Entre perspectives de croissance et contraintes de production, la filière marocaine de l’avocat est appelée à relever plusieurs défis pour consolider sa position sur les marchés internationaux. Gestion de l’eau, aléas climatiques, maîtrise des risques phytosanitaires et pression concurrentielle figurent parmi les principaux enjeux.
C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 15 octobre 2026 à Larache, la deuxième édition du Moroccan Avocado Summit, sous le thème « Rendements, tendances et durabilité ». Cette rencontre a réuni des professionnels et des experts du secteur pour examiner les perspectives de développement de la filière, les leviers d’amélioration de la productivité et les moyens de renforcer la compétitivité de l’avocat marocain sur les marchés internationaux.
Forte de près de 30 ans d’expérience, la filière marocaine de l’avocat, a connu un essor important grâce aux efforts des agriculteurs en matière de production et de conditionnement. Selon Abdellah Elyamlahi, président de la MAVA (Moroccan Avocado Association) et fondateur d’Export Optimum, sa consolidation passe par une meilleure organisation des acteurs et la valorisation de ses retombées économiques, avec respectivement près de 10.000 travailleurs mobilisés quotidiennement, et environ 400 millions d’euros de recettes à l’export. « Notre rôle, en tant qu’association et producteurs, est de défendre cette activité et de préserver les efforts consentis par l’ensemble des acteurs, afin de maintenir la place qu’occupe l’avocat marocain sur le marché international », a-t-il rappelé.

Le Maroc prévoit une production de 120.000 tonnes d’avocats et des exportations de 100.000 tonnes pour la campagne en cours, après une baisse à 70.000 tonnes à l’export l’an dernier, due notamment aux aléas climatiques. Face à la multiplication des épisodes de fortes chaleurs et des pluies abondantes, la filière entend adapter ses pratiques agricoles et anticiper davantage les interventions afin d’améliorer les rendements, dans un contexte marqué par des possibilités d’extension limitées des superficies cultivées. « Le Royaume dispose des compétences techniques et des moyens nécessaires pour devenir un acteur de premier plan en Méditerranée et en Afrique. Pour y parvenir, nous devons garantir la disponibilité des produits, maintenir leur qualité et répondre aux attentes des marchés internationaux », a précisé M. Yamlahi.
Avocatier au Maroc : croissance du secteur et défis agronomiques
La filière de l’avocatier connaît une forte expansion au Maroc. Selon Mustapha Mamdouh, les superficies consacrées à cette culture sont passées d’environ 20 hectares à la fin des années 1990 à près de 15.000 hectares aujourd’hui.
« La filière a connu une évolution considérable en termes de superficies, passant d’environ 20 hectares à la fin des années 1990 à près de 15.000 hectares actuellement », souligne-t-il.
M. Mamdouh identifie trois défis majeurs pour cette culture : les fortes chaleurs, le froid et les maladies, notamment certaines maladies fongiques. Pour y faire face, il recommande des solutions agronomiques adaptées, dont les biostimulants à base d’algues marines, notamment Ascophyllum nodosum, ainsi que des engrais sans chlorure et des produits favorisant l’assimilation des éléments minéraux.

La chute des fruits constitue un autre défi important. Elle peut être liée aux épisodes de stress thermique et hydrique, qui perturbent les mécanismes physiologiques de l’arbre et favorisent l’abscission des fruits. Selon Mustapha Mamdouh, les pertes peuvent atteindre 60 % dans certaines situations.
Pour la campagne 2025-2026, les deux premières vagues de floraison ont été affectées, tandis que la troisième a permis d’obtenir de meilleurs résultats dans certaines exploitations. « Les vergers appliquant des programmes de fertilisation et de protection adaptés pourraient atteindre des rendements de l’ordre de 20 à 22 tonnes par hectare », indique Mustapha Mamdouh.
La maîtrise des risques phytosanitaires, un enjeu pour la filière
La maîtrise des problèmes phytosanitaires constitue un enjeu majeur pour le développement de la culture de l’avocatier au Maroc. Selon Abdellatif El Amrani, directeur technique de PROMAGRI, la progression de cette filière nécessite une vigilance accrue face aux maladies et aux ravageurs susceptibles d’affecter la qualité et le rendement des productions.
Parmi les principales menaces figure l’anthracnose, une maladie fongique qui altère la qualité des fruits, ainsi que le Phytophthora cinnamomi, un agent pathogène qui attaque les racines et peut compromettre la santé des arbres. Les producteurs doivent également surveiller les thrips, les cochenilles et les cicadelles, dont les attaques peuvent entraîner des dommages sur les fruits et les jeunes pousses.

« La surveillance régulière des parcelles permet de détecter rapidement les problèmes phytosanitaires et d’adapter les interventions aux risques observés », souligne Abdellatif El Amrani.
Il insiste également sur l’importance d’une gestion raisonnée de la protection des cultures, reposant sur l’observation des ravageurs et des organismes auxiliaires, la préservation de la santé des arbres et la limitation du stress hydrique. L’objectif est de protéger les vergers tout en réduisant les effets des traitements sur les organismes bénéfiques.
« La protection de l’avocatier doit s’inscrire dans une approche intégrée, fondée sur le suivi des populations de ravageurs et le choix de solutions adaptées à chaque situation », précise-t-il.
Irrigation de l’avocatier : optimiser la gestion de l’eau
La culture de l’avocatier exige une gestion rigoureuse de l’irrigation, compte tenu de sa sensibilité au stress hydrique et à la salinité. Selon Chouaib Malloul, directeur d’irrigation à CMGP-CAS, la performance du système repose sur plusieurs facteurs : la disponibilité et la qualité de l’eau, le choix des goutteurs, le dimensionnement des stations de pompage et de filtration, ainsi que la maîtrise des apports hydriques.
La conductivité électrique de l’eau constitue un indicateur essentiel. Au Maroc, une eau présentant une conductivité inférieure à 1 mS/cm est considérée comme étant de bonne qualité pour cette culture, tandis qu’au-delà de 1,4 mS/cm, un traitement par osmose inverse est recommandé.
Les besoins annuels en eau de l’avocatier sont estimés entre 10 000 et 12 000 m³ par hectare. En cas de salinité élevée, les volumes nécessaires peuvent augmenter pour compenser ses effets.

« Il est essentiel de réaliser une étude technique adaptée aux conditions réelles d’exploitation, intégrant le traitement de l’eau, la filtration et les dispositifs de contrôle, tout en tenant compte des coûts de maintenance et d’énergie, afin de garantir la productivité et la durabilité des vergers », souligne Chouaib Malloul.
Audit social : un levier de compétitivité pour les exportations agricoles
Les exigences des marchés internationaux évoluent et accordent une importance croissante aux conditions sociales dans lesquelles les produits agricoles sont cultivés et préparés à l’exportation. Dans ce contexte, Imad Oustachne, auditeur international SMETA chez International Associates Morocco, met en avant le rôle de l’audit social dans le respect des droits des travailleurs, de la santé et de la sécurité au travail.
L’audit social permet d’évaluer la conformité des entreprises à la législation nationale et aux exigences sociales des clients. Il porte notamment sur les contrats de travail, les salaires, les horaires, la prévention du travail des enfants et du travail forcé, ainsi que les conditions d’emploi des travailleurs saisonniers.
Face aux spécificités du secteur agricole, marquées par la saisonnalité et le recours à une main-d’œuvre temporaire, cet outil contribue à anticiper les risques, à renforcer la conformité des entreprises et à préserver leurs relations commerciales. Des référentiels tels que SMETA, BSCI et GLOBALG.A.P. interviennent dans ce contexte, selon les exigences des acheteurs et des filières.

« L’agriculture compétitive de demain doit reposer sur trois piliers complémentaires : la qualité du produit, le respect de l’environnement et le respect de l’être humain », a souligné Imad Oustachne, rappelant que le respect des conditions de production constitue désormais un enjeu majeur pour les exportateurs agricoles marocains.
CMA CGM : décarbonation et chaîne du froid au service de la filière avocat
Lors de sa présentation, M. Hicham Alaoui Hachimi, senior sales manager à CMA CGM, a mis en avant les solutions développées par le groupe pour accompagner la décarbonation de la filière avocat et améliorer les conditions de transport de ce fruit fragile.
La réduction de l’empreinte carbone constitue, selon lui, un enjeu majeur pour les exportateurs souhaitant renforcer leur positionnement sur les marchés internationaux. CMA CGM accompagne ses clients dans leur transition énergétique en leur proposant des solutions adaptées à leurs objectifs environnementaux, susceptibles de valoriser leurs engagements auprès des importateurs et des distributeurs.

M. Alaoui Hachimi a également souligné l’importance des technologies de chaîne du froid, notamment les équipements permettant l’injection d’azote au chargement, afin de préserver la qualité des avocats et de prolonger leur durée de conservation. Ces solutions pourraient faciliter l’accès des exportateurs marocains à des marchés plus éloignés.
Selon les éléments présentés, ces technologies permettent d’envisager des durées de transport de 35 à 40 jours dans de bonnes conditions de conservation. « Des essais portant sur des avocats en provenance du Pérou, du Chili et de la Colombie, acheminés vers l’Europe du Nord en 25 à 30 jours, ont donné des résultats concluants », a cité M. Hicham Alaoui Hachimi.
Le Maroc face à la concurrence internationale
Le Maroc doit renforcer sa compétitivité sur le marché international de l’avocat en suivant de près les volumes de production, les calendriers d’exportation et les stratégies de ses principaux concurrents.
L’Espagne, dont la production est estimée à 80.000 tonnes, bénéficie de perspectives favorables après l’amélioration des conditions hydriques en Andalousie. Le pays mise également sur la région de Valence, où certaines exploitations se tournent progressivement vers la culture de l’avocatier. Son expérience, la qualité de ses produits et sa proximité avec les marchés européens constituent des atouts importants.
Le Chili, avec une production estimée à 265.000 tonnes et des volumes exportables de 150.000 à 160.000 tonnes, représente également un concurrent majeur. La Colombie exerce, pour sa part, une pression sur les prix, notamment sur les petits calibres, tandis qu’Israël profite de son positionnement en début de campagne pour approvisionner les marchés européens avant l’arrivée des volumes marocains.
« Il est indispensable de suivre régulièrement la production des pays concurrents, leurs volumes disponibles et leurs calendriers d’exportation afin d’anticiper les évolutions du marché », insiste Abdellah Elyamlahi.
Les producteurs doivent continuer à améliorer leurs pratiques culturales afin d’obtenir des fruits de calibre et de qualité satisfaisants. « La compétitivité du secteur repose autant sur la qualité de la production que sur la capacité à répondre aux attentes des marchés internationaux. », rappelle M. Elyamlahi.
Avocat marocain : renforcer la compétitivité à l’export
Le développement de la transformation industrielle, notamment la surgélation, la production de purée, de guacamole et l’extraction d’huile, constitue un levier stratégique pour valoriser les volumes croissants d’avocats marocains et diversifier les débouchés. La filière mise également sur l’agriculture de précision pour améliorer les rendements et maîtriser les coûts de production.
Parallèlement, des démarches sont engagées pour conquérir de nouveaux marchés, notamment aux Royaume uni, dans les pays du Golfe et au Moyen-Orient. Toutefois, la compétitivité des prix reste un défi face à certaines origines concurrentes, comme le Kenya. L’enjeu est ainsi de renforcer l’attractivité de l’offre marocaine tout en préservant la qualité du produit.
D’autre part, les certifications et les audits sociaux constituent un investissement stratégique pour renforcer la compétitivité de la filière avocat marocaine. Au-delà de la qualité des produits, les marchés internationaux exigent le respect des normes sociales, de la traçabilité et des conditions de travail. L’accès au marché américain représente une opportunité de diversification, à condition de généraliser les bonnes pratiques et de renforcer les certifications à l’échelle de l’ensemble de la filière.
« L’ouverture du marché américain pourrait constituer un débouché supplémentaire important. Mais elle suppose un travail préalable sur la qualité, la traçabilité, les certifications et l’organisation de la filière », a rappelé M. Yamlahi.
Le renforcement des certifications, des audits sociaux et de la traçabilité constitue un levier stratégique pour améliorer la compétitivité de l’avocat marocain et accéder à de nouveaux marchés, notamment américain. Cette démarche implique de généraliser les bonnes pratiques à l’ensemble de la filière, en veillant également aux conditions de travail.
Parallèlement, l’amélioration de la qualité repose sur le contrôle de la matière sèche, du calibre et de la maturité des fruits, ainsi que sur une récolte adaptée aux exigences commerciales. Ces efforts sont essentiels pour renforcer la crédibilité de l’offre marocaine, améliorer les rendements et faire face à la concurrence internationale.
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