À l’ouverture de sa neuvième édition, le SIEMA Food Expo a placé les enjeux de souveraineté alimentaire et de compétitivité industrielle au centre des débats. Réunis lors de la table ronde inaugurale tenue le 23 septembre, les représentants de l’emballage, du financement, de l’Agence pour le développement agricole (ADA) et de l’ONSSA ont convergé sur un constat : la performance du secteur se joue autant dans les champs que dans la transformation, la qualité, la logistique et l’accès au marché.
Organisé autour du thème « Cap Agro 2030 : souveraineté, résilience hydrique et compétitivité du Made in Morocco », le salon a réuni 250 exposants issus de 30 pays et attendait plus de 28 000 visiteurs professionnels. Au-delà de l’exposition de machines et de solutions techniques, l’événement s’est voulu un espace de réflexion sur les transformations de la chaîne agroalimentaire.
L’emballage, maillon discret mais décisif
Pour Mounir El Bari, directeur général de GPC, l’emballage doit sortir de son statut de simple support logistique. « On ne peut pas développer l’agroalimentaire sans emballage », a-t-il souligné, rappelant son rôle dans la protection, le transport, la présentation et la valorisation des produits marocains.
Tomates, agrumes et autres productions destinées à l’export doivent parvenir aux marchés de destination dans des conditions conformes aux attentes des distributeurs et des consommateurs. L’emballage participe ainsi directement à la crédibilité du Made in Morocco, aussi bien dans les circuits modernes que traditionnels.
L’enjeu est également économique. Mounir El Bari a alerté sur les pertes liées à des conditionnements inadaptés, notamment dans certains circuits où les caisses en bois restent utilisées. Selon lui, ces pertes peuvent atteindre 10 % à 20 % de la production dans certains cas. Une déperdition qui pèse directement sur les marges, renchérit le coût final du produit et réduit la capacité des entreprises à exporter.
« Perdre une partie de la production signifie qu’il faut produire davantage pour obtenir le même résultat commercial », a-t-il fait valoir. Dans cette perspective, investir dans le carton, le conditionnement et les solutions de protection adaptées ne relève pas seulement de l’esthétique ou du marketing : il s’agit d’un levier de compétitivité industrielle et de réduction du gaspillage.
Transformer davantage pour créer de la valeur
Le financement constitue l’autre pilier de cette stratégie. Hajar Nadem, directrice générale adjointe en charge de la Banque commerciale Crédit Agricole du Maroc, a présenté la souveraineté alimentaire comme un objectif nécessitant de financer davantage que la seule production agricole.
« Le financement est un accélérateur pour augmenter nos capacités de production et atteindre la souveraineté alimentaire», a-t-elle indiqué.
La banque souhaite ainsi renforcer son accompagnement des investissements liés à la transformation, au stockage, au conditionnement, aux chaînes du froid et aux infrastructures d’irrigation. L’objectif est de permettre aux filières de capter davantage de valeur localement, plutôt que de rester limitées à la production primaire.
Le Crédit Agricole du Maroc entend également raisonner à l’échelle de la chaîne de valeur. Producteurs, agrégateurs, coopératives, industriels et exportateurs peuvent bénéficier d’un accompagnement cohérent. « Il ne s’agit pas de financer uniquement l’entreprise, mais tout son écosystème », a précisé Hajar Nadem.
La résilience a constitué le troisième axe de cette approche. Face aux aléas climatiques, aux tensions sur l’eau, à l’évolution des marchés et au coût de l’énergie, les exploitations et les industries doivent investir dans des modèles moins vulnérables. La banque a notamment évoqué le financement de l’irrigation et de projets liés à l’énergie verte.
Au-delà des crédits, l’établissement a aussi mis en avant son maillage territorial : sur 470 agences, plus de la moitié sont implantées en milieu rural. Ce réseau de proximité permet d’apporter conseil, accompagnement et formation aux agriculteurs comme aux opérateurs de l’agro-industrie.
L’agrégation pour sécuriser volumes et qualité
L’agrégation agricole est un outil d’organisation des filières encore insuffisamment connu. Mohamed Saihi, chef de la division de l’agrégation à l’Agence pour le développement agricole (ADA) a rappelé que l’agrégation repose sur une relation contractuelle volontaire entre un agrégateur et des producteurs.
L’agrégateur s’engage à assurer l’accès au marché et l’écoulement de la production. Il apporte également un encadrement technique aux producteurs. Ces derniers s’engagent, en contrepartie, à livrer leur production à l’agrégateur et à respecter les itinéraires techniques ainsi que les cahiers des charges définis dans le cadre du contrat.
Dans les modèles les plus intégrés, l’accompagnement peut couvrir les semences, les intrants, le suivi phytosanitaire, le financement de campagne, la mécanisation, la récolte et le transport vers les unités de transformation.
L’intérêt est double : sécuriser les débouchés des producteurs tout en assurant aux industries un approvisionnement régulier, homogène et adapté aux exigences de leurs marchés. « L’enjeu est de disposer d’une matière première de qualité, capable d’ouvrir l’accès à de nouveaux marchés », a résumé M. Saihi.
L’État accompagne ces projets à travers le cadre juridique de l’agrégation et les mécanismes d’incitation du Fonds de développement agricole. L’ambition consiste à étendre ce mode d’organisation à davantage de filières, à l’image du secteur laitier, déjà largement structuré autour de cette logique.
La sécurité sanitaire comme condition d’accès aux marchés
La compétitivité ne se joue pas uniquement sur le prix, les volumes ou la logistique. Elle passe aussi par la capacité à garantir des produits sûrs, traçables et conformes aux normes sanitaires.
Dr Mounir Sertani, directeur régional de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour la région Casablanca-Settat a rappelé le rôle de l’Office dans le contrôle sanitaire, la protection végétale et la santé animale. Son action s’appuie sur le contrôle aux frontières, la surveillance des organismes nuisibles, le suivi des produits phytosanitaires, les analyses de laboratoire, ainsi que les campagnes de prévention et de vaccination du cheptel.
Le dispositif vise à éviter l’introduction de virus, bactéries, parasites ou autres organismes nuisibles par le biais des importations de végétaux ou d’animaux. Les contrôles portent aussi sur la traçabilité des animaux importés, avec des procédures d’identification et d’analyses sanitaires.
Pour l’ONSSA, le respect des normes ne doit pas être perçu comme une contrainte isolée, mais comme une condition de maintien de la confiance. Une exigence d’autant plus stratégique que les marchés d’export deviennent plus stricts en matière de résidus, de traçabilité, de protection phytosanitaire et de qualité.
Une souveraineté à construire sur toute la chaîne
Cette première table ronde du SIEMA a ainsi mis en lumière une réalité : la souveraineté alimentaire ne peut être réduite à la seule capacité de produire. Elle dépend de la maîtrise de toute la chaîne, du champ à l’emballage, du financement à la transformation, de la contractualisation au respect des exigences sanitaires.
L’enjeu pour le Maroc reste de réduire les pertes, de renforcer la transformation locale, de mieux structurer les relations entre producteurs et industriels, et de .consolider l’image de produits marocains sains, traçables et compétitifs sur les marchés.
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