Fruits et légumes : Morocco Foodex appelle à anticiper les règles de l’export de demain

Morocco Foodex a réuni ce 15 septembre à Agadir, des exportateurs, des experts européens et britanniques, des organisations professionnelles et des opérateurs logistiques autour des nouvelles exigences des marchés des fruits et légumes. Conformité, compétitivité, durabilité et résilience : l’enjeu est de préparer dès aujourd’hui l’accès aux marchés de demain.

Ouvrant les travaux, Najib Azzouzi, secrétaire général de Morocco Foodex, a posé d’emblée le cadre : « L’accès au marché de demain se prépare aujourd’hui. » L’Union européenne et le Royaume-Uni demeurent des débouchés stratégiques pour l’offre marocaine, et leurs attentes évoluent à un rythme soutenu.

Normes techniques, gestion des résidus de pesticides, emballages, traçabilité, exigences environnementales et sociales : les paramètres à maîtriser se multiplient. À cela s’ajoutent les nouvelles réalités commerciales et réglementaires issues du Brexit. Pour Najib Azzouzi, ces changements ne doivent pas être perçus comme de simples contraintes. « Anticiper plutôt que subir. Innover plutôt que simplement se conformer. Créer de la valeur plutôt que seulement répondre aux exigences. Et agir ensemble plutôt que séparément », a-t-il insisté.

Par la suite, Amine Chafai, de Morocco Foodex, a introduit les cinq questions qui allaient structurer la journée : quelles nouvelles règles les opérateurs doivent-ils anticiper sur les marchés européen et britannique ? Comment préserver la compétitivité des exportations marocaines ? Comment adapter l’offre et la logistique aux attentes de demain ? Et quels changements collectifs engager dès maintenant ?

Des marchés plus exigeants

Lydie Sheehan, du Consulat général britannique à Casablanca, a souligné l’importance des producteurs marocains dans les chaînes d’approvisionnement internationales et sur le marché britannique. Elle a mis en avant l’intérêt croissant des entreprises marocaines pour la durabilité et la gestion efficiente de l’eau, ainsi que l’atout que représente la liaison maritime directe entre Agadir et London Gateway.

Dans sa keynote, Sébastien Abis, directeur général du Club Demeter, chercheur associé à l’IRIS et professeur à l’UM6P, a décrit un « siècle des vertiges » dominé par trois impératifs : sécurité alimentaire, soutenabilité et santé. L’agriculture est appelée à produire davantage tout en réduisant son empreinte environnementale et en préservant les ressources.

L’expert a alerté aussi sur la généralisation de l’instabilité productive, y compris en Europe. Cette variabilité affecte les revenus agricoles, l’organisation des entreprises, les prix et l’approvisionnement des marchés. Dans ce contexte, l’eau, les infrastructures et la logistique deviennent des leviers essentiels de résilience. « La distance va devenir plus chère. La distance va devenir plus risquée », a-t-il relevé, en évoquant la vulnérabilité accrue des routes maritimes aux crises géopolitiques et climatiques.

Sébastien Abis a ainsi appelé à regarder la Méditerranée comme une interface stratégique entre l’Europe et l’Afrique. Il a également souligné le rôle de la chaîne du froid pour préserver la qualité, réduire les pertes et sécuriser la mise en marché des produits frais.

Conformité, logistique et compétitivité 

Lors du premier panel, Philippe Binard, directeur général de Freshfel Europe, a rappelé le poids du marché européen des fruits et légumes ainsi que sa dépendance à des approvisionnements diversifiés tout au long de l’année. Il a plaidé pour davantage de prévisibilité face à la multiplication des changements réglementaires, climatiques et économiques.

Les producteurs, a-t-il souligné, ne peuvent modifier leurs pratiques ou leurs investissements du jour au lendemain. Il a notamment mis en garde contre le caractère cumulatif de la réglementation européenne relative aux emballages : durabilité, étiquetage, traçabilité et responsabilités des opérateurs s’ajoutent aux exigences déjà connues sur les substances préoccupantes.

L’enjeu consiste aussi à clarifier qui, du propriétaire de marque au fabricant, en passant par l’importateur et le fournisseur, porte la responsabilité de la conformité de l’emballage mis sur le marché.

Les représentants marocains ont insisté, pour leur part, sur les progrès réalisés par la filière en matière d’équipements, de technicité, de qualité et de conformité sanitaire. Ils ont alerté également sur la persistance d’obstacles logistiques et administratifs, particulièrement pénalisants pour les produits périssables.

Ahmed Mouhmouh, directeur général de CROPENERGY Maroc, a résumé cette préoccupation : « Le plus gros danger pour nous, c’est tout ce qui est invisible, tout ce que nous ne pouvons pas prévoir. » Les retards de camions, parfois de plusieurs jours, menacent directement la qualité des produits et le respect des engagements pris auprès des clients européens. Des intervenants marocains y voient des barrières non tarifaires, synonymes de pertes de temps et de coûts supplémentaires.

Faire de la contrainte un levier

La relation entre le Maroc et l’Europe doit toutefois être pensée dans une logique d’interdépendance plutôt que de confrontation, plaident plusieurs participants. Les échanges avec le Royaume-Uni, eux aussi, disposent d’un potentiel de développement. Nigel Jenney, CEO du Fresh Produce Consortium, a estimé que les relations entre les entreprises britanniques et marocaines, déjà construites de longue date, peuvent encore se renforcer.

L’après-midi, les travaux se sont poursuivis autour de deux axes majeurs. La première session a été consacrée à la logistique de demain : solutions de transport international, offre intégrée entre les ports de Sète et de Tanger Med, ainsi que leviers d’anticipation des flux exportateurs marocains seront notamment examinés.

La seconde session s’est intéressée à la transformation de la durabilité et de la résilience climatique en avantages concurrentiels. Elle a abordé l’empreinte environnementale des fruits et légumes, les exigences sociales et environnementales du marché britannique, les nouvelles techniques génomiques et le déploiement du label « Moroccan Sustain Food ».

Un dernier panel a réuni des représentants de la logistique, de la production, de la distribution et de l’export, avant une conclusion prospective de Sébastien Abis autour d’une question : « De l’anticipation à l’action, quelles priorités pour l’export de demain ? »

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