« Moul Hanout » : un soldat de l’ombre face à la crise du Coronavirus

Pièce inséparable du puzzle de notre culture et de nos souvenirs, le petit commerçant marocain, l’épicier ou encore « Moul Hanout », démontre sa valeur au sein de la crise sanitaire actuelle. Touché par les conséquences de l’état d’urgence sanitaire au pays, il continue à offrir ses services dans une période où une rupture de stocks en produits alimentaires ne peut être tolérée. Dans ce contexte, l’Association Attajir Assaghir de la région Casablanca-Settat s’est confiée à FOOD Magazine, pour nous parler de la situation actuelle d’un secteur influent de l’économie nationale.

Bien qu’elle soit une mesure indispensable pour préserver la santé des citoyens, la déclaration de l’état d’urgence sanitaire au Maroc fut une surprise pour tous. « Pour l’épicier, cette décision a engendré une confusion et une pression face à ses engagements financiers, déjà existants, envers ses partenaires et ses stocks insuffisants », déclare Ahmed Anezid, Secrétaire Général de l’Association Attajir Assaghir. Mis à part les services que cet acteur offre au consommateur marocain, « plusieurs secteurs, particulièrement l’agroalimentaire, sont liés à ‘Moul Hanout’. Son absence causerait, sans doute, une faille et un désordre au niveau de la chaine commerciale », ajoute-t-il.

Selon M. Anezid, le petit commerçant marocain souffre des conséquences de la crise sanitaire. « Ces conséquences, qui se poursuivront dans la phase d’après déconfinement, peuvent être divisées en 4 catégories », explique-t-il.

Délicat équilibre économique

En premier lieu, les stocks insuffisants dont disposait l’épicier au début de la crise, ainsi que les grandes sommes données, sous forme de dettes, en faveur des clients habitués ont engendré bien des complications. Lors de la déclaration de l’état d’urgence sanitaire dans le pays, « les petits commerces ne contenaient pas suffisamment de produits pour couvrir les besoins des consommateurs. Ces derniers, pris de panique, voulaient acheter en masse des produits de base, sans être, pour la plupart, prêts à payer immédiatement », se souvient M. Anezid. Face à cette situation, les épiciers ont fait appel aux grossistes, souhaitant aussi bénéficier de facilités de paiement. « Malheureusement, un grand nombre de grossistes ont complètement refusé toute sorte de coopération. Plus encore, certains préfèrent désormais vendre leurs produits directement au client, en vue d’augmenter leurs marges et leurs bénéfices », regrette M. Anezid.

Le crédit étant une question historique de confiance au sein de la société marocaine, l’épicier se trouve de son côté dans l’incapacité d’obliger ses habitués à payer leurs dettes. Or, « ces derniers, qui avaient, ont et auront des dettes, doivent être conscients des engagements du secteur », rappelle M. Anezid. Résultat : le petit commerçant emprunte à son tour de l’argent pour acheter de nouveaux produits, afin d’éviter toute éventuelle rupture de stock. Sur ce point, le Secrétaire Général signale, qu’après le déconfinement, la situation devra être examinée et plusieurs nouvelles décisions prises.

Le risque que prend l’épicier face au Coronavirus est un autre défi non négligeable. « Nos magasins sont considérés comme un lieu public, où un grand nombre de clients se rendent chaque jour. Ainsi, le risque pour le commerçant d’attraper la maladie demeure élevé », précise M. Anezid. Toutefois, « nos magasins restent ouverts durant toute la crise », assure-t-il.

Par ailleurs, la même source considère que, suite à la limitation du temps d’ouverture, de 6h du matin à 18h, le bénéfice du petit commerçant s’en ressent. En outre, « pendant le confinement, les clients limitent leurs déplacements, ce qui réduit, à son tour, nos heures de travail », développe-t-il.

De plus, la fluctuation des prix de certains produits alimentaires, telles les légumineuses, applique un autre type de pression sur l’épicier. « Les autorités nous imposent deux choix : vendre ces produits à un prix ne garantissant aucune marge de bénéfice, ou ne pas les vendre du tout », explique M. Anezid. Plus encore, dans un secteur où l’informel inonde les opérations commerciales, l’absence de factures, prouvant le prix initial d’achat, rend la situation plus critique. « C’est un problème dont souffre le secteur depuis longtemps, et que nous ne pouvons pas résoudre d’un seul coup », regrette M. Anezid.

Dans le cadre de la situation actuelle, l’Association suggère qu’une révision de la situation du petit commerçant serait bénéfique. Face à l’absence de facilités de paiement de la part des grandes unités industrielles agroalimentaires, « des crédits bancaires, avec des facilités de remboursement, une exonération d’impôts, etc., contribueraient à la gestion de la crise », propose Ahmed Anezid.

Enfin, interrogé sur les produits ayant un succès pendant cette pandémie, M. Anezid confirme que, « la demande élevée pour les produits de nettoyage et désinfection est une première. » Côté alimentaire, les consommateurs se penchent préférentiellement vers les produits de base, notamment les légumineuses, la farine, le thé, le sucre, l’huile…. avant de penser aux autres produits tels les yaourts, etc.


Association Attajir Assaghir

Créée en 2013, l’association Attajir Assaghir représente et défend les droits des petits commerçants de la région Casablanca-Settat. À travers son comité de 19 membres, elle a pu intégrer 1.100 adhérents durant ses 6 ans d’existence.

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