Seafood 4 Africa à Dakhla : structurer une économie bleue africaine entre souveraineté, science et investissement

À Dakhla, Seafood 4 Africa a réuni du 4 au 6 février chercheurs, institutions publiques africaines, opérateurs privés et partenaires internationaux autour d’un constat désormais partagé : l’Afrique dispose d’un potentiel halieutique et aquacole considérable, mais la valeur créée reste encore largement captée hors du continent.

Panels techniques, interventions institutionnelles et échanges de terrain mettent en lumière les leviers, mais aussi les fragilités d’une économie bleue africaine confrontée à des enjeux étroitement liés de souveraineté alimentaire, de durabilité environnementale et de structuration industrielle.

Au fil des discussions, une même urgence s’impose : passer de la vision stratégique à l’action, en s’appuyant sur des expériences concrètes, des coopérations régionales et une transformation locale plus affirmée des ressources marines. Les travaux s’organisent ainsi autour de cinq axes structurants, esquissant les contours d’une économie bleue africaine encore en construction, mais désormais engagée dans une dynamique opérationnelle.

Transformer localement les richesses de la mer : sortir du modèle extractif

La transformation locale des produits de la mer s’est imposée comme un enjeu central des débats. En Afrique, près de 12 millions de tonnes de produits halieutiques sont produites chaque année, mais moins de 10 % sont transformées localement. L’essentiel de la valeur ajoutée continue ainsi d’être créée hors du continent, au détriment des économies côtières et de l’emploi local.

Pour Dr Lahcen Ababouch, consultant international en économie bleue, la durabilité ne peut être dissociée du marché :

« Le rôle du marché peut être déterminant pour reconnaître la durabilité, à condition que celle-ci repose sur des critères stricts et crédibles. »

Cette reconnaissance passe par des standards précis, fondés notamment sur le Code de conduite pour une pêche responsable et les directives de la FAO sur l’écolabellisation, aujourd’hui pleinement intégrés par seulement deux systèmes nationaux, en Alaska et en Islande.

Au Maroc, la transformation locale est également abordée sous l’angle de la structuration industrielle et sanitaire. Le directeur général de l’INRH, Mohammed NAJIH – Directeur Général de l’INRH, a rappelé que la création de valeur passe par une maîtrise complète de la chaîne, de la ressource au produit fini :

« La valorisation des produits de la mer ne peut se faire sans connaissance scientifique, sans contrôle sanitaire et sans outils de transformation adaptés aux marchés. »

Selon lui, la recherche halieutique joue un rôle clé pour orienter les investissements vers des segments à plus forte valeur ajoutée et réduire les pertes post-capture.

Sur le continent africain, la transformation locale est aussi perçue comme un levier de sécurité alimentaire. En Guinée, où le potentiel halieutique est important, la filière reste pourtant peu développée.

« Nous disposons d’un réseau hydrographique dense, mais l’aquaculture et la transformation restent sous-exploitées, notamment faute d’investissements privés structurants », a souligné Mme Mariame Diallo, directrice générale du Centre national des sciences halieutiques de Boussoura.

Le pays s’est engagé dans le développement de quatre pôles aquacoles, un par région naturelle, afin de structurer la production autour des communautés locales et des PME.

La création de valeur passe enfin par l’innovation industrielle. M. Youssef Radi, chercheur à l’INRH, a rappelé que le risque économique se joue très en amont :

« Le taux de réussite d’un nouveau produit alimentaire ne dépasse pas 20 %. C’est pourquoi le projet doit passer par l’étude de marché, le prototypage et la validation avant l’industrialisation. »

Il a cité un projet mené en 2024 avec l’INRH et l’INPHI, portant sur la valorisation de farines de poisson faiblement exploitées et de coproduits, ayant permis à l’entreprise concernée d’accéder à un financement public couvrant jusqu’à 80 % des équipements industriels.

Pour les opérateurs africains, la transformation locale apparaît ainsi moins comme une option que comme une condition d’accès aux marchés, aux financements et à une souveraineté alimentaire durable.

Initiatives et coopérations africaines : construire des chaînes de valeur continentales

Les échanges ont largement dépassé les cadres nationaux. Tous les intervenants ont convergé vers une même conclusion : l’économie bleue africaine ne pourra se structurer sans une approche régionale et continentale coordonnée.

Blessing Mapfumo, représentante de la World Aquaculture Society – African Chapter, a rappelé les ordres de grandeur :

« La production aquacole africaine atteint environ 2,6 millions de tonnes, alors que la demande future dépassera largement les 40 millions de tonnes par an. »

Cette fracture entre potentiel et réalité s’explique par la fragmentation des chaînes de valeur, la dépendance aux importations d’intrants et l’absence de marchés régionaux intégrés.

Mme Mariame Diallo a insisté sur le rôle des partenaires techniques et financiers : « Des institutions comme la FAO, l’AFD et la GIZ accompagnent la Guinée, mais le véritable enjeu reste la structuration d’un écosystème local viable. »

Elle a également rappelé que les dernières évaluations des ressources halieutiques continentales en Guinée remontaient aux années 1970-1980, d’où l’importance des nouveaux programmes d’évaluation scientifique engagés dans le cadre du projet KUNGI.

Du côté de l’Afrique de l’Ouest, la coopération est aussi perçue comme un levier d’attractivité pour l’investissement. Mme Kamile Klap, du World Economic Forum, a souligné :

« L’aquaculture mondiale progresse rapidement en Asie et dans les Amériques, tandis que l’Afrique stagne. Cela envoie un signal négatif aux investisseurs. »

Elle a rappelé que, depuis 2022, l’aquaculture a dépassé la pêche de capture en volume au niveau mondial, devenant un pilier central de la sécurité alimentaire.

Au Ghana, des initiatives concrètes sont en cours, avec la création d’un Blue Food Innovation Hub et l’annonce par le gouvernement, en novembre 2025, d’un fonds dédié au développement de l’aquaculture, ciblant les PME et les organisations de petits producteurs.

Pour les participants, la coopération africaine ne relève plus d’un discours politique, mais d’une nécessité économique, conditionnant l’émergence de chaînes de valeur compétitives face aux grands bassins mondiaux.

Technologies de pêche et économie bleue : science, données et adaptation aux réalités africaines

Au-delà des ambitions affichées, Seafood 4 Africa a mis en lumière un point souvent sous-estimé dans les stratégies africaines : la technologie n’est pas un supplément, mais un prérequis à toute économie bleue crédible.

Qu’il s’agisse de pêche, d’aquaculture ou de transformation, les interventions ont rappelé que la durabilité ne peut être décrétée sans connaissance fine des milieux, des espèces et des capacités réelles des écosystèmes.

Dr Lahcen Ababouch a posé le cadre dès le départ : « L’Atlantique a des spécificités naturelles, météorologiques et océaniques qui n’existent pas ailleurs. On ne peut pas transposer des modèles asiatiques ou tropicaux sans investir massivement dans la compréhension du milieu. »

S’appuyant sur son expérience au Maroc et dans plusieurs pays atlantiques africains, il a rappelé que l’aquaculture marine dans cette zone reste au stade d’apprentissage, comme l’a été la pêche hauturière marocaine dans les années 1980.

À l’époque, le Maroc versait près de 89 millions de dollars par an en salaires à des équipages étrangers (coréens, chinois) faute de compétences locales pour exploiter les zones au-delà des 9 milles nautiques.

« Nous allons apprendre, faire des erreurs, corriger, et avancer. L’important est de ne pas croire que tout est déjà maîtrisé. »

Cette approche progressive a trouvé un écho dans les interventions scientifiques africaines.

Mme Mariame Diallo (CNSHB, Guinée) a insisté sur le rôle central de la recherche appliquée :

« Une aquaculture réussie commence toujours par une étude de faisabilité et une connaissance bioécologique du milieu. »

Elle a rappelé que la Guinée n’avait pas conduit d’évaluation exhaustive de ses ressources halieutiques continentales depuis les années 1970–1980, justifiant les nouveaux programmes engagés dans le cadre du projet KUNGI pour identifier les espèces réellement adaptées aux milieux locaux, au-delà des seuls tilapias et silures.

La technologie est également apparue comme un outil de réduction du risque économique.

M. Youssef Radi (INRH) a détaillé le rôle du Centre de valorisation et de développement des produits : « Innover sans processus structuré, c’est exposer le projet à un risque élevé. La technologie permet de sécuriser chaque étape, de l’idée au prototype, avant l’industrialisation. »

Il a rappelé que seuls 20 % des nouveaux produits alimentaires atteignent le marché, d’où l’importance des phases intermédiaires (tests, prototypage, validation marché) pour rendre les projets finançables.

Sur le plan international, l’exemple de l’Alaska a été cité non comme modèle à copier, mais comme référence méthodologique.

Dr Lahcen Ababouch a rappelé que l’Alaska avait développé son propre système de certification nationale basé sur les instruments FAO : « Ce système repose sur plus de 500 pages de critères techniques, couvrant l’ensemble de la chaîne, de la ressource à la commercialisation. »

Un dispositif aujourd’hui partagé uniquement avec l’Islande, et qui permet au marché de jouer un rôle actif dans la reconnaissance de la durabilité.

La technologie apparaît enfin comme un facteur de souveraineté stratégique.

Selon plusieurs intervenants, l’Afrique ne pourra sécuriser ses chaînes de valeur halieutiques sans investir dans : 

  • la collecte de données environnementales,
  • la modélisation des capacités de charge,
  • la traçabilité,
  • et l’adaptation des outils de pêche et de production aux réalités atlantiques et continentales.

Dans ce contexte, l’économie bleue ne se limite plus à l’exploitation des ressources, mais devient un champ d’ingénierie, de science appliquée et de décision publique éclairée.

Aquaculture africaine : de la vision à l’action

Au cœur des débats de Seafood 4 Africa, l’aquaculture s’impose comme un pilier structurant de la souveraineté alimentaire africaine. Loin d’un discours prospectif, les échanges mettent en lumière des trajectoires déjà engagées, des choix politiques assumés et des modèles en cours de déploiement, à commencer par l’expérience marocaine.

Dès l’ouverture des discussions, la directrice générale de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), Majida MAAROUF, Directrice Générale de l’Agence Nationale pour le Développement de l’Aquaculture (ANDA), pose un cadre clair : l’aquaculture ne peut plus être pensée comme un segment marginal de la pêche, mais comme une filière industrielle à part entière, fondée sur la planification, la sécurisation du foncier, une gouvernance claire et un accompagnement public ciblé.

« L’aquaculture n’est pas une activité opportuniste. C’est une industrie qui exige du temps, de la visibilité et une structuration rigoureuse des projets », rappelle-t-elle.

Au Maroc, cette vision repose sur un potentiel identifié de 300 000 tonnes par an, alors que la production reste très inférieure à ce plafond. L’enjeu n’est donc pas la ressource, mais la capacité à transformer ce potentiel en projets réels, crédibles et bancables, capables d’attirer l’investissement privé.

Cette approche fait écho à d’autres trajectoires africaines. Au Ghana, Jacob Adzikah, président de la Chambre de l’Aquaculture, rappelle l’ampleur du défi : « Le Ghana accuse aujourd’hui un déficit d’environ 630 000 tonnes de poisson. » Pour y répondre, les autorités ont opté pour un projet d’envergure nationale centré sur le lac Volta, principal réservoir de croissance aquacole du pays. La création du Volta Economic Corridor Initiative traduit cette orientation, avec un parc aquacole structuré où l’État intervient directement sur l’un des principaux freins à l’investissement : le foncier.

« Le gouvernement a décidé de conduire lui-même l’acquisition des terres afin de lever l’un des freins majeurs à l’investissement privé », précise-t-il. Une fois ce préalable sécurisé, les opérateurs privés sont invités à investir dans un cadre de partenariat public-privé, via un SPV (Special Purpose Vehicle) destiné à structurer le financement et la chaîne de valeur.

Au Sénégal, l’aquaculture progresse à un rythme plus prudent, mais avec des objectifs désormais chiffrés. Les projections évoquées tablent sur 20 000 tonnes à l’horizon 2030, dont 17 000 tonnes de poissons, portées par des espèces à cycle court et à faible exigence technologique. « Le poisson-chat et la carpe sont des espèces faciles à développer, qui permettent d’atteindre rapidement des volumes importants », est-il souligné. Ces orientations sont étroitement liées au travail conduit avec la FAO, notamment sur la question stratégique de l’alimentation animale.

En Guinée, Mariame Diallo, directrice générale du Centre national des sciences halieutiques de Boussoura (CNSHB), dresse un constat sans détour : « La Guinée est le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, mais reste paradoxalement l’un des pays où l’aquaculture est le moins développée. » Malgré un réseau hydrographique dense, le secteur demeure largement communautaire, porté par des PME faiblement capitalisées. Pour inverser cette tendance, l’aquaculture est inscrite comme priorité du plan stratégique 2023–2027, avec l’appui de la Banque mondiale, de l’AFD et d’autres partenaires. Quatre pôles aquacoles sont actuellement en cours de développement, correspondant aux quatre régions naturelles du pays.

« Une aquaculture réussie commence par une étude du milieu et par le choix d’espèces réellement adaptées à l’environnement », insiste-t-elle.

La mise en perspective internationale apportée par Asaad Mohamed, directeur du programme aquaculture à la KAUST, éclaire ces trajectoires africaines. Dans le cadre de la Vision 2030, l’Arabie saoudite vise une production de 530 000 tonnes de produits aquacoles, réparties entre 230 000 tonnes de poissons marins, 220 000 tonnes de crevettes et 70 000 tonnes d’espèces d’eau douce.

« Le gouvernement saoudien a investi près de 120 milliards de riyals, soit environ 30 milliards de dollars, pour soutenir le développement de l’aquaculture », précise-t-il.

KAUST joue le rôle de bras scientifique de l’État, avec une approche fondée sur la recherche appliquée, la modélisation environnementale et la validation à échelle commerciale, notamment en cages marines. L’amélioration de la nutrition animale et du Food Conversion Ratio a permis, à elle seule, d’économiser environ 417 millions de dollars par an en importations de matières premières.

À travers ces expériences croisées, Seafood 4 Africa met en évidence un basculement clair : l’aquaculture africaine n’est plus un horizon lointain, mais un chantier en cours, qui avance à des rythmes différents selon les pays, tout en reposant partout sur les mêmes fondamentaux — planification, science, financement et gouvernance.

Financement des projets d’aquaculture et de valorisation

Si la vision aquacole africaine est désormais clairement posée, sa mise en œuvre se heurte à un enjeu transversal : le financement. À Seafood 4 Africa, les échanges ont montré que le principal frein n’est pas l’absence de capitaux, mais la difficulté à transformer des projets techniquement solides en projets réellement bancables, capables de rassurer les investisseurs, les assureurs et les institutions financières.

Au Maroc, cette question est au cœur des travaux conduits par le ministère des Finances dans le cadre de la future stratégie nationale de l’économie bleue. Siham Fellahi, cheffe de mission et co-coordonnatrice de l’UGP Économie bleue, résume l’enjeu :

« L’enjeu n’est pas de mobiliser davantage de ressources, mais de transformer le potentiel en projets concrets, crédibles et bancables. »

Le potentiel national est estimé à 300 000 tonnes par an, alors que la production reste très inférieure à ce plafond, principalement en raison d’une structuration insuffisante des projets en amont. L’approche marocaine repose ainsi sur une finance mixte, combinant ressources publiques concessionnelles et capitaux privés, ainsi que sur un fonds d’investissement thématique dédié à l’économie bleue, conçu comme catalyseur plutôt que simple outil de subvention. « Un instrument financier seul ne peut répondre aux besoins du secteur aquacole », insiste Siham Fellahi.

Cette analyse est largement partagée à l’échelle africaine. Au Ghana, malgré une dynamique aquacole affirmée, l’accès au crédit demeure un goulet d’étranglement. Jacob Adzikah, président de la Chambre de l’Aquaculture, rappelle que le secteur a longtemps été perçu comme trop risqué : « Les banques ne comprenaient pas le secteur. Elles le percevaient comme trop risqué, sans assurance ni garanties adaptées. »

Un travail de fond avec banques et assureurs a permis l’introduction de produits couvrant les stocks vivants et l’intégration de l’aquaculture dans le Ghana Incentive-Based Risk Sharing and Agricultural Lending System (GIRSAL).

« Aujourd’hui, les prêts à l’aquaculture bénéficient d’une garantie publique de 70 % », précise-t-il, un mécanisme qui a profondément modifié la perception du secteur.

À l’échelle régionale, l’UEMOA souligne l’importance d’un cadre harmonisé pour sécuriser les financements transfrontaliers. Diengane Ndong, directeur de l’Agriculture, rappelle que :

« La certification est aujourd’hui le passeport de toutes les denrées alimentaires d’origine animale dans l’espace UEMOA. »

Mais au-delà des normes, le manque de coordination entre producteurs, transformateurs et financeurs demeure un frein majeur.

« Il faut organiser les acteurs autour de la chaîne de valeur et définir ensemble où l’on veut aller dans cinq ou dix ans », insiste-t-il.

Même lecture du côté du World Economic Forum. Kamile Klap, Lead Global Risks, rappelle que si l’aquaculture mondiale progresse rapidement, avec +60 % en huit ans en Asie, l’Afrique reste en retrait malgré son potentiel. « Le financement issu de l’aide au développement se tarit. Le relais doit désormais venir du secteur privé, dans des cadres de partenariat public-privé solides. »

C’est dans ce contexte qu’a été conçu le Blue Food Innovation Hub au Ghana, destiné à accompagner startups et PME aquacoles vers une maturité financière suffisante.

À l’échelle des entreprises, Youssef Radi, chercheur à l’INRH, rappelle la réalité du risque industriel : seuls 20 % des nouveaux produits agroalimentaires atteignent le marché.

« Pour réduire le risque, un projet doit passer par l’étude de marché, la conception, le prototypage et l’industrialisation avant l’étape du financement. »

Dans ce cadre, l’accompagnement public peut couvrir jusqu’à 80 % du financement, sous réserve de viabilité technique et commerciale démontrée.

Enfin, Lahcen Ababouch, consultant senior international en économie bleue, replace ces mécanismes dans la perspective de la finance durable :

« Si l’on veut canaliser les financements vers une aquaculture durable, il faut des critères techniques stricts pour éviter le greenwashing. »

Inspirés des travaux européens sur la taxonomie verte, ces critères visent à orienter les capitaux vers des projets capables de réduire l’empreinte carbone, préserver la biodiversité et renforcer la résilience des écosystèmes.

À Seafood 4 Africa, le message est clair : le financement de l’aquaculture africaine dépend moins de l’abondance des ressources que de la capacité collective à structurer les projets, partager les risques et aligner les instruments financiers sur les réalités du terrain.

Traçabilité et froid : quand la technologie structure la filière halieutique 

La chaîne du froid et la traçabilité s’imposent comme des infrastructures invisibles mais décisives de l’économie halieutique africaine, conditionnant à la fois la qualité des produits, la réduction des pertes et l’accès aux marchés à forte valeur ajoutée. Dès la capture, toute rupture thermique entraîne une dégradation rapide du poisson, avec des impacts directs sur la valorisation industrielle et commerciale. Dans ce contexte, la traçabilité n’est plus seulement un outil de suivi, mais un levier de structuration du secteur. Elle permet d’assurer la continuité des flux, de sécuriser les échanges internationaux et de renforcer la confiance des partenaires commerciaux. « La traçabilité est aujourd’hui le cœur de la performance du secteur halieutique », souligne Dr Abdelghani Azzi, Dr Abdelghni AZZI – Directeur du Contrôle de l’Alimenation de l’ONSSA en rappelant qu’elle conditionne l’agrément des établissements, la fluidité des exportations et la reconnaissance des dispositifs nationaux de contrôle par les marchés de destination.

Sur le plan technologique, les solutions existent et sont déjà opérationnelles. Les installations frigorifiques évoluent vers des fluides frigorigènes de transition, dont les indices de réchauffement climatique sont huit à dix fois inférieurs aux fluides conventionnels comme le R404A, tandis que les fluides naturels – CO₂ et surtout ammoniac – s’imposent dans les grandes unités de froid négatif, avec un GWP quasi nul et une efficacité énergétique jusqu’à 33 % supérieure aux systèmes classiques. « Le froid n’est plus seulement une contrainte technique, c’est un outil de création de valeur », observe Nacer Yazami, en insistant sur l’apport de la digitalisation, des systèmes de supervision et de monitoring en temps réel, capables d’assurer une traçabilité de bout en bout, de limiter les pertes et d’anticiper les incidents techniques. Ces dispositifs, dont le retour sur investissement est estimé entre 15 et 18 mois, s’imposent progressivement comme un standard industriel pour répondre aux exigences des acheteurs internationaux et accompagner la montée en gamme des produits africains.

Dakhla, laboratoire africain de l’économie bleue

Située à l’interface entre l’Atlantique, le Sahara et l’Afrique subsaharienne, Dakhla s’impose progressivement comme un territoire d’expérimentation à ciel ouvert de l’économie bleue africaine. La région concentre à la fois, des ressources halieutiques abondantes, des conditions océano-climatiques favorables et des infrastructures en développement, faisant d’elle un point d’ancrage stratégique pour les filières de la pêche, de l’aquaculture et des industries de transformation.

Au fil des panels de Seafood 4 Africa, Dakhla a été régulièrement citée comme un espace de démonstration : démonstration de la capacité à accueillir des projets aquacoles pilotes, à structurer des chaînes de valeur locales et à tester des modèles de coopération Sud-Sud et Sud-Nord. Sa position géographique, sur l’axe atlantique reliant l’Europe à l’Afrique de l’Ouest, renforce également son rôle de plateforme logistique et de dialogue régional, dans un contexte où la sécurité alimentaire et la valorisation locale des ressources deviennent des priorités continentales.

Coopération technique : signature d’un mémorandum entre la FENIP et l’Alaska Seafood Marketing Institute

En marge des travaux de Seafood 4 Africa, un mémorandum d’entente a été signé entre la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP) et l’Alaska Seafood Marketing Institute (ASMI).

Cet accord porte sur une coopération technique visant le partage d’expertise en matière de gestion durable des pêcheries, de traçabilité, de certification et de valorisation industrielle des produits de la mer. Il s’inscrit dans une logique d’échanges de savoir-faire entre écosystèmes halieutiques, à un moment où plusieurs pays africains cherchent à renforcer la crédibilité de leurs filières sur les marchés internationaux.

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