Tomate : avec 1,3 milliard de dollars d’exportations, le Maroc s’impose comme 3ème exportateur mondial

À Agadir, au cœur du principal bassin primeur du Royaume, la Morocco Tomato Conference, organisée le 22 mai par Green Smile, a donné le ton des grandes mutations qui traversent aujourd’hui la filière tomate. Face aux exportateurs, producteurs et professionnels du secteur, Ali Rougui, Chef de Département Veille Stratégique à Morocco Foodex, a présenté une lecture approfondie de la dynamique mondiale du marché, marquée à la fois par l’ascension spectaculaire du Maroc et par l’émergence de nouvelles contraintes environnementales et commerciales.

Car si la tomate marocaine consolide année après année sa présence sur les marchés internationaux, la concurrence mondiale se joue désormais sur de nouveaux terrains : l’empreinte carbone, la durabilité, la logistique, la résilience climatique et la capacité à répondre aux standards environnementaux imposés par les grands marchés importateurs.

Une progression fulgurante du Maroc sur le marché mondial

Les chiffres présentés lors de la conférence illustrent l’ampleur de la transformation opérée par la filière marocaine au cours des dernières années.

En 2025, les échanges mondiaux de tomates fraîches ont atteint 7,2 millions de tonnes pour une valeur estimée à 11,6 milliards de dollars. Dans cet environnement fortement concurrentiel, le Maroc s’est imposé comme le troisième exportateur mondial de tomates fraîches, derrière le Mexique et les Pays-Bas.

Cette montée en puissance est loin d’être symbolique. Les exportations marocaines sont passées de 856 millions de dollars en 2021 à 1,307 milliard de dollars en 2025. En seulement quatre ans, le Royaume a ainsi gagné plus de 450 millions de dollars de valeur exportée.

Surtout, le Maroc affiche la croissance la plus dynamique parmi les grands exportateurs mondiaux, avec un taux de croissance annuel moyen de 11 % entre 2021 et 2025. À titre de comparaison, le Mexique, leader mondial, n’a enregistré qu’une progression annuelle moyenne de 1 %, tandis que les Pays-Bas ont évolué de 3 %.

« Le Maroc adopte une stratégie de montée en gamme et de diversification des marchés », a souligné Ali Rougui, en mettant en avant le renforcement des positions marocaines sur plusieurs marchés européens stratégiques.

Aujourd’hui, le Royaume détient 11,2 % des parts du marché mondial de la tomate fraîche. Une progression qui confirme le basculement progressif du Maroc dans le cercle restreint des grandes puissances exportatrices agricoles.

L’Europe reste le cœur du modèle marocain

Cette performance est intimement liée à l’évolution du marché européen, devenu au fil des années, le principal moteur de croissance de la tomate marocaine.

L’Union européenne représente à elle seule, 41 % des volumes mondiaux importés et surtout 53,7 % de la valeur mondiale du commerce de la tomate. Le marché européen absorbe donc l’essentiel de la production exportée par le Royaume.

Les données de Morocco Foodex montrent que 93 % des exportations marocaines de tomates sont destinées à l’Union européenne et au Royaume-Uni. Cette concentration traduit la forte dépendance de la filière marocaine vis-à-vis de la demande européenne, mais également la place stratégique acquise par le Maroc dans l’approvisionnement du continent.

Sur le marché communautaire, le Royaume est désormais le deuxième fournisseur de tomates derrière les Pays-Bas. En 2025, les exportations marocaines vers l’Union européenne ont atteint 1,4 milliard de dollars, représentant 23 % des importations européennes de tomates fraîches.

Le Royaume-Uni constitue lui aussi un marché devenu central dans la stratégie marocaine. En 2025, les importations britanniques de tomates ont atteint près de 390 000 tonnes pour une valeur de 840 millions de dollars.

Dans ce marché particulièrement concurrentiel, les Pays-Bas conservent la première place avec 44 % de parts de marché en valeur, suivis par le Maroc avec désormais 25 %, devant l’Espagne qui recule à 20 %.

Cette progression s’explique par plusieurs avantages compétitifs identifiés par Morocco Foodex : proximité géographique avec l’Europe, rapidité logistique, coûts de production relativement compétitifs et climat favorable limitant les besoins en serres chauffées.

Le recul européen ouvre de nouvelles opportunités

La progression du Maroc intervient également dans un contexte de transformation profonde de la production européenne.

Selon les projections présentées lors de la conférence, la production européenne de tomates devrait passer de 16,95 millions de tonnes en 2025 à 16,56 millions de tonnes en 2028. Dans le même temps, les superficies cultivées poursuivent leur contraction, passant de 8,4 millions à 7,69 millions d’hectares.

Cette baisse structurelle s’explique notamment par la hausse des coûts énergétiques en Europe, les contraintes environnementales croissantes et les difficultés climatiques affectant plusieurs bassins de production.

« La dynamique actuelle est marquée par une reconfiguration de l’approvisionnement européen », a expliqué Ali Rougui, rappelant que la demande européenne reste soutenue tout au long de l’année malgré le recul de la production locale.

Ce déséquilibre structurel entre production et consommation favorise mécaniquement les fournisseurs méditerranéens capables d’assurer une disponibilité régulière, particulièrement durant les périodes de contre-saison.

Une filière puissante mais fortement concentrée

Derrière cette réussite, la filière marocaine demeure toutefois exposée à plusieurs vulnérabilités structurelles.

Au 30 avril 2026, les exportations marocaines de tomates atteignaient 549 000 tonnes, en recul de 11 % par rapport à la campagne précédente. Les tomates de segmentation représentaient 320 000 tonnes contre 230 000 tonnes pour les tomates rondes.

Autre caractéristique majeure : l’extrême concentration géographique de la production. La région de Souss-Massa représente à elle seule 98 % des exportations marocaines de tomates.

Cette dépendance territoriale renforce la sensibilité de la filière face aux tensions hydriques et aux aléas climatiques qui affectent fortement le sud du Royaume.

Ali Rougui a d’ailleurs alerté sur la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, des vagues de chaleur et du stress hydrique qui pèsent directement sur les rendements et la qualité des cultures.

À ces contraintes climatiques s’ajoutent les risques phytosanitaires, notamment la propagation du virus ToBRFV, considéré aujourd’hui comme l’une des principales menaces pour la production mondiale de tomates.

La bataille du carbone redessine désormais la concurrence

Mais au-delà des enjeux agricoles traditionnels, la conférence d’Agadir a surtout montré que la compétition mondiale entre exportateurs entre dans une nouvelle phase : celle de la compétitivité environnementale.

L’Union européenne accélère actuellement le déploiement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM), destiné à intégrer progressivement le coût carbone dans les échanges commerciaux.

Dans ce nouveau contexte, la capacité des exportateurs à démontrer une production durable devient un facteur déterminant d’accès aux marchés.

Le sujet est d’autant plus sensible que les émissions nettes globales de gaz à effet de serre du Maroc sont passées de 72 945 Gg équivalent CO₂ en 2010 à 98 871 Gg en 2022. Le secteur agricole représente à lui seul près de 19 % des émissions nationales, avec 18 510 Gg équivalent CO₂ en 2022.

Dans ce contexte, la durabilité devient progressivement un levier de compétitivité autant qu’une contrainte réglementaire.

Traçabilité environnementale, optimisation énergétique, réduction de l’empreinte carbone, gestion rationnelle de l’eau ou encore adaptation logistique : autant de paramètres qui pèseront désormais dans la capacité des exportateurs marocains à préserver leurs parts de marché en Europe.

À Agadir, le message porté par Morocco Foodex était sans ambiguïté : la réussite future de la tomate marocaine ne dépendra plus uniquement des volumes exportés ou des coûts de production. Elle se jouera désormais sur la capacité de toute une filière à conjuguer performance économique, résilience climatique et conformité environnementale.

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