Notre rôle au SIAM n’est pas seulement de poser le diagnostic. Il est aussi de mettre en lumière les solutions concrètes, celles qui améliorent réellement l’efficience, la gestion de la demande et la résilience des systèmes de production.
La désignation du Portugal comme pays d’honneur du SIAM 2026 s’inscrit dans un moment où les relations Maroco-portugaises connaissent un approfondissement stratégique.
À la veille de la 18ème édition du Salon International de l’Agriculture au Maroc, les équilibres agricoles apparaissent plus fragilisés que jamais, sous l’effet combiné du stress hydrique structurel, de la volatilité des marchés et d’une exigence accrue de souveraineté alimentaire. Dans ce contexte, le salon s’impose comme un espace stratégique où se construisent les réponses aux mutations profondes du secteur.
À la tête opérationnelle de cette édition 2026, Kamal Hidane en précise les orientations. Le SIAM entend dépasser son rôle de vitrine pour s’affirmer comme un véritable levier de transformation, articulé autour d’une thématique centrale, de solutions concrètes et d’une dynamique de coopération renforcée. Innovations, structuration des filières, attractivité internationale : il décrypte les choix clés d’un rendez-vous désormais positionné au cœur des enjeux agricoles nationaux et globaux.
La thématique de cette édition, « Durabilité de la production animale et souveraineté alimentaire », s’inscrit dans un contexte marqué par les défis climatiques et les tensions sur les marchés agricoles. Quels sont les enjeux prioritaires derrière ce choix et comment cette thématique structurera-t-elle l’ensemble du salon ?
Le choix de ce thème part d’un constat très simple. Aujourd’hui, la production animale est au cœur de plusieurs équilibres essentiels : l’eau, l’alimentation animale, la santé des cheptels, la sécurité sanitaire, la compétitivité des exploitations et, au final, la souveraineté alimentaire. Nous avons donc voulu traiter ce sujet dans toute sa profondeur, avec une approche concrète, tournée vers les solutions et les réponses de terrain. C’est exactement l’esprit de cette édition, qui met en avant l’eau, la préservation du cheptel, l’autonomie alimentaire animale, la biosécurité, le bien-être animal, la traçabilité et l’investissement durable.
Et cette thématique ne restera pas au niveau du discours. Elle va structurer le salon dans son ensemble, à travers l’organisation des 12 pôles, la place donnée aux filières animales, aux intrants d’élevage, à l’agro-fourniture, à l’Agri-Digital, mais aussi à travers la programmation des conférences. Autrement dit, ce thème est le fil conducteur de l’édition 2026.
Face à la pression croissante sur les ressources hydriques, notamment en milieu rural, comment le SIAM 2026 entend-il valoriser les solutions concrètes et les innovations en matière de gestion durable de l’eau ?
La question de l’eau est aujourd’hui centrale. Rappelons que, malgré les dernières pluies, le Maroc est en situation de stress hydrique structurel, avec une vulnérabilité accrue des zones rurales et un impact direct sur la sécurité alimentaire. Dans ce contexte, notre rôle au SIAM n’est pas seulement de poser le diagnostic. Il est aussi de mettre en lumière les solutions concrètes, celles qui améliorent réellement l’efficience, la gestion de la demande et la résilience des systèmes de production.
C’est dans cet esprit que nous allons valoriser les innovations liées à l’irrigation efficiente, au digital agricole, à l’optimisation de l’usage de l’eau et, plus largement, aux réponses qui permettent de mieux articuler production, durabilité et adaptation. Les thématiques préparées pour cette édition vont d’ailleurs très clairement dans ce sens, en mettant en relation le stress hydrique, l’élevage, le dessalement et l’optimisation de l’irrigation. Le SIAM doit être un lieu où l’on montre ce qui peut être déployé, ce qui peut être partagé et ce qui peut être accéléré.
Dans quelle mesure cette édition s’inscrit-elle dans la continuité de la stratégie « Génération Green 2020-2030 », notamment en matière de résilience des filières et de montée en valeur de la production agricole ?
Elle s’y inscrit très directement. La stratégie Génération Green 2020-2030 repose sur deux grands fondements : la priorité donnée à l’élément humain et la pérennité du développement agricole. Elle vise aussi à renforcer la valorisation de la production et à consolider des filières plus résilientes, plus performantes et plus durables.
Le SIAM 2026 est une traduction visible de cette ambition. D’abord parce qu’il intègre officiellement un Pavillon Génération Green. Ensuite parce que le thème choisi rejoint précisément les enjeux de résilience, de durabilité, d’innovation et de création de valeur dans les territoires. En ce sens, cette édition s’inscrit pleinement dans la dynamique de transformation engagée par Génération Green.
Dans un contexte de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et de recherche accrue de souveraineté alimentaire, comment le SIAM accompagne-t-il la transformation des filières agricoles marocaines ?
Le SIAM accompagne cette transformation en jouant son rôle de plateforme de convergence. Ce que nous cherchons à faire, c’est réunir au même endroit les décideurs, les opérateurs, les producteurs, les fournisseurs de solutions, les partenaires institutionnels et les acteurs internationaux. Cette mise en relation est importante, parce qu’elle permet de faire avancer à la fois les coopérations, les investissements, le transfert de savoir-faire et la diffusion des innovations.
Sur le fond, les chantiers identifiés sont très clairs. Ils concernent l’autonomie alimentaire animale, la maîtrise des intrants, la biosécurité, la traçabilité, la qualité et la confiance. Ce sont des sujets qui reviennent dans les dossiers préparés pour cette édition, parce qu’ils sont devenus structurants pour la transformation des filières. Notre ambition est donc d’aider à faire dialoguer les enjeux de souveraineté, de compétitivité et de durabilité dans un même espace.
Le Portugal est le pays à l’honneur cette année. Au-delà de la dimension institutionnelle, quels leviers de coopération concrets, notamment en matière de production animale, de gestion de l’eau ou d’innovation agricole, seront mis en avant entre les deux pays ?
Le choix du Portugal comme pays à l’honneur donne d’abord une profondeur particulière à cette édition 2026. Il crée un cadre favorable pour mettre en valeur des coopérations utiles, fondées sur l’échange d’expertises, le partage de savoir-faire et le rapprochement entre les écosystèmes agricoles des deux pays. Dans le contexte du SIAM, cette mise à l’honneur a vocation à encourager des liens concrets entre acteurs publics, entreprises, professionnels et partenaires techniques, autour d’enjeux qui sont aujourd’hui au cœur de la transformation agricole.
Ces enjeux sont connus. Ils concernent notamment la durabilité des systèmes de production, l’innovation agricole, la gestion plus efficiente des ressources, la santé sanitaire et phytosanitaire, ainsi que la création de valeur dans les filières. Il existe déjà, entre le Maroc et le Portugal, un cadre de coopération dans les domaines agricole, sanitaire et phytosanitaire. Le SIAM peut justement servir d’espace d’accélération pour donner davantage de visibilité à ces convergences, favoriser les échanges professionnels et ouvrir la voie à des partenariats encore plus opérationnels.
Au-delà du symbole, l’objectif est de faire de cette présence un levier de dialogue et de coopération utile. Le SIAM doit permettre de transformer cette proximité en opportunités concrètes, au service de l’innovation, de la durabilité et du renforcement des filières agricoles.
Le SIAM s’affirme comme une plateforme de diplomatie agricole. Quelles sont les priorités en matière d’attractivité des investissements et de partenariats internationaux pour cette édition 2026 ?
Le SIAM est devenu, au fil des éditions, un espace de diplomatie agricole au sens très concret du terme. Il réunit des délégations étrangères, des pavillons internationaux, des entreprises, des institutions et des acteurs économiques autour d’un même lieu d’échange. Et cette dimension est renforcée par des outils comme le Club International, les rencontres B2B, les badges business et le catalogue des exposants.
Pour cette édition, notre priorité est claire : faire en sorte que cette visibilité internationale se traduise en coopérations utiles. Cela concerne en particulier les secteurs liés à l’élevage, aux intrants, à l’agro-fourniture, à l’agro-industrie, au digital agricole et, plus largement, à toutes les solutions qui renforcent la durabilité et la compétitivité des filières marocaines. L’objectif n’est pas seulement d’accueillir, mais de créer de vraies opportunités de partenariat et d’investissement.
Quelles seront les principales nouveautés de cette édition, notamment en termes d’innovations, de dispositifs d’exposition ou de programmation scientifique ?
Cette édition 2026 se distingue d’abord par la force de son positionnement thématique. Le choix de consacrer le salon à la durabilité de la production animale et à la souveraineté alimentaire donne une cohérence particulière à l’ensemble de la programmation. Ce thème se traduira dans les contenus, dans les conférences, dans les espaces d’exposition et dans les échanges entre professionnels, avec une attention renforcée portée aux enjeux liés à l’élevage, aux intrants d’élevage, à l’agro-fourniture, au digital agricole et aux solutions concrètes de terrain.
Il y a aussi une volonté très nette de renforcer la dimension opérationnelle du salon. Cela passe par la plateforme B2B, qui permet de préparer les rendez-vous d’affaires en amont, d’identifier des partenaires qualifiés et de planifier les rencontres de manière plus efficace.
Enfin, quels objectifs chiffrés vous fixez-vous pour cette édition, en termes de fréquentation, de participation internationale et de retombées économiques ou contractuelles ?
Pour cette 18ème édition, notre ambition est claire. Le SIAM 2026 vise à accueillir 1 500 exposants, 1 100 000 visiteurs, 70 pays participants et plus de 40 conférences. Ces chiffres traduisent à la fois l’ampleur du rendez-vous et le niveau d’attractivité que le salon continue d’exercer, au Maroc comme à l’international.
Au-delà de ces repères, notre objectif est surtout de confirmer le SIAM comme une plateforme utile, capable de réunir les professionnels, de favoriser les rencontres qualifiées et de créer les conditions d’échanges concrets entre les différents acteurs du secteur. C’est tout le sens de la plateforme B2B, de l’organisation en pôles thématiques et de l’espace conférences, qui permettent de faire du salon un lieu de contenu, de coopération et de mise en relation.
S’agissant des retombées économiques ou contractuelles, je préfère ne pas avancer de chiffres qui n’ont pas été arrêtés pour le moment. En revanche, tout est pensé pour renforcer la qualité des contacts, encourager les partenariats et faire en sorte que cette édition génère de vraies opportunités pour les exposants, les professionnels et les institutions présentes.
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