Réalisé par : Mohamed NAFIDE, Directeur de Production chez Delassus Group
En marge du GITEX Africa 2026, organisé du 7 au 9 avril 2026 à Marrakech, PricewaterhouseCoopers (PwC), spécialisées dans des missions d’audit, d’expertise comptable, de conseil et d’expertise juridique et fiscale, a organisé un Panel animé par Mme Abla Rais, Operations Director chez PwC, et M. Mayeul Dupuy, Manager chez PwC.
Le débat a offert une lecture très actuelle de la transformation de la fonction achats. Le message de fond est limpide : la technologie est abondante, les promesses de l’IA sont fortes, mais la vraie création de valeur commence seulement lorsque l’organisation parvient à industrialiser les usages, à structurer la gouvernance et à faire évoluer le rôle de l’acheteur.
Beaucoup d’outils, peu de vraies transformations
Les intervenants ont souligné un paradoxe désormais bien connu dans les entreprises : jamais les directions achats n’ont eu accès à autant d’outils digitaux, de solutions analytiques et de briques d’intelligence artificielle, mais peu d’entre elles ont réellement franchi le cap d’une transformation à l’échelle. Beaucoup expérimentent, testent et communiquent sur des pilotes. Beaucoup plus rares sont celles qui parviennent à répliquer les cas d’usage sur plusieurs périmètres avec un impact visible sur les coûts, la qualité de service, la vitesse d’exécution ou la qualité des arbitrages. En clair, l’innovation séduit vite ; son industrialisation, beaucoup moins.
L’IA ne remplace pas l’acheteur, elle le déplace vers la valeur
Le panel a rappelé que l’IA peut automatiser une partie significative des tâches répétitives, améliorer l’exploitation de la donnée, accélérer certaines analyses et renforcer l’aide à la décision. Mais la technologie seule ne crée pas de valeur. Sa performance dépend de la pertinence des cas d’usage, de la qualité des données disponibles et de la capacité des équipes à l’intégrer intelligemment dans leurs pratiques. L’enjeu n’est donc pas d’ajouter une couche d’IA pour moderniser le décor, mais de libérer du temps utile pour repositionner l’acheteur sur des missions plus stratégiques : pilotage, analyse, relation fournisseurs, accompagnement du client interne et arbitrage.
La logique “agent-agent” change l’échelle du sujet
L’un des points les plus intéressants du panel a porté sur la logique dite agent-agent. Cette approche projette un fonctionnement où plusieurs agents intelligents interagissent entre eux pour traiter, coordonner ou préparer certaines étapes du processus achats. Il ne s’agit plus seulement d’un assistant ponctuel, mais d’un environnement plus structuré, capable d’orchestrer collecte d’informations, préparation d’analyses, scénarios et flux d’interaction avec les systèmes. Cette perspective ouvre un changement d’échelle : demain, la fonction achats pourrait s’appuyer sur des chaînes d’actions beaucoup plus fluides, tout en conservant une supervision humaine sur les décisions clés. Dit autrement, l’acheteur ne s’efface pas ; il monte d’un cran.
Compétences, gouvernance et collaboration : le vrai triptyque de réussite
Les intervenants ont également insisté sur trois conditions de succès. D’abord, la montée en compétence des équipes achats sur les sujets data et IA : sans acculturation, les meilleurs outils restent sous-exploités. Ensuite, une gouvernance data-IA claire, construite avec l’IT, afin de fiabiliser les données, cadrer les usages et définir de véritables chartes d’utilisation. Enfin, une approche transverse associant métier, partenaires et éditeurs, car la transformation des achats ne se gagne pas en silo. La conclusion du panel est nette : l’avenir de la fonction achats ne se joue pas dans l’empilement d’outils, mais dans sa capacité à faire émerger un acheteur augmenté, plus stratégique, plus analytique et plus relationnel. Un message qui dépasse largement les achats et résonne avec l’ensemble des fonctions support, y compris dans l’agro-business.
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