de l’azote : Les légumineuses, comme les pois chiches et les lentilles, enrichissent le sol en fixant l’azote atmosphérique, ce qui profite aux cultures de céréales suivantes.
  • Amélioration de la fertilité du sol : Cette rotation aide à prévenir l’appauvrissement du sol en rétablissant les nutriments essentiels.
  • Réduction des maladies et ravageurs : Alterner les cultures permet de diminuer la propagation des maladies et des ravageurs spécifiques à chaque type de plante.
  • Durabilité environnementale : Cette pratique promeut une gestion plus efficace des ressources agricoles, réduisant l’impact environnemental et renforçant la résilience face aux changements climatiques.

Concernant les actions entreprises, la FIAC agit par :

  • Sessions de sensibilisation : Organisation de sessions pour informer les agriculteurs sur l’importance de l’alternance céréales/légumineuses.
  • Sessions de formation : Formation des agriculteurs sur les bonnes pratiques agricoles pour adopter efficacement cette rotation.
  • Visites de plateformes de démonstration : Organisation de visites à des plateformes de démonstration gérées par des instituts de recherche et de développement, telles que l’INRA, l’IAV, l’ENA et l’ONCA.

Ces actions visent à promouvoir une agriculture durable et résiliente, tout en améliorant les caractéristiques du sol, en économisant l’utilisation d’engrais et en réduisant les maladies et les mauvaises herbes. En collaboration avec des partenaires clés, la FIAC à travers ses différentes composantes continue de diffuser et de mettre en œuvre les avantages de cette alternance pour une meilleure gestion des ressources et une agriculture plus sécurisée sur le plan alimentaire.

Quels sont les programmes de formation et de sensibilisation mis en place pour les agriculteurs afin d’améliorer les pratiques de culture face aux défis climatiques ? 

Dans le cadre des actions et des mesures d’appui mises en place par le MAPMDREF, la FIAC avec l’appui du MAPMDREF et de ses différents offices & Agences ( ADA, ONCA…), ont développé plusieurs initiatives pour renforcer les compétences des agriculteurs et les préparer aux défis climatiques. La FIAC et ses différents partenaires encouragent activement l’entrepreneuriat rural, et travaille sur l’identification de projets pour les jeunes et les femmes rurales, en menant des actions de sensibilisation, d’accompagnement et de formation, et en incitant à investir dans la valorisation des terres collectives disponibles. Elle appuie également les jeunes entrepreneurs pour qu’ils suivent des stages pratiques et des formations diplômantes.

En matière de formation et de mise à niveau des opérateurs, la FIAC à travers ses différentes composantes travaille à identifier les besoins de la filière, élaborer et mettre en œuvre des programmes de formation adaptés en partenariat avec diverses institutions. Elle organise des sessions de formation pour les collecteurs de proximité sur les bonnes pratiques de collecte et de stockage, et des journées techniques sur des thèmes relatifs à la production, la valorisation, le stockage, la commercialisation, la transformation et la distribution. La FNM composante essentielle de l’aval de la FIAC contribue au développement de l’Institut de Formation de l’Industrie Meunière (IFIM) et renforce les compétences des boulangers à travers des formations à l’école de la boulangerie. Elle promeut également l’insertion des lauréats dans le milieu professionnel et développe des outils de formation et d’accompagnement modernes et innovants, tout en évaluant annuellement l’impact de ses actions.

Par ailleurs En matière de formation et d’insertion professionnelle, l’État dispense des formations pour techniciens, ouvriers qualifiés et apprentis afin de répondre aux besoins en compétences dans la culture des céréales et légumineuses, adapte les programmes de formation professionnelle agricole aux besoins des opérateurs de la filière, organise des sessions de formation pratiques et ciblées pour les professionnels de la filière, offre des qualifications aux jeunes ruraux et femmes rurales pour une meilleure insertion dans la vie active, et promeut des outils de formation et d’accompagnement modernes et innovants.

Comment la FIAC contribue-t-elle à la sécurité et à la souveraineté alimentaire du Maroc ?

La souveraineté alimentaire est un enjeu fondamental pour chaque nation, et le Maroc ne fait pas exception. La capacité à garantir une alimentation suffisante, de qualité et accessible à nos concitoyens est essentielle pour assurer la stabilité économique et sociale de notre pays. Ceci est particulièrement le cas pour les céréales, qui jouent un rôle central dans l’alimentation du Maroc. Ainsi leur production, leur transformation et leur distribution sont des éléments stratégiques de cette équation.

Dans cette perspective, au sein de la FIAC, nous travaillons activement à réunir les divers acteurs de la chaîne de valeur de la filière céréalière, de l’amont à l’aval, pour créer un espace propice à la coopération entre les agriculteurs, les collecteurs, les organismes stockeurs, les transformateurs pour atteindre des objectifs communs et durables.

Cependant, notre travail ne s’arrête pas là. Pour garantir un impact durable sur la filière, nous plaçons l’agriculteur au cœur de nos actions et de nos préoccupations. L’agriculteur est le pilier de notre sécurité alimentaire, et il est de notre devoir de le soutenir et de le valoriser. C’est là que le contrat-programme FIAC “Génération Green 2020-2030” prend tout son sens, visant à renforcer l’agriculture marocaine en investissant dans la technologie, l’accès aux ressources et la formation. 

Notre plan stratégique CP-FIAC comporte plusieurs mesures essentielles, dont un soutien substantiel à l’agriculture nationale par le biais d’investissements visant à promouvoir l’adoption de techniques agricoles modernes et durables, notamment le semis direct sur une superficie de plus d’1 million d’hectares, ainsi que l’encouragement de la rotation des cultures, la promotion de l’utilisation de semences certifiées, dont nous nous engageons à atteindre un taux d’utilisation de 40%, et le soutien aux petits agriculteurs à travers la mise en place de programmes spécifiques, comprenant l’accès au financement, aux marchés et aux infrastructures agricoles de base. 

Nous encourageons aussi l’investissement dans la sécurité hydrique en finançant des projets d’irrigation modernes et durables visant à atteindre 1 million d’hectares pour irrigation d’appoint, tout en encourageant une utilisation efficace de cette ressource. 

Nous contribuons également à développer un modèle de création et de gestion d’un stock national stratégique de sécurité et des infrastructures logistiques clés pour organiser nos réseaux de distributions. 

Nous soutenons également l’investissement dans la recherche agricole et l’innovation pour développer des variétés de céréales plus résistantes, notamment aux changements climatiques, et la montée en compétence de nos agriculteurs et acteurs de la filière en la matière. 

Nous veillons enfin, par notre rôle central, au développement de partenariats public-privé pour encourager la collaboration entre le gouvernement, le secteur privé et les partenaires professionnels dans le but de renforcer la sécurité alimentaire.

En combinant ces mesures, nous visons à créer un écosystème agricole solide et résilient qui soutiendra la souveraineté alimentaire des céréales dans notre pays.

Quelle est votre vision pour l’avenir de la filière céréalière et légumineuse au Maroc dans les prochaines années, notamment en termes de résilience face aux changements climatiques et à la sécheresse ?

L’avenir de la filière céréalière et légumineuse au Maroc est prometteur, avec une forte orientation vers la résilience face aux changements climatiques et à la sécheresse. Notre vision repose sur plusieurs axes stratégiques, notamment le développement de nouvelles variétés, l’adoption de technologies avancées et la mise en œuvre de pratiques agricoles durables.

Les efforts de recherche actuels, menés par l’INRA, ont déjà conduit à des avancées significatives. Par exemple, les caractéristiques du pois chiche d’hiver, telles que la taille des graines et la résistance à l’anthracnose, ont été améliorées. De même, une nouvelle variété de lentilles adaptée à la mécanisation de la récolte sera bientôt disponible sur le marché. 

En parallèle, nous mettons l’accent sur l’adoption de pratiques agricoles durables. L’agriculture de conservation, incluant le semis direct, la rotation des cultures et la couverture végétale, sera promue pour améliorer la structure des sols et la rétention d’eau. L’investissement dans des systèmes d’irrigation plus efficaces, comme l’irrigation d’appoint et les technologies de gestion de l’eau, est également une priorité.

La gestion des ressources en eau sera renforcée par le développement d’infrastructures pour la collecte et le stockage de l’eau de pluie, ainsi que par la récupération et la réutilisation des eaux usées pour l’irrigation agricole. 

Nous encouragerons la collaboration entre les institutions de recherche, les universités et le secteur privé pour développer de nouvelles technologies et pratiques agricoles. Des investissements seront faits dans des technologies de pointe, telles que les drones pour la surveillance des cultures, les capteurs pour l’irrigation de précision et les systèmes d’information géographique pour la gestion des terres.

Nous mettrons en place des systèmes d’assurance récolte et fournirons des aides pour l’adoption de pratiques agricoles durables et résilientes.

Enfin, nous organiserons des programmes de formation pour les agriculteurs sur les nouvelles techniques agricoles et les stratégies de gestion des ressources en eau, et nous sensibiliserons les communautés agricoles aux impacts du changement climatique et aux mesures d’adaptation possibles.

En combinant ces mesures, nous visons à créer un écosystème agricole solide et résilient, capable de faire face aux défis climatiques futurs tout en répondant aux besoins croissants des agriculteurs et des consommateurs.

Parcours :

Jamal M’HAMDI est CEO de ARIA Commodities & AC Holding Morocco, Groupe opérant dans le négoce de céréales et produits dérivés, l’agriculture, la logistique, le financement, la gestion des risques, les infrastructures résilientes au changement climatique et la bio-industrie. Avec plus de 30 ans d’expérience en management opérationnel et direction générale dans les secteurs du négoce de céréales, de l’agro-industrie, des hydrocarbures et de la parachimie, il occupe plusieurs postes clés :

  • Président de la Fédération Interprofessionnelle des Activités Céréalières (FIAC)
  • 1er Vice-Président de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER)
  • Président de la Commission Code du Travail, Dialogue Social & Fiscalité de la COMADER
  • Membre de la Commission Nationale du Recours Fiscal
  • Membre du Conseil d’administration & Past-Président de la Fédération Nationale des Négociants en Céréales & Légumineuses
  • Cofondateur du Think Tank « Grain Vision Morocco 

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