Palmier dattier : produire davantage et construire les débouchés tout en préservant les oasis 

La question de la montée en puissance de la production marocaine de dattes dépasse la simple extension des plantations : Car comment transformer cette production en valeur durable, alors que l’eau conditionne l’avenir des oasis et que la concurrence internationale se durcit ? Du choix du matériel végétal à la commercialisation, la filière doit désormais articuler performance agricole, maîtrise des ressources et qualité des fruits. Ces enjeux étaient au cœur du premier Regional Agro-business Meeting Days (RAMD) Date Palm Congress, organisé le 1er octobre 2026 à Erfoud par Global Market Crops (GMC), avec le soutien de l’Association des Producteurs Modernes de Dattes au Maroc.

« Avec le RAMD Date Palm Congress, notre ambition est de rapprocher le débat professionnel du territoire et de créer un espace où producteurs, experts, entreprises, investisseurs et institutions peuvent échanger autour des enjeux réels de la filière et identifier ensemble des pistes de solutions et de collaboration », explique Samir Bichra, CEO de GMC et initiateur du programme RAMD. 

Après plusieurs années de sécheresse, l’amélioration des récoltes et l’entrée en production de nouveaux vergers renforcent le potentiel marocain, notamment en Majhoul. Selon Mohamed Abdelbar Belhassan, CEO d’Oasis Biotechnologie, la production a atteint 160 000 tonnes en 2025 et devrait encore progresser en 2026. « Aujourd’hui, le Maroc dispose d’une capacité de production importante et peut être compétitif sur le marché international. Nous sommes présents en Europe, en Amérique et en Asie », souligne-t-il. Consolider ces débouchés suppose toutefois de sécuriser la production et de s’assurer de la disponibilité de l’eau.

L’eau, condition première de la croissance

Dans les oasis, la question de l’eau commande toutes les autres. Elle engage la continuité de la production, mais aussi le maintien d’un milieu dont l’équilibre ne peut être réduit au rendement d’une plantation. « Le problème des oasis reste toujours la disponibilité de l’eau et la rationalisation de son utilisation », rappelle Mohamed Abdelbar Belhassan. Il appelle à des solutions techniques capables de préserver « le caractère écologique de l’oasis » tout en améliorant la productivité.

L’enjeu consiste donc à mieux relier les apports aux besoins réels des palmiers. Une irrigation maîtrisée suppose de connaître les conditions du sol, de suivre l’évolution de la culture et d’ajuster les interventions au cours de la saison. Elle ne peut être dissociée de la fertilisation, puisque la recherche de rendement et de qualité dépend de la cohérence entre alimentation hydrique et nutrition de la plante.

L’expérience jordanienne décrite par Raed Shaheen, ingénieur agronome et expert en pesticides et fertilisants, illustre cette approche. Les programmes de conduite associent des apports définis en azote, phosphore et potassium, un calendrier agricole et des outils de suivi installés au champ. « Tout est lié à des capteurs qui donnent une indication sur le moment où il faut irriguer », explique-t-il.

La technologie prend ainsi tout son sens dans la décision quotidienne : quand intervenir ? avec quelle quantité ? et pour quel besoin ? Son apport dépend toutefois de la capacité des exploitations à exploiter les données recueillies. L’accompagnement technique reste essentiel pour convertir une mesure en pratique adaptée.

Une protection phytosanitaire intégrée à la conduite du verger

Cette logique de précision vaut également pour la protection des palmiers. Irrigation, fertilisation et maîtrise des ravageurs participent d’un même système de production. Traiter un problème sanitaire sans tenir compte du stade de développement du palmier, des conditions du verger ou des interventions précédentes limite la cohérence de l’action.

Raed Shaheen résume cette exigence par trois paramètres : « Choisir le bon moment, le bon produit et les bons outils d’application pour obtenir les meilleurs résultats en qualité et en quantité. » La performance repose donc autant sur la pertinence de l’intervention que sur la solution utilisée.

L’expert décrit une combinaison de moyens de lutte selon les ravageurs concernés : traitements ciblés, pièges, recours à des auxiliaires et solutions biologiques. Certaines interventions peuvent également viser l’intérieur du stipe, lorsque la nature de l’attaque le justifie. Cette diversité appelle un diagnostic précis et un suivi régulier du verger.

Le calendrier agricole devient, dans cette approche, un outil de continuité. Il permet de consigner les apports d’eau et d’engrais, les traitements et les observations, puis de replacer chaque décision dans l’ensemble de la saison. L’objectif est de disposer d’une conduite documentée, capable d’accompagner une production régulière et de qualité.

Le matériel végétal, un levier de reconstruction

La modernisation de la filière ne se joue pourtant pas seulement dans les plantations existantes. Elle commence avec le matériel végétal et la capacité à multiplier les variétés recherchées. L’histoire du Bayoud rappelle combien cet enjeu est structurant pour le patrimoine dattier marocain.

Ali Rhiss, expert et consultant en physiologie végétale, souligne que la maladie a profondément affecté les palmeraies, notamment des variétés appréciées pour la qualité de leurs fruits, comme le Majhoul et le Boufeggous. La sélection et la multiplication des palmiers constituent dès lors un levier pour accompagner la reconstitution et le développement des plantations.

La multiplication traditionnelle par rejets se heurte à un rythme biologique lent et à la disponibilité limitée du matériel. Les laboratoires permettent de changer d’échelle. « À partir d’un rejet de la variété que l’on souhaite multiplier, on peut produire des milliers de palmiers en quatre à cinq ans, selon la capacité du laboratoire », explique Ali Rhiss.

Cette capacité donne aux biotechnologies une place importante dans le développement de la filière. Elle soulève aussi la question de l’articulation entre production de plants, besoins des exploitations et objectifs de plantation. Multiplier davantage doit s’inscrire dans une stratégie qui relie choix variétal, conditions de culture et qualité attendue des fruits.

Préparer les marchés à la croissance des volumes

À mesure que les plantations entrent en production, la question commerciale prend davantage de poids. Le développement du Majhoul offre au Maroc un levier de positionnement, mais il intervient dans un contexte où d’autres pays renforcent également leurs capacités.

Dr Mohammed Aziz El Houmaizi, expert international en production dattière, attire l’attention sur l’extension des plantations à l’échelle mondiale et sur ses conséquences pour les échanges. « Le commerce international de la datte va changer dans les années à venir », estime-t-il. Il rappelle également que le Maroc reste un pays importateur, malgré la progression de sa propre production.

Cette coexistence entre importations et ambitions à l’export invite à examiner plus finement les débouchés. Quels segments la production nationale peut-elle mieux approvisionner ? Comment adapter l’offre aux attentes des acheteurs ? Quelle place accorder au conditionnement et à la transformation pour valoriser les fruits selon leur qualité ? Ces questions deviennent centrales lorsque l’augmentation des volumes doit se transformer en revenus durables.

Le rapprochement entre producteurs, experts et opérateurs commerciaux peut contribuer à mieux rattacher les décisions agricoles aux besoins du marché. 

La filière dispose donc d’un potentiel de croissance, et sa consolidation dépend de la cohérence entre ses différents maillons. Préserver l’eau, sécuriser les plantations, améliorer la qualité et préparer les débouchés sont des exigences liées. La valeur créée par la datte marocaine se mesurera aussi à sa capacité à soutenir durablement les territoires oasiens dont elle est issue.

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