Agadir : un forum sur l’empreinte carbone met en lumière les défis de l’horticulture marocaine

Le Centre Horticole d’Agadir (CHA) a organisé, samedi 11 avril 2026 à Agadir, un forum dédié à l’empreinte carbone et à l’avenir de l’horticulture marocaine, réunissant étudiants, experts et professionnels autour des mutations environnementales qui redessinent le secteur agricole.

Parmi les interventions marquantes, celle de M. Ali Rougui, Doctorant et Chef de Département Veille Stratégique à Morocco Foodex, a porté sur un sujet au cœur des enjeux actuels : « Le secteur agroalimentaire à l’export face aux contraintes environnementales : cas du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne ».

Dans son intervention, M. Ali Rougui a mis en évidence l’impact croissant des politiques climatiques européennes sur les exportations marocaines, soulignant que les exigences liées à l’empreinte carbone, à la traçabilité environnementale et à la durabilité deviennent progressivement des conditions d’accès au marché. « Le commerce international entre dans une nouvelle ère où la performance environnementale devient un critère déterminant de compétitivité », a-t-il indiqué.

Organisé dans un contexte de transition écologique accélérée, le forum a permis d’ouvrir le débat sur les adaptations nécessaires pour le secteur horticole, notamment en matière de réduction des émissions, d’optimisation des ressources et d’intégration des normes internationales.

À travers cette rencontre, le Centre Horticole d’Agadir confirme son rôle en tant qu’espace de réflexion et d’échange sur les enjeux stratégiques qui façonnent l’avenir de l’agriculture marocaine, à l’heure où les défis climatiques s’imposent comme une réalité incontournable pour les filières d’exportation.

Quatre questions posées à Ali Rougui, Doctorant et Chef de Département Veille Stratégique à Morocco Foodex

Pourquoi le secteur agroalimentaire se retrouve-t-il aujourd’hui en première ligne des enjeux climatiques ?

Le secteur agroalimentaire est concerné actuellement car l’engrais azoté et l’énergie sont partie du champ d’application du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux frontières de l’Union européenne. Aussi, selon une étude de l’OCDE/FAO, au niveau mondial, les émissions directes de GES imputables à l’agriculture pourraient augmenter de 6 % d’ici 2034. Rien qu’en 2024, les émissions mondiales du secteur agroalimentaire représentaient 20% des émissions totales de gaz à effet de serre (GES), composés de l’Élevage (≈ 48%) à cause des émissions de méthane (CH₄) issues de la digestion des ruminants, les Cultures (≈ 41%) à cause de l’utilisation d’engrais chimiques et de pratiques agricoles (rotation, pesticides) enfin les Machines agricoles (≈ 11%) à cause de la consommation de carburants fossiles.

En quoi le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières de l’Union européenne constitue-t-il un enjeu stratégique pour le Maroc ?

Effectivement le MACF est un enjeu stratégique pour le Maroc pour plusieurs raisons. Premièrement, le marché de l’union européenne absorbe environ 65% des exportations agroalimentaires marocaines.

Deuxièmement, le marché européen est en train de transformer les règles du commerce international en intégrant les politiques climatiques comme critères d’accès au marché et les exportateurs doivent désormais intégrer l’empreinte carbone dans leurs chaînes de valeur.

Troisièmement, il y a un risque de perte de compétitivité des exportations à cause d’une augmentation potentielle des coûts pour les produits à forte intensité énergétique et de l’augmentation du besoin d’investissements dans la décarbonation et l’innovation technologique.

Quelles réponses le Maroc doit-il apporter pour faire face à ces nouvelles contraintes environnementales ?

Pour faire face à ces contraintes, le Maroc a pris plusieurs initiatives législatives et réglementaires. Il est intéressant de transformer la contrainte environnementale en levier de compétitivité et ce, à travers 3 axes prioritaires : 

1. Mesurer : à travers la réalisation des bilans carbone et le développement de l’analyse du cycle de vie (ACV),

2. Réduire : en agissant sur les principaux postes d’émissions notamment énergie, l’irrigation, le froid, le transport, l’emballage et les intrants agricoles, 

3. Valoriser : en faisant de la durabilité un avantage concurrentiel par une meilleure réponse aux cahiers des charges européens. 

Quel rôle les différents acteurs marocains sont-ils appelés à jouer dans cette transition ?

Tout d’abord le gouvernement doit jouer un rôle d’impulsion et de structuration à travers un cadre stratégique clair qui intègre la décarbonation export dans les politiques publiques, le soutien de l’investissement vert et la mise à niveau environnementale. 

Ensuite les interprofessions et fédérations doivent jouer un rôle d’animation de filière à travers la sensibilisation des entreprises par la diffusion de bonnes pratiques et la mutualisation des outils et référentiels, 

En même temps, les organismes d’appui et d’export doivent renforcer l’accompagnement opérationnel à travers l’assistance technique, la formation, la veille réglementaire européenne et l’appui à la certification et à la conformité environnementale.

En parallèle les entreprises doivent intégrer la durabilité dans leur stratégie.

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