Suspension de la reconnaissance de la Fimabio : désaccords majeurs dans la famille du bio !

© Hans Braxmeier – Pixabay

Le 25 décembre 2020, le Ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts (MAPMDREF) a signifié par courrier à la Fimabio (Fédération interprofessionnelle marocaine de la filière biologique) la suspension de sa reconnaissance. Rappel des faits et réactions des différentes parties prenantes.

Dans ce courrier, le MAPMDREF rappelle avoir demandé un certain nombre de documents et de rapports, notamment ceux justifiant de niveau de représentativité des organisations membres de la Fimabio. « Selon les chiffres dont dispose le Ministère sur les producteurs bio, les superficies exploitées… la Fimabio ne satisfait plus aux critères de représentativité fixés par larrêté du 23 juillet 2014 », déclare Nabil Chaouki, Directeur de développement des filières de production au MAPMDREF. En l’absence de réactivité vis-à-vis de ces demandes, le Ministère a donc suspendu toute forme de coopération avec la Fédération et « une procédure est en cours visant le retrait de la reconnaissance de l’interprofession », révèle le courrier officiel.

Contacté par FOOD Magazine, le Président de la Fimabio, Abdelhamid Aboulkassim nous explique qu’effectivement, cette décision prend sa source dans le « manque de réactivité de notre Fédération aux appels de ce Ministère pour le rapport physique et financier. Comme nous l’avons expliqué à maintes reprises, la Fimabio ne dispose daucun cadre permanent dédié à sa gestion et, si nous avons réalisé de grandes choses, cela est dû aux efforts inlassables dun certain nombre de volontaires au sein de notre Fédération. Et bien entendu, le Ministère voit dun mauvais œil lexistence de plusieurs clubs du bio en plus de la Fimabio. »

Une situation prévisible selon le CEBio

Loin d’être une surprise, l’annonce ministérielle était « prévisible et effectivement logique. Depuis quelques années déjà, les opérateurs directement concernés et dynamiques sur le terrain demandaient à revoir les manières de travailler de la Fimabio, à différents niveaux », déclare de son côté dans un communiqué le Club des Entrepreneurs Bio (CEBio), association indépendant fondée en 2018 et regroupant des dizaines d’entrepreneurs. Le CEBio liste ainsi différents problèmes, liés à la représentation sérieuse des opérateurs certifiés et la prise en compte de leurs intérêts, au besoin d’une stratégie proactive vis-à-vis des consommateurs, ou au fait que les actions du contrat programme étaient loin d’atteindre les objectifs, entre autres. Enfin, le CEBio déplore les bras de fer inutiles et contre-productifs de la Fimabio avec le Ministère de tutelle et la conception erronée d’un État Providence dans le secteur, qui devait tout prendre en charge selon les dirigeants associatifs de la Fédération.

« Les multiples départs des adhérents de la Fimabio, jusqu’à récemment encore, et l’absence totale de représentativité n’ont pas changé les pratiques associatives des dirigeants de la Fimabio, sourds et aveugles aux demandes, critiques constructives et propositions significatives en provenance des professionnels de la filière. Des décisions essentielles ont été prises en dehors de toute concertation et sans respecter le cadre réglementaire de l’interprofession ; la rétention d’information est devenue la règle et la prise de décision se fait en cercle restreint, alors qu’elle engage l’avenir de la filière », poursuit le CEBio.

© Silviarita de Pixabay

Une réflexion à mener

Dans ce contexte de nécessaire remise à plat de la filière et de sa représentation, le CEBio se propose de mener la réflexion pour la partie aval de cette filière. « Nous devons sans perdre un instant nous atteler à cette mission dordre public, qui va aussi dans le sens des intérêts du secteur privé, et appeler tous les professionnels qui ont à cœur lintérêt de la filière à se rapprocher les uns des autres. CEBio va donc assumer son rôle naturel danimation et de mobilisation des opérateurs à laval de la filière et se préparer aux missions qui lattendent, en matière de leadership de la transformation, de la distribution et de lexport. »

Quant à la Fimabio, elle a actuellement pour objectif d’apurer sa situation vis-à-vis du MAPMDREF, « en organisant lAGO pour lannée 2020. Et désormais, cest aux adhérents de la Fédération de décider sils veulent continuer à travailler au sein de cette entité ou en créer une autre. Dans tous les cas, nos projets de formation et de développement des marchés bio avec la GIZ et lAFD dureront au moins deux ans », conclut M. Aboulkassim.

Côté institutionnel, on se dit prêt à assister le changement : « le Ministère, à travers ses directions régionales, accompagnera les opérateurs de la filière bio pour une restructuration en profondeur de la profession et la création des associations régionales des producteurs bio, qui seront fédérés par la suite en fédération nationale des producteurs. Il accompagnera également les opérateurs de laval (transformateurs, distributeurs et exportateurs) pour la création de leur fédération », explique M. Chaouki. L’objectif à terme étant de regrouper ensuite ces deux collèges en une nouvelle interprofession, représentative de toute la filière.

Une restructuration indispensable pour le Ministère : « la filière bio a été érigée dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green en tant que filière à fort potentiel, qui nécessite la mise en place dune stratégie de développement dédiée et ambitieuse. Et sans une interprofession forte, structurée, organisée et représentative, capable de porter les projets de développement de la filière, cet objectif ne pourrait pas être atteint », avertit Nabil Chaouki. À suivre donc !

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