Le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, le Ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, le Groupe de la Banque mondiale, la Confédération Marocaine de l’Agriculture et de Développement Rural (COMADER) et l’Association Marocaine de l’Agroéconomie (AMAECO), ont organisé le 3 février à Salé, une conférence dédiée à l’emploi agricole, autour du thème « Emploi agricole : état des lieux, déterminants et leviers de préservation ». L’évènement a réuni des responsables publics, des experts et des acteurs du secteur afin d’analyser les transformations du marché du travail agricole. L’objectif est d’analyser l’état des lieux, les évolutions récentes et les déterminants de l’emploi agricole et rural, et identifier les leviers de préservation de l’emploi dans un contexte marqué par le changement climatique et le stress hydrique.
L’emploi agricole et rural constitue un pilier central de l’économie nationale et de la cohésion sociale. Sa dynamique dépend de facteurs clés tels que l’investissement productif, la productivité des exploitations, la structuration des filières, l’accès aux marchés, les politiques publiques et les conditions climatiques.
Dans un contexte de changement climatique marqué, la réduction des superficies irriguées, la fragilisation des filières intensives en main-d’œuvre et la baisse de l’investissement agricole accentuent la pression sur l’emploi, en particulier saisonnier.
A cet égard, M. Rachid Benali, Président de la COMADER, a alerté sur « la pénurie de main-d’œuvre agricole dans plusieurs filières à forte intensité de travail », qui devient structurelle et entraîne « retard de récolte, perte de production et fragilisation de la rentabilité des exploitations ». Les causes incluent « la succession des années de sécheresse, l’attractivité croissante des emplois urbains et la pénibilité du travail agricole ». Il a souligné ainsi la question cruciale : Comment préserver l’emploi agricole si le secteur n’attire plus sa propre main-d’œuvre ?

Selon M. Mohamed Sebgui, Président de l’Association Marocaine de l’Agroéconomie, l’investissement en milieu rural ne peut être pensé uniquement en termes d’infrastructures ou d’équipements. « Il doit impérativement intégrer la valorisation du capital humain agricole, l’amélioration des conditions de travail, la formation continue et la reconnaissance sociale de l’ouvrier agricole. »

Entre résilience et relance
Selon M. Ahmed El Bouari, Ministre de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, la stratégie « Génération Green » a transformé le développement agricole en mettant l’humain au centre des politiques publiques et en passant d’une approche axée sur la production à une vision de développement global et durable. « Cette vision repose notamment sur le renforcement de l’attractivité des métiers agricoles au profit des jeunes, leur intégration dans les chaînes de valeur, la mise à disposition de formations de qualité adaptées aux exigences du marché du travail, ainsi que l’amélioration des conditions de travail afin de favoriser la stabilité de la main-d’œuvre en milieu rural ». Il a ajouté que la récente amélioration de la situation hydrique offre une opportunité pour dynamiser l’emploi agricole, en transformant la reprise de la production en emplois durables et mieux rémunérés, tout en renforçant la stabilité sociale en milieu rural.
« Ces récentes précipitations laissent entrevoir une campagne agricole prometteuse, inchallah, et pourraient favoriser la stabilisation, voire la reprise de l’emploi agricole et rural face à ces défis » a confirmé Mme Nour Elamarti, Secrétaire Générale par intérim du Ministre de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences. Elle a rappelé que ces dernières années, la sécheresse a durement affecté l’emploi agricole, avec une perte moyenne de 185 000 postes par an entre 2022 et 2024. Toutefois, au troisième trimestre 2025, la baisse de 47 000 emplois reste bien moins sévère que lors des années précédentes, laissant entrevoir un début de stabilisation.

Vers des emplois durables et structurés
Une importante enveloppe financière a été mobilisée pour soutenir l’emploi agricole, notamment dans les zones touchées par la sécheresse. Une convention stratégique entre le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, le Ministère de l’Inclusion Économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, la Confédération marocaine de l’agriculture et l’ANAPEC vise à mieux organiser l’emploi, coordonner l’offre et la demande de main-d’œuvre et valoriser les opportunités dans les chaînes de production. « Notre priorité ne se limite pas à l’accès à l’emploi, mais aussi à sa préservation, notamment pour les catégories les plus exposées à la précarité. C’est pourquoi nous renforçons également l’inclusion des non-diplômés et le soutien à l’auto-emploi ainsi qu’à l’entrepreneuriat agricole et para-agricole », a affirmé Mme Nour Elamarti.
Dans cette optique, trois programmes majeurs soutenus par le Ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences via l’ANAPEC structurent son action : IDMAJ, qui facilite l’insertion des jeunes diplômés, y compris ceux issus du monde rural ; TAHFIZ, qui encourage la création et la consolidation des jeunes entreprises, coopératives et associations avec des incitations à l’emploi ; et TAEHIL, qui renforce l’adéquation formation-emploi à travers des formations qualifiantes et des reconversions.

Mme Nour Elamarti a indiqué que son ministère renforce l’inclusion des non-diplômés et soutient l’auto-emploi ainsi que l’entrepreneuriat agricole et para-agricole à travers le programme national TADAR. Lancé en partenariat avec la formation professionnelle et le ministère de l’Agriculture, ce dispositif combine 20 % de théorie et 80 % de pratique pour développer les compétences des jeunes, améliorer leur employabilité et faciliter leur accès au marché du travail, avec pour objectif 17 000 bénéficiaires par an dans le secteur agricole. Elle a précisé que le ministère adopte une approche territoriale de l’emploi rural, avec des diagnostics provinciaux, des espaces d’orientation de proximité, des unités mobiles et des formations courtes adaptées aux besoins techniques des populations agricoles. « L’objectif est clair : rapprocher le service public de l’emploi des citoyens là où ils vivent, aller vers le monde rural et les accompagner de manière concrète. »
L’engagement de la Banque mondiale
La Banque mondiale place la création d’emplois, surtout pour les jeunes et les femmes, au centre de sa mission de lutte contre la pauvreté et de promotion d’une prospérité durable. « l’emploi ne procure pas seulement un revenu, mais aussi de la dignité, de la stabilité sociale et de l’espoir, faisant de l’emploi le pilier central du développement et de la lutte contre la pauvreté », a souligné M. Ahmadou Moustapha Ndia Ye, Directeur Pays de la Banque Mondiale pour le Maghreb et Malte.

De son côté, Mme Nabila Gourroum, Experte en agriculture à la Banque mondiale a confirmé cette ambition : « Notre mission principale, qui est de combattre la pauvreté et de renforcer la prospérité, passera nécessairement par la création d’emplois de qualité dans tous les secteurs, mais notamment dans le secteur agricole, qui est un secteur très important et qui présente plusieurs opportunités pour la création d’emplois, que ce soit dans l’amont productif ou dans l’aval. »
la Banque mondiale a lancé « Agriconnect », une initiative qui vise à développer des chaînes de valeur agroalimentaires résilientes, intégrées et compétitives au Maroc et à l’international, en favorisant la création d’emplois, l’inclusion des PME, l’accès au financement et aux technologies, ainsi que le renforcement des compétences dans les filières. « En favorisant la formalisation, la montée en qualité et la connexion aux marchés, Agriconnect contribue directement à la création d’emplois décents, à la diversification des opportunités rurales et à l’insertion des jeunes et des femmes dans des emplois durables » a expliqué M. Ahmadou Moustapha Ndia Ye.
Les différentes interventions ont mis en évidence le rôle stratégique de l’agriculture dans l’emploi rural, les défis liés à la pénurie de main-d’œuvre, au sous-emploi, à la modernisation du secteur et aux effets du changement climatique. Les débats ont également souligné l’importance de l’investissement, de la formation et de l’amélioration des conditions de travail pour renforcer l’attractivité de l’emploi agricole.

La rencontre s’est conclue par des recommandations appelant à une approche intégrée et coordonnée entre politiques agricoles et politiques de l’emploi, afin de préserver et développer durablement l’emploi dans le monde rural.

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