Producteurs, exportateurs, chercheurs et experts internationaux se sont réunis le 13 mai à Rabat, lors d’un congrès consacré à la filière de l’avocat, devenu en quelques années l’un des secteurs agricoles les plus dynamiques du Maroc. Derrière les chiffres de croissance et les ambitions exportatrices, les débats ont surtout mis en lumière une question centrale : comment maintenir la compétitivité du “green gold” marocain dans un contexte de changement climatique, de pression hydrique et de mutation rapide des marchés internationaux ?
Organisé par Global Marketing Consulting Maroc (GMC), avec la participation d’acteurs institutionnels et privés, l’événement a réuni des spécialistes venus du Maroc, du Pérou, d’Australie ou encore d’Europe autour de cinq grandes thématiques : marchés internationaux, conduite technique des vergers, irrigation intelligente, fertigation et gestion phytosanitaire.
Dès l’ouverture, M. Samir BICHRA, CEO GMC a insisté sur la dimension stratégique prise par cette filière dans l’agriculture marocaine. « Le Maroc s’est progressivement imposé sur les marchés internationaux grâce aux investissements réalisés par les producteurs, au développement des technologies et à la confiance accordée au produit marocain », a-t-il rappelé devant une audience composée de producteurs, exportateurs et investisseurs.
Le Maroc s’impose sur un marché mondial de 11,2 milliards de dollars
Portée par une demande internationale en constante progression, la filière mondiale de l’avocat poursuit une croissance rapide et de plus en plus concurrentielle. La production mondiale d’avocats est passée de 8,3 millions de tonnes en 2020 à 11,2 millions de tonnes en 2024, soit un taux de croissance annuel moyen de 8 %. L’Amérique concentre à elle seule 7,539 millions de tonnes de production en 2024, devant l’Asie avec 1,736 million de tonnes et l’Afrique avec 1,590 million de tonnes.
« Le marché mondial représente aujourd’hui 3,9 millions de tonnes d’importations pour une valeur estimée à 11,2 milliards de dollars en 2025 », a souligné Ali Rougui, Chef de Département Veille Stratégique à Morocco Foodex. L’Union européenne demeure le principal débouché mondial avec 1,5 million de tonnes importées et près de 5 milliards de dollars de valeur commerciale, soit 38,6 % des volumes mondiaux et 46 % de la valeur totale des échanges. Les États-Unis suivent avec 1,3 million de tonnes importées pour une valeur de 3,8 milliards de dollars.

Dans ce contexte, le Maroc poursuit sa progression parmi les grands exportateurs mondiaux. Les données de Morocco Foodex montrent que le Royaume figure désormais dans le Top 10 mondial des exportateurs d’avocats avec une part de marché estimée à 1,5 % en 2025 et une croissance annuelle moyenne des exportations de 21 % entre 2021 et 2025. Mais cette dynamique reste fortement exposée aux contraintes climatiques. Au cours de la campagne 2025-2026, les exportations marocaines d’avocats ont chuté à 62 000 tonnes au 22 avril 2026 contre 114 000 tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse de 46 %. L’Union européenne et le Royaume-Uni absorbent à eux seuls près de 95 % des exportations marocaines.
« La qualité, la traçabilité et la conformité sanitaire deviennent des facteurs de compétitivité aussi importants que le prix », a souligné Ali Rougui, rappelant également que les aléas climatiques extrêmes, le stress hydrique et le durcissement des normes phytosanitaires européennes constituent désormais les principaux défis de la filière mondiale.

L’eau devient le facteur décisif
Si une idée a dominé les discussions techniques, c’est bien celle de la gestion de l’eau. Les experts ont insisté sur la nécessité d’une irrigation de précision et d’une approche scientifique de la conduite des vergers.
Raed Shaheen, directeur régional spécialisé dans les pesticides et les engrais chez ARD (Unifert) a rappelé que « la réussite du verger dépend d’abord d’une gestion correcte de l’irrigation, de la nutrition et du suivi phytosanitaire ». Selon lui, chaque phase du cycle végétatif nécessite une stratégie spécifique : floraison, nouaison, développement du fruit puis récolte.
Une mauvaise gestion hydrique pendant les phases sensibles peut entraîner des pertes importantes de rendement.
Les spécialistes ont également souligné l’importance des analyses de sol et des analyses foliaires afin d’adapter précisément les programmes de fertilisation.
Cette approche technico-scientifique devient essentielle alors que les producteurs marocains cherchent à améliorer leur productivité moyenne, encore jugée inférieure à celle observée dans certains grands pays producteurs comme le Pérou.

Vers une structuration plus forte de la filière
Au-delà des aspects techniques, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’une meilleure organisation collective du secteur.
Diversification des marchés, coordination entre exportateurs, anticipation des surplus futurs ou encore adaptation aux nouvelles exigences environnementales européennes figurent désormais parmi les priorités stratégiques.
Car si l’avocat marocain bénéficie aujourd’hui d’une forte dynamique, les professionnels savent que la prochaine étape sera celle de la durabilité.
« Et dans un marché mondial où la compétition se joue autant sur la qualité que sur la résilience climatique, le Maroc devra désormais transformer son avantage agricole en véritable modèle de filière durable », conclut M. Bichra.
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