Les investissements allemands au Maroc changent d’échelle et s’inscrivent dans une logique de structuration des chaînes de valeur, avec des implications directes pour les filières industrielles et agro-industrielles. Réunis le 15 avril 2026 à Casablanca, l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne et la Chambre Allemande de Commerce et d’Industrie au Maroc (AHK Maroc) ont présenté une série de projets portés notamment par Dachser, Bayer, Leoni et Energie Noire, confirmant le rôle croissant du Royaume comme plateforme industrielle, logistique et technologique au service des échanges euro-méditerranéens.
Logistique et connectivité : un levier clé pour les filières exportatrices
La question de la connectivité logistique, déterminante pour les exportateurs, notamment agroalimentaires, est au cœur des annonces. Le groupe Dachser prévoit ainsi la construction d’un nouveau site à Tanger Automotive City sur 75 000 m², avec une mise en service attendue avant fin 2027, dans l’objectif d’aligner la connectivité des entreprises basées au Maroc sur les standards du marché unique européen. La première phase comprendra un entrepôt de 20 000 m², incluant des espaces sous douane et des infrastructures répondant à des normes internationales de durabilité, intégrant panneaux solaires et systèmes de réutilisation des eaux usées.
Cette dynamique prolonge l’ouverture, par Dachser en 2025, d’un site à Marrakech de 1 000 m², déjà orienté vers l’accompagnement des PME marocaines dans leur accès aux marchés européens, un enjeu stratégique pour les filières agro-industrielles exportatrices.

Montée en puissance industrielle et export
Dans le prolongement de cette dynamique, l’investissement industriel se renforce. Le laboratoire Bayer engage à Nouaceur un programme de 200 millions de dirhams entre 2026 et 2028 pour installer trois nouvelles lignes de production. L’objectif est d’atteindre 40 formules produites localement d’ici 2028, incluant des produits de santé familiale comme Aspirine ou Rennie, ainsi que différentes gammes de compléments alimentaires, avec en parallèle une ligne dédiée aux monovitaminés.
L’usine de Bayer, qui emploie aujourd’hui 110 collaborateurs, prévoit de porter ses effectifs à 170 d’ici 2028, avec un impact estimé à +50 % d’emplois indirects. Déjà tournée vers l’international, elle exporte vers 45 pays de la région EMEA et ambitionne de tripler son chiffre d’affaires à l’export, notamment vers l’Union européenne.
Extension des capacités industrielles
L’expansion industrielle se poursuit également à travers plusieurs projets structurants menés par Leoni. À Agadir, un investissement de 230 millions de dirhams permettra la création de plus de 3 000 emplois directs à l’horizon 2027. Le groupe développe en parallèle ses capacités à Bouskoura et Berrechid, avec une montée en charge visant 10 000 collaborateurs d’ici fin 2026 pour ce dernier pôle.
Une nouvelle unité de production est également envisagée par Leoni dans la région de Kénitra, tandis que des opportunités sont explorées dans l’Oriental. Au total, le groupe vise six projets majeurs d’ici 2027, avec un effectif global atteignant 23 000 collaborateurs au Maroc, consolidant le rôle du Royaume comme hub industriel connecté aux marchés européens.
Digitalisation et montée en compétence des PME
La transformation industrielle s’accompagne d’une montée en puissance des outils numériques. Dans ce cadre, Energie Noire développe des solutions logicielles et ERP intégrant l’intelligence artificielle, destinées aux PME opérant au Maroc. L’entreprise met en place deux centres technologiques à Casablanca et Khouribga, avec 50 collaborateurs d’ici fin 2026, spécialisés dans le développement logiciel, les technologies cloud, le DevOps, l’assurance qualité et les applications IA.
L’objectif est de porter les effectifs à 300 / 400 collaborateurs sur les deux à trois prochaines années. Energie Noire prévoit également le lancement, à Fès à partir de fin 2026, d’une académie dédiée aux talents IT, afin de structurer des compétences locales et d’accompagner la digitalisation des entreprises, un enjeu central pour les filières agro-industrielles confrontées à des exigences accrues en matière de traçabilité, d’optimisation des flux et de gestion des ressources.
Allemagne–Maroc : une relation économique en nette progression
Ces annonces s’inscrivent dans une dynamique bilatérale soutenue. Les investissements directs allemands au Maroc ont atteint 2,1 milliards d’euros en 2024, plaçant l’Allemagne au 2e rang des investisseurs, derrière les Émirats arabes unis et devant la Chine. Le stock d’IDE a été multiplié par cinq depuis 2011 pour atteindre 1,4 milliard d’euros en 2023.
Aujourd’hui, 35 000 emplois qualifiés sont générés par des entreprises allemandes au Maroc. Plus de 300 entreprises y sont actives, dont une trentaine disposent de sites industriels ou de services, opérant notamment dans les secteurs automobile, aéronautique, logistique, numérique, pharmaceutique et chimique.
Les échanges commerciaux poursuivent leur progression : en 2025, le volume bilatéral a atteint 7,4 milliards d’euros, contre 6,7 milliards en 2024 (+10,2 %). Les exportations allemandes vers le Maroc se sont élevées à 3,9 milliards d’euros (+12 %), tandis que les importations en provenance du Maroc ont atteint 3,5 milliards d’euros (+8,2 %).
Le Royaume figure ainsi parmi les partenaires économiques majeurs de l’Allemagne en Afrique, aux côtés de l’Afrique du Sud et de l’Égypte, reflet de son positionnement comme plateforme de nearshoring, de production industrielle et de logistique régionale.
Dans ce contexte, M. Robert DÖLGER, Ambassadeur d’Allemagne souligne que ces investissements « couvrent une grande gamme de secteurs, de l’automobile et la logistique à la pharmaceutique et l’IA » et « témoignent du rôle clé des entreprises dans le partenariat stratégique entre le Maroc et l’Allemagne », générant « des emplois créés au Maroc, une intégration accélérée dans les chaînes de valeur européennes et des potentiels d’expansion pour les entreprises allemandes ».
La Directrice Générale de l’AHK Maroc a mis en avant, pour sa part, « la solidité et le dynamisme des relations économiques maroco-allemandes », estimant que « la diversité des secteurs représentés reflète l’attractivité croissante du Maroc » et confirmé « le rôle essentiel du secteur privé dans un partenariat durable, créateur de valeur, d’emplois et d’opportunités pour les deux pays ».
Au-delà des annonces, ces investissements traduisent une évolution structurelle : montée en gamme industrielle, renforcement des infrastructures logistiques et accélération de la digitalisation, autant de leviers qui redessinent l’environnement de production et d’exportation, notamment pour les filières agro-industrielles engagées dans des stratégies de compétitivité et d’internationalisation.

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