M. Luís Faro Ramos, Ambassadeur du Portugal au Maroc

Le SIAM 2026 représente une plateforme exceptionnelle de coopération et de mise en relation. 

La désignation du Portugal comme pays d’honneur du SIAM 2026 s’inscrit dans un moment où les relations Maroco-portugaises connaissent un approfondissement stratégique. 

À l’occasion de la mise à l’honneur du Portugal lors de la 18ème édition du Salon International de l’Agriculture au Maroc, Son Excellence M. Luís Faro Ramos livre une lecture stratégique du partenariat agricole entre les deux pays. Acteur clé de cette dynamique bilatérale, ce partenariat incarne le renforcement des coopérations autour d’enjeux majeurs tels que la gestion de l’eau, l’adaptation climatique et la modernisation des systèmes agricoles.

À travers cet entretien, M. l’ambassadeur met en lumière les complémentarités entre les modèles marocain et portugais, tout en esquissant les perspectives concrètes de collaboration offertes par le SIAM 2026, au service d’une agriculture plus durable, innovante et résiliente.

Le Portugal est le pays d’honneur du SIAM 2026. Quelle lecture faites-vous de cette distinction dans le contexte actuel des relations économiques entre le Maroc et le Portugal ?

La désignation du Portugal comme pays d’honneur du SIAM 2026 s’inscrit dans un moment où les relations Marocco portugaises connaissent un approfondissement stratégique. Ce choix reflète la reconnaissance du rôle du Portugal dans les domaines essentiels de la gestion de l’eau, de l’adaptation climatique et de la modernisation des exploitations. Les deux pays affrontent des défis similaires liés à la pression hydrique et à la transformation de leurs systèmes agricoles. Le Portugal, reconnu pour son expertise en irrigation localisée, en modernisation des exploitations intermédiaires et dans la mise en valeur de cultures méditerranéennes telles que l’olivier, les fruits rouges et la viticulture, apporte aujourd’hui une contribution particulièrement pertinente aux priorités marocaines définies dans la stratégie Génération Green.

Quels sont aujourd’hui les principaux axes de coopération agricole et agroalimentaire entre les deux pays ?

La coopération entre les deux pays repose sur un échange technique soutenu dans les systèmes d’irrigation goutte à goutte, la gestion des périmètres hydrauliques et l’introduction de variétés adaptées aux conditions semi arides. Elle s’exprime également dans le développement parallèle de filières comme les fruits rouges, où les systèmes de production portugais, notamment en Algarve, présentent de fortes similitudes avec ceux du Loukkos et du Gharb, facilitant la planification variétale, le partage de solutions de gestion de main d’œuvre et l’amélioration des techniques de post récolte. Par ailleurs, la modernisation, la mécanisation et les échanges institutionnels dans les domaines sanitaire et phytosanitaire, déjà encadrés par des accords bilatéraux, renforcent la structuration durable des chaînes de valeur.

Dans quelle mesure les modèles agricoles portugais peuvent-ils inspirer certaines dynamiques au Maroc, notamment en matière de durabilité et de gestion des ressources ?

Les modèles portugais se caractérisent par une combinaison d’innovation, de durabilité et de gestion active du territoire. Cette approche met en avant la production durable, la sécurité alimentaire et la résilience face aux contraintes climatiques. Le Portugal, confronté à des épisodes récurrents de sécheresse, investit depuis plusieurs années dans la modernisation de la ressource hydrique, dans des systèmes d’irrigation performants et dans des technologies permettant une meilleure adaptation aux stress climatiques. Il développe également la digitalisation de l’agriculture grâce à l’usage de capteurs, d’outils d’intelligence artificielle et de mécanismes de monitoring. Tous ces éléments constituent des sources d’inspiration directe pour le Maroc, qui poursuit des objectifs similaires dans le cadre de Génération Green.

Le thème de cette édition met en avant la durabilité de la production animale et la souveraineté alimentaire. Quelle est l’expérience du Portugal sur ces enjeux stratégiques ?

Le Portugal aborde ces enjeux à travers un cadre stratégique cohérent, guidé par son Plan Stratégique de la PAC, qui vise la durabilité de la production agricole et forestière, la sécurité alimentaire et la gestion rationnelle des ressources naturelles. Confronté à la rareté de l’eau, à des coûts de production élevés et aux exigences environnementales européennes, le pays a intensifié la modernisation de ses élevages, amélioré les conditions de santé et de bien être animal et renforcé les performances économiques des exploitations.

Quels sont les segments agroalimentaires portugais les plus dynamiques à l’export et présentant un potentiel de partenariat avec les opérateurs marocains ?

Le secteur agroalimentaire portugais connaît une forte expansion internationale. En 2025, les exportations ont atteint 10,6 milliards d’euros, soit 13,3 % des exportations totales de biens du pays. L’huile d’olive constitue l’un des segments les plus dynamiques, affichant une croissance remarquable. Les produits portugais confirment leur positionnement international, notamment, la poire rocha, bien présente au Maroc, les conserves de poisson, les produits laitiers dont le fromages DOP et les produits de boulangerie. Ces filières, fondées sur des standards de qualité élevés et une forte valeur ajoutée, présentent une complémentarité naturelle avec les besoins et la structure de la demande marocaine, tout en offrant des opportunités de transformation et de partenariat industriel.

Comment l’AICEP accompagne-t-elle concrètement les entreprises portugaises souhaitant investir ou se développer au Maroc ?

L’AICEP apporte un soutien direct et structuré à travers sa délégation à Rabat, chargée de conseiller les entreprises et les appuyer à identifier des partenaires marocains, de faciliter les contacts institutionnels et d’accompagner les investisseurs dans leurs démarches. Elle met également à disposition des outils comme le programme ABC Mercado Marrocos, conçu pour fournir une compréhension approfondie du marché, de son environnement réglementaire et de ses dynamiques sectorielles, aux entreprises portugaises. Par ailleurs, l’AICEP organise régulièrement des ateliers thématiques et des missions sectorielles, notamment dans le domaine de l’eau ou dans le cadre des grands projets liés aux investissements stratégiques du pays.

À l’inverse, observez-vous un intérêt croissant des opérateurs marocains pour le marché portugais ? Sur quels segments en particulier ?

On observe un intérêt accru des opérateurs marocains pour les technologies portugaises dans les domaines de l’irrigation, de la mécanisation et de l’agro industrie. Cette dynamique est renforcée par les rencontres économiques bilatérales telles que le Forum Économique Portugal Maroc, qui favorise le rapprochement entre entreprises des deux pays dans des secteurs variés, notamment l’agroalimentaire, l’énergie, le numérique et l’industrie. Les opérateurs marocains voient également dans le Portugal un point d’entrée privilégié vers les marchés européens, grâce à sa stabilité, à la qualité de ses infrastructures et à sa proximité culturelle et géographique.

La question de la sécurité alimentaire devient centrale à l’échelle mondiale. Comment le Portugal articule-t-il productivité, résilience et durabilité dans ses politiques agricoles ?

Le Portugal s’efforce de maintenir un équilibre entre ces trois dimensions, en intégrant la transition numérique dans les exploitations agricoles, grâce à l’usage de technologies comme les capteurs, les drones, ou encore les systèmes de décision nourris par l’intelligence artificielle. Sa stratégie repose également sur l’adoption de pratiques durables, à l’image de la rotation des cultures, de la réduction de l’usage des intrants chimiques et du développement de l’agriculture régénérative. 

Quelles opportunités concrètes ce SIAM 2026 peut-il générer en termes de partenariats, d’investissements ou de transferts de savoir-faire entre les deux pays ?

Le SIAM 2026 représente une plateforme exceptionnelle de coopération et de mise en relation. L’édition se distingue par la mise en place de la plateforme B2BConnect, permettant d’organiser des rencontres d’affaires ciblées et efficaces entre institutions, entreprises et investisseurs. La présence portugaise y sera particulièrement visible grâce à un pavillon de 400 m² dédié à la promotion institutionnelle, technologique et gastronomique. Le Salon constitue ainsi un espace privilégié pour la conclusion de partenariats, l’intégration de solutions technologiques innovantes et le transfert de savoir‑faire, notamment dans les domaines du digital, de l’irrigation, du secteur forestier, de la production fruitière et de la transformation agroalimentaire

Quelles sont les perspectives d’évolution du partenariat agroalimentaire Marocco-portugais à moyen terme ?

Les perspectives de coopération sont très favorables et s’inscrivent dans une dynamique de complémentarité structurelle. Le Portugal apporte une expertise technologique, un savoir faire consolidé et une capacité exportatrice reconnue, tandis que le Maroc offre un marché dynamique, un tissu productif en transformation et un positionnement stratégique sur le continent africain. Les deux pays devraient renforcer leur collaboration dans les domaines de la gestion de l’eau, de la durabilité, de la digitalisation et de la sécurité alimentaire. Dans un contexte où le Portugal se positionne comme un lien entre l’Europe et l’Afrique, et où le Maroc consolide son rôle de hub régional, les fondations sont posées pour une montée en puissance du partenariat agricole et agroalimentaire au cours des prochaines années.  

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