{"id":13556,"date":"2026-04-23T11:56:12","date_gmt":"2026-04-23T10:56:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/?p=13556"},"modified":"2026-04-23T11:56:29","modified_gmt":"2026-04-23T10:56:29","slug":"entretien-de-m-alexandre-huynh-representant-de-la-fao-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/?p=13556","title":{"rendered":"Entretien de M. Alexandre Huynh\u00a0: Repr\u00e9sentant de la FAO au Maroc"},"content":{"rendered":"\n<p>En marge du Salon International de l\u2019Agriculture au Maroc, le repr\u00e9sentant de l\u2019Organisation des Nations unies pour l&#8217;alimentation et l&#8217;agriculture au Maroc (FAO) s\u2019est exprim\u00e9 sur les tensions croissantes qui p\u00e8sent sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et les r\u00e9ponses que tente d\u2019y apporter le Royaume.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Comment \u00e9valuez-vous la situation de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Maroc face aux changements climatiques et aux turbulences internationales actuelles ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le Maroc a accompli des avanc\u00e9es remarquables en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement agricole ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. La strat\u00e9gie G\u00e9n\u00e9ration Green t\u00e9moigne d&#8217;une vision ambitieuse et d&#8217;une volont\u00e9 politique forte d&#8217;investir dans la durabilit\u00e9, la r\u00e9silience et le capital humain rural. Ce socle est r\u00e9el et il est solide.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant dans un contexte mondial qui a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire est devenue plus vuln\u00e9rable, plus sensible : la disponibilit\u00e9 et l&#8217;acc\u00e8s aux aliments d\u00e9pendent d\u00e9sormais de facteurs exog\u00e8nes, perturbations climatiques et tensions g\u00e9opolitiques, sur lesquels les pays n&#8217;ont que peu de prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, comme beaucoup de pays de la r\u00e9gion MENA, le Maroc doit faire face \u00e0 des pressions croissantes : plusieurs ann\u00e9es de s\u00e9cheresse cons\u00e9cutives, une surexploitation des ressources en eau souterraine et des march\u00e9s internationaux de plus en plus volatils qui fragilisent les syst\u00e8mes alimentaires, en particulier dans les zones vuln\u00e9rables.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me frappe au Maroc, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment la capacit\u00e9 de r\u00e9silience des institutions et communaut\u00e9s rurales face \u00e0 ces d\u00e9fis. Des g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;agricultrices et d&#8217;agriculteurs ont d\u00e9velopp\u00e9, souvent dans des conditions tr\u00e8s difficiles, des savoirs et des pratiques qui leur permettent de s&#8217;adapter. Notre r\u00f4le \u00e0 la FAO est d&#8217;appuyer et d&#8217;amplifier cette r\u00e9silience. Il s&#8217;agit de traduire les engagements politiques en actions concr\u00e8tes sur le terrain, au plus pr\u00e8s des petits agriculteurs-femmes et hommes- qui nourrissent ce pays.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Quels sont les principaux d\u00e9fis auxquels fait face le continent africain aujourd&#8217;hui en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L&#8217;Afrique est un continent aux ressources agricoles immenses, et pourtant des millions de personnes y souffrent encore de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Ce paradoxe s&#8217;explique par plusieurs r\u00e9alit\u00e9s qui se renforcent mutuellement : le changement climatique qui perturbe les saisons agricoles et fragilise les rendements ; la faible productivit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 des moyens insuffisants, qu&#8217;il s&#8217;agisse du co\u00fbt des intrants&nbsp;; engrais, semences certifi\u00e9es, m\u00e9canisation&nbsp;; ou de l&#8217;acc\u00e8s au financement ; la prolif\u00e9ration d&#8217;interm\u00e9diaires qui rench\u00e9rit l&#8217;acc\u00e8s aux aliments pour les consommateurs \u00e0 travers la sp\u00e9culation sur les prix ; et une d\u00e9pendance encore trop forte \u00e0 des importations dont les prix \u00e9chappent totalement au contr\u00f4le des \u00c9tats, amplifi\u00e9e par les tensions g\u00e9opolitiques mondiales.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 du diagnostic, ce qui m&#8217;importe c&#8217;est la direction dans laquelle il faut regarder pour trouver des solutions durables. Et cette direction, c&#8217;est d&#8217;abord vers les pays africains eux-m\u00eames. L&#8217;Afrique ne manque pas de r\u00e9ponses, elle manque de m\u00e9canismes pour les concr\u00e9tiser, les partager et les amplifier.<\/p>\n\n\n\n<p>A titre d\u2019exemple, quand un pays sah\u00e9lien d\u00e9veloppe une technique d&#8217;agriculture en couloirs adapt\u00e9e \u00e0 l&#8217;aridit\u00e9, quand un pays d&#8217;Afrique de l&#8217;Est r\u00e9ussit \u00e0 reconstituer ses parcours d\u00e9grad\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 des pratiques pastorales ancestrales remises au go\u00fbt du jour, quand le Maroc forme des techniciens agricoles venus d&#8217;autres pays du continent dans ses instituts sp\u00e9cialis\u00e9s, tout cela, c&#8217;est de la coop\u00e9ration Sud-Sud. C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que la FAO investit en tant que facilitateur de cette CSS, parce que nous sommes convaincus que les solutions les mieux adapt\u00e9es au contexte africain naissent en Afrique. Le Maroc est d&#8217;ailleurs un partenaire cl\u00e9 de cette dynamique, et le SIAM est chaque ann\u00e9e l&#8217;occasion de le rappeler.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Quels sont les principaux programmes et initiatives que m\u00e8ne actuellement la FAO au Maroc pour soutenir le secteur agricole ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La FAO est pr\u00e9sente au Maroc depuis 1982 et op\u00e8re sur des chantiers tr\u00e8s concrets qui touchent directement la vie des communaut\u00e9s rurales et les programmes que nous portons ensemble avec le Minist\u00e8re de l&#8217;Agriculture en sont la meilleure illustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant l&#8217;\u00e9levage, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment le th\u00e8me de cette \u00e9dition du SIAM, sur la sant\u00e9 animale, nous travaillons avec l&#8217;ONSSA, Maroc Lait et la FISA dans la mise en \u0153uvre du Plan d&#8217;Action National de lutte contre l&#8217;antibior\u00e9sistance, selon l&#8217;approche \u00ab Une seule sant\u00e9 \u00bb. Le Maroc est d&#8217;ailleurs l&#8217;un des premiers pays b\u00e9n\u00e9ficiaires du Fonds fiduciaire multipartenaires contre la r\u00e9sistance aux antimicrobiens, dans le cadre d&#8217;un projet mobilisant trois minist\u00e8res simultan\u00e9ment&nbsp;: Agriculture, Sant\u00e9 et Environnement. Nous appuyons \u00e9galement la bios\u00e9curit\u00e9 dans les \u00e9levages bovins et avicoles et la pr\u00e9paration face aux maladies transfrontali\u00e8res comme la grippe aviaire, la fi\u00e8vre aphteuse et la peste des petits ruminants.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la production animale, nous accompagnons l&#8217;\u00e9laboration de strat\u00e9gies sectorielles structurantes. Avec le MAPMDREF et l&#8217;ANOC, nous avons co-construit la strat\u00e9gie d\u00e9cennale pour le d\u00e9veloppement durable de l&#8217;\u00e9levage des petits ruminants, une fili\u00e8re pratiqu\u00e9e par plus de 70 % des exploitations marocaines, souvent dans les zones rurales les plus fragiles. Avec Maroc Lait, nous portons la strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement durable de la fili\u00e8re lait, qui compte 260 000 producteurs et couvre 96 % de la demande nationale. Nous avons \u00e9galement r\u00e9habilit\u00e9 et \u00e9quip\u00e9 une station de conservation g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 Ouarzazate, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la sauvegarde de la race caprine Der\u00e2a et de la race ovine D&#8217;mane, des races sahariennes en voie d&#8217;extinction d&#8217;une valeur patrimoniale irrempla\u00e7able.<\/p>\n\n\n\n<p>La FAO se positionne \u00e9galement en appui au Maroc dans la pr\u00e9servation et la gestion rationnelle des ressources naturelles, eau, sol et biodiversit\u00e9, piliers indissociables de tout syst\u00e8me agricole durable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La transformation des syst\u00e8mes alimentaires constitue par ailleurs un chantier d&#8217;avenir majeur entre la FAO et le Maroc : rendre ces syst\u00e8mes plus inclusifs, plus durables et plus r\u00e9silients implique de travailler sur des th\u00e9matiques telles que la r\u00e9duction des pertes et du gaspillage alimentaires, l&#8217;am\u00e9lioration de la nutrition, l&#8217;\u00e9conomie circulaire ou encore l&#8217;alimentation scolaire&nbsp;; autant de domaines qui structureront notre coop\u00e9ration pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l&#8217;aquaculture, nous intervenons \u00e0 la fois sur le volet continental et le volet marin. Avec l&#8217;Agence Nationale des Eaux et For\u00eats, nous avons travaill\u00e9 \u00e0 la d\u00e9finition d&#8217;un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement de la p\u00eache et de l&#8217;aquaculture continentales, en structurant les cha\u00eenes de valeur et en identifiant des fili\u00e8res \u00e0 fort potentiel, aquaculture d\u00e9sertique, microalgues, circuits ferm\u00e9s. Nous accompagnons \u00e9galement de jeunes entrepreneurs ruraux dans la concr\u00e9tisation de projets aquacoles viables. Sur le littoral, en partenariat avec l&#8217;Agence Nationale pour le D\u00e9veloppement de l&#8217;Aquaculture, nous avons contribu\u00e9 \u00e0 transformer un Centre de Qualification Professionnelle Maritime (Sidi Ifni) en un v\u00e9ritable centre de formation aquacole, en formant une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;ouvriers qualifi\u00e9s et sp\u00e9cialis\u00e9s, dont les premi\u00e8res promotions ont int\u00e9gr\u00e9 de jeunes femmes appel\u00e9es \u00e0 contribuer au d\u00e9veloppement de ce secteur en plein essor.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le secteur de l&#8217;apiculture, nous \u0153uvrons \u00e0 la sauvegarde de l&#8217;abeille jaune saharienne, une race end\u00e9mique douce, r\u00e9sistante et parfaitement adapt\u00e9e aux conditions des oasis, aujourd&#8217;hui menac\u00e9e de disparition. Avec les professionnels du secteur et l&#8217;ANDZOA, nous avons cr\u00e9\u00e9 un Centre technique apicole \u00e0 Er-Rich, dans la r\u00e9gion de Dr\u00e2a-Tafilalet, et lanc\u00e9 un programme de s\u00e9lection et de diffusion de plus de 10 000 reines pour garantir la pr\u00e9servation g\u00e9n\u00e9tique des colonies.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la coop\u00e9ration Sud-Sud, le Maroc joue un r\u00f4le pivot depuis la signature en 2014 d&#8217;un accord de coop\u00e9ration tripartite avec la FAO. \u00c0 travers ce m\u00e9canisme, le savoir-faire marocain en sant\u00e9 animale, en gestion des abattoirs et en s\u00e9curit\u00e9 sanitaire des produits d&#8217;origine animale est partag\u00e9 avec des pays partenaires comme la Guin\u00e9e, le Mali, le S\u00e9n\u00e9gal, la Mauritanie ou encore le Niger.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le patrimoine agricole, enfin, notre engagement au Maroc remonte \u00e0 2011, date \u00e0 laquelle le premier site marocain, les oasis froides du Haut Atlas Oriental, a \u00e9t\u00e9 reconnu par la FAO comme Syst\u00e8me Ing\u00e9nieux du Patrimoine Agricole Mondial. Le Maroc compte aujourd&#8217;hui trois sites class\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle internationale. Ce que nous franchissons lors de ce SIAM, c&#8217;est une nouvelle \u00e9tape d\u00e9cisive : la signature d&#8217;une Lettre d&#8217;Entente pour l&#8217;appui \u00e0 la mise en \u0153uvre du Programme National qui permettra d&#8217;identifier et de valoriser les centaines de syst\u00e8mes agricoles patrimoniaux que rec\u00e8le le territoire marocain, un potentiel estim\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 300 sites.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.48.25.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13558\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.48.25.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.48.25-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.48.25-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.48.25-660x330.jpg 660w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Comment ces programmes s&#8217;articulent-ils avec les strat\u00e9gies agricoles nationales, notamment en mati\u00e8re de durabilit\u00e9 et de gestion des ressources en eau ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Notre travail au Maroc s&#8217;aligne avec les plus importantes strat\u00e9gies sectorielles du pays et ses priorit\u00e9s, notamment le Plan Maroc vert, la G\u00e9n\u00e9ration Green 2020-2030, le Plan Halieutis, la Strat\u00e9gie For\u00eats du Maroc et la Strat\u00e9gie Nationale de D\u00e9veloppement Durable. Ce n&#8217;est pas une posture de fa\u00e7ade&nbsp;; c&#8217;est le r\u00e9sultat d&#8217;un dialogue permanent et approfondi avec le Minist\u00e8re de l&#8217;Agriculture et les acteurs du secteur. Nous veillons \u00e0 ce que toutes nos interventions et actions de coop\u00e9rations se planifient de mani\u00e8re programmatique dans le cadre du Programme Pays \u00e9tablis de mani\u00e8re concert\u00e9e avec tous les partenaires nationaux et dont celui du cycle 2023-2027 est actuellement en cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la durabilit\u00e9 des fili\u00e8res d&#8217;\u00e9levage, l&#8217;accompagnement que nous apportons dans l&#8217;\u00e9laboration des strat\u00e9gies sectorielles (petits ruminants, fili\u00e8re lait, cadre juridique unifi\u00e9 (loi de l&#8217;\u00e9levage)), s&#8217;inscrit directement dans les objectifs de G\u00e9n\u00e9ration Green d&#8217;am\u00e9liorer la productivit\u00e9 et les revenus des \u00e9leveurs tout en r\u00e9duisant l&#8217;empreinte environnementale du secteur. Le secteur de l&#8217;\u00e9levage repr\u00e9sente environ 38 % du chiffre d&#8217;affaires agricole national et 60 % des emplois en agriculture : ses enjeux sont ceux du monde rural marocain dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la question de l&#8217;eau, nous partageons avec nos partenaires marocains la conviction que la r\u00e9ponse ne peut pas \u00eatre uniquement technologique, m\u00eame si les technologies d&#8217;irrigation efficiente, la valorisation des eaux pluviales ou la recharge des nappes phr\u00e9atiques sont \u00e9videmment indispensables. Il faut \u00e9galement travailler sur la gouvernance de cette ressource : am\u00e9liorer l&#8217;offre \u00e0 travers les eaux non conventionnelles, mieux g\u00e9rer la demande dans les p\u00e9riodes critiques, moderniser les m\u00e9thodes d&#8217;application de l&#8217;eau \u00e0 la parcelle et renforcer les capacit\u00e9s de transfert entre bassins exc\u00e9dentaires et bassins d\u00e9ficitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>La FAO apporte \u00e9galement une perspective originale \u00e0 savoir la pr\u00e9servation des savoirs traditionnels de gestion de l&#8217;eau que les communaut\u00e9s rurales marocaines ont d\u00e9velopp\u00e9s et transmis pendant des si\u00e8cles : les syst\u00e8mes d&#8217;irrigation ancestraux des oasis, les seguias des vall\u00e9es de montagne, les pratiques agro-sylvo-pastorales qui permettent de maintenir la couverture v\u00e9g\u00e9tale et de limiter l&#8217;\u00e9rosion des sols. Ces savoirs ne sont pas des curiosit\u00e9s ethnographiques. Ce sont des r\u00e9ponses \u00e9prouv\u00e9es \u00e0 des contraintes climatiques que nos mod\u00e8les les plus sophistiqu\u00e9s peinent encore \u00e0 \u00e9galer.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;esprit du Programme National des SIPAM que nous lan\u00e7ons avec le MAPMDREF lors de ce SIAM : reconna\u00eetre, pr\u00e9server et int\u00e9grer ces syst\u00e8mes agricoles patrimoniaux dans les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement territorial durable, en les articulant avec les objectifs de G\u00e9n\u00e9ration Green et les engagements du Maroc en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Comment le secteur agricole marocain peut-il renforcer sa capacit\u00e9 d&#8217;adaptation au stress hydrique et aux ann\u00e9es de s\u00e9cheresse r\u00e9p\u00e9t\u00e9es ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;y a pas de r\u00e9ponse unique et c&#8217;est peut-\u00eatre le premier enseignement que nous tirons du travail de terrain. L&#8217;adaptation au stress hydrique doit \u00eatre pens\u00e9e \u00e0 plusieurs \u00e9chelles simultan\u00e9ment, et elle doit combiner innovation technique et valorisation des savoirs locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;\u00e9chelle des exploitations, cela passe par la diversification des cultures, l&#8217;adoption de vari\u00e9t\u00e9s locales plus r\u00e9sistantes \u00e0 la s\u00e9cheresse, des vari\u00e9t\u00e9s souvent issues d&#8217;un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique s\u00e9culaire que nous nous effor\u00e7ons de pr\u00e9server, et l&#8217;am\u00e9lioration des pratiques d&#8217;irrigation pour limiter les pertes en eau. L&#8217;introduction d&#8217;esp\u00e8ces fourrag\u00e8res adapt\u00e9es aux conditions arides peut \u00e9galement all\u00e9ger consid\u00e9rablement la pression sur les ressources hydriques dans les zones d&#8217;\u00e9levage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;\u00e9chelle des territoires, il faut repenser les syst\u00e8mes d&#8217;utilisation des terres en tenant compte des dynamiques hydrologiques. Les approches agro-\u00e9cologiques et agro-sylvo-pastorales jouent ici un r\u00f4le cl\u00e9 : en maintenant une couverture v\u00e9g\u00e9tale permanente, elles r\u00e9duisent le ruissellement, limitent l&#8217;\u00e9rosion des sols et favorisent l&#8217;infiltration des eaux de pluie. Dans les zones oasiennes du Sud marocain, par exemple, les syst\u00e8mes de palmeraies en \u00e9tages qui associent palmiers dattiers, arbres fruitiers et cultures mara\u00eech\u00e8res constituent de v\u00e9ritables mod\u00e8les d&#8217;adaptation au stress hydrique, capables de maintenir des microclimats favorables m\u00eame en conditions extr\u00eames. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces syst\u00e8mes que la FAO cherche \u00e0 documenter, valoriser et amplifier \u00e0 travers son programme SIPAM.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me donne de l&#8217;espoir, c&#8217;est que le Maroc a une longue et riche tradition de gestion de ses ressources naturelles (eau, sol et biodiversit\u00e9) et d&#8217;adaptation. Les communaut\u00e9s des zones oasiennes, des montagnes du Haut Atlas, des r\u00e9gions pr\u00e9sahariennes ont forg\u00e9 des r\u00e9ponses ing\u00e9nieuses \u00e0 des contraintes climatiques extr\u00eames depuis des mill\u00e9naires. Reconna\u00eetre, pr\u00e9server et diffuser ce patrimoine de savoirs, c&#8217;est une forme de r\u00e9silience en soi, probablement la plus durable qui soit.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Dans quelle mesure l&#8217;innovation technologique et l&#8217;AgriTech sont-elles devenues des facteurs d\u00e9terminants pour le d\u00e9veloppement agricole et l&#8217;am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L&#8217;innovation technologique est incontestablement un levier puissant et le Maroc fait partie des pays africains qui investissent le plus activement dans ce domaine. Les outils num\u00e9riques de suivi des cultures, les capteurs connect\u00e9s pour la gestion de l&#8217;irrigation, les plateformes d&#8217;information pour les agriculteurs ou encore les applications de tra\u00e7abilit\u00e9 des produits ouvrent des perspectives r\u00e9elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je tiens \u00e0 dire quelque chose d&#8217;important : l&#8217;innovation ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la technologie. Un \u00e9leveur qui adapte ses pratiques pastorales au changement climatique innove. Une femme agricultrice qui cr\u00e9e une coop\u00e9rative pour acc\u00e9der directement aux march\u00e9s innove. Un territoire qui relance une vari\u00e9t\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale locale quasi disparue innove. La FAO promeut une vision large de l&#8217;innovation agricole, une vision qui place la technologie au service des personnes, et non l&#8217;inverse. C&#8217;est dans cet esprit que nous accompagnons les acteurs du secteur agricole au Maroc, en veillant \u00e0 ce que les b\u00e9n\u00e9fices de l&#8217;innovation atteignent en priorit\u00e9 les petits producteurs, les femmes, les communaut\u00e9s rurales les plus \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Au regard du th\u00e8me de cette ann\u00e9e li\u00e9 \u00e0 l&#8217;innovation et \u00e0 la durabilit\u00e9 de la production animale et \u00e0 la souverainet\u00e9 alimentaire, comment la FAO traduit-elle ces axes dans ses programmes et projets au Maroc ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de cette 18<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;\u00e9dition du SIAM r\u00e9sonne profond\u00e9ment avec les priorit\u00e9s que nous portons au quotidien au Maroc. Innovation, durabilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9levage, souverainet\u00e9 alimentaire, ce ne sont pas pour nous des orientations abstraites, ce sont les fils conducteurs de programmes d\u00e9j\u00e0 en \u0153uvre sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l&#8217;innovation, notre approche est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment large. Bien s\u00fbr, nous accompagnons les fili\u00e8res dans l&#8217;adoption de nouvelles techniques mais les innovations que nous valorisons sont souvent celles qu&#8217;on n&#8217;attendrait pas. D\u00e9velopper l&#8217;ins\u00e9mination artificielle de l&#8217;abeille jaune saharienne pour pr\u00e9server une race end\u00e9mique menac\u00e9e, c&#8217;est innover. Explorer les potentiels de la pisciculture continentale et d\u00e9sertique pour diversifier les sources de prot\u00e9ines dans des territoires sous pression hydrique, c&#8217;est innover. R\u00e9habiliter une station de conservation g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 Ouarzazate pour sauvegarder des races caprines et ovines sahariennes en voie d&#8217;extinction, c&#8217;est innover. Ces innovations sont ancr\u00e9es dans les r\u00e9alit\u00e9s marocaines, port\u00e9es par des communaut\u00e9s rurales et des institutions nationales, et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui leur donne leur force et leur durabilit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la durabilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9levage, les chiffres parlent d&#8217;eux-m\u00eames : plus de 70 % des exploitations marocaines pratiquent l&#8217;\u00e9levage de petits ruminants, souvent dans les zones les plus fragiles du pays. La fili\u00e8re laiti\u00e8re compte 260 000 producteurs et couvre 96 % de la demande nationale. Ce secteur, c&#8217;est le quotidien de millions de familles rurales marocaines. Notre r\u00f4le est d&#8217;accompagner sa transformation vers plus de r\u00e9silience, de productivit\u00e9, d&#8217;inclusivit\u00e9 et de durabilit\u00e9 notamment \u00e0 travers des strat\u00e9gies sectorielles co-construites avec le Minist\u00e8re de l&#8217;Agriculture, les organisations professionnelles et les \u00e9leveurs eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la souverainet\u00e9 alimentaire, elle se construit d&#8217;abord en r\u00e9duisant la d\u00e9pendance aux march\u00e9s ext\u00e9rieurs, en d\u00e9veloppant la production nationale en coh\u00e9rence avec les avantages comparatifs du pays, en pr\u00e9servant les fili\u00e8res strat\u00e9giques, en valorisant les ressources locales plut\u00f4t qu&#8217;en important les denr\u00e9es de base. C&#8217;est une conviction que nous partageons pleinement avec nos partenaires marocains.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est tout le sens de notre engagement dans les Syst\u00e8mes Ing\u00e9nieux du Patrimoine Agricole : les oasis, les syst\u00e8mes agro-sylvo-pastoraux de montagne, les terroirs ancestraux que des g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;agriculteurs marocains ont fa\u00e7onn\u00e9s et transmis. Ce sont des r\u00e9ponses \u00e9prouv\u00e9es aux d\u00e9fis alimentaires d&#8217;aujourd&#8217;hui et de demain. Pr\u00e9server ce patrimoine vivant, c&#8217;est une forme de souverainet\u00e9 alimentaire que personne ne peut nous retirer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.50.07.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13559\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.50.07.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.50.07-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.50.07-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/WhatsApp-Image-2026-04-23-at-11.50.07-660x330.jpg 660w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Dans le cadre de votre participation au Salon International de l&#8217;Agriculture du Maroc, quelle est la signification de cet \u00e9v\u00e9nement et qu&#8217;est-ce qui distingue cette \u00e9dition ?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le SIAM est pour la FAO bien plus qu&#8217;un salon agricole. C&#8217;est le rendez-vous annuel o\u00f9 les politiques, les professionnels, les chercheurs, les agriculteurs et la soci\u00e9t\u00e9 civile se retrouvent autour de l&#8217;avenir de l&#8217;agriculture marocaine. C&#8217;est ici que les orientations se concr\u00e9tisent, que les partenariats se nouent, que les innovations rencontrent le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019instar des \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes, la 18<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;rev\u00eat une dimension particuli\u00e8re pour notre Organisation et elle se traduit par une participation dense et engag\u00e9e sur plusieurs fronts simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons particip\u00e9 \u00e0 deux panels consacr\u00e9s \u00e0 la r\u00e9silience des syst\u00e8mes d&#8217;\u00e9levage face aux mutations du secteur, ayant permis de r\u00e9unir des acteurs institutionnels et professionnels autour des d\u00e9fis concrets que traverse le secteur de l\u2019\u00e9levage au Maroc. Nous avons particip\u00e9 \u00e0 une rencontre scientifique avec l&#8217;INRA autour de la g\u00e9n\u00e9tique animale, un domaine o\u00f9 la pr\u00e9servation des races locales marocaines est un enjeu aussi bien patrimonial qu&#8217;alimentaire. Nous avons organis\u00e9 avec Maroc Lait une journ\u00e9e scientifique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 One Health et \u00e0 la bios\u00e9curit\u00e9 des fili\u00e8res d&#8217;\u00e9levage, ponctu\u00e9e par la premi\u00e8re d&#8217;un documentaire sur cette th\u00e9matique, un format qui t\u00e9moigne de notre volont\u00e9 d&#8217;aller au-del\u00e0 du cercle des sp\u00e9cialistes pour toucher le grand public. Et nous proc\u00e9dons \u00e0 la signature d&#8217;une Lettre d&#8217;Entente avec le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture pour le lancement officiel du Programme National des Syst\u00e8mes Ing\u00e9nieux du Patrimoine Agricole Marocain, un acte fondateur qui officialise un engagement commun en faveur de la pr\u00e9servation du patrimoine agricole marocain dans toute sa diversit\u00e9 territoriale.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre stand lui-m\u00eame refl\u00e8te cet esprit : con\u00e7u pour \u00eatre interactif et accessible, il invite le grand public \u00e0 explorer les programmes de la FAO au Maroc \u00e0 travers notamment un quiz bilingue parce que nous croyons que le travail que nous faisons sur le terrain m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre partag\u00e9, compris et appropri\u00e9 par tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce SIAM est, en ce sens, le reflet le plus fid\u00e8le de ce que nous sommes : une organisation qui traduit ses engagements en actions concr\u00e8tes, au service des femmes et des hommes qui font vivre l&#8217;agriculture marocaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En marge du Salon International de l\u2019Agriculture au Maroc, le repr\u00e9sentant de l\u2019Organisation des Nations unies pour l&#8217;alimentation et l&#8217;agriculture au Maroc (FAO) s\u2019est exprim\u00e9 sur les tensions croissantes qui p\u00e8sent sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et les r\u00e9ponses que tente d\u2019y apporter le Royaume. 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