Le Laboratoire officiel d’analyses et de recherches chimiques de Casablanca (LOARC) a organisé le 25 juin à Casablanca, la première édition du « LOARC DAY », une initiative destinée à ouvrir ses portes aux professionnels et à mettre en lumière un métier souvent méconnu, mais essentiel à la qualité, à la sécurité sanitaire et à la conformité des produits. Réunissant experts, opérateurs économiques, partenaires institutionnels et acteurs des secteurs agricole et agroalimentaire, cette première édition a constitué un espace d’échange autour des enjeux de l’analyse, de la réglementation et de l’accompagnement des filières.
Les participants ont également été invités à découvrir les différents domaines d’intervention du laboratoire à travers des parcours immersifs consacrés à la sécurité sanitaire, au contrôle de la qualité des produits alimentaires, aux intrants agricoles et à l’alimentation animale, offrant ainsi une immersion au cœur des métiers et des expertises du LOARC.
Fondé en 1914 et longtemps cantonné à une mission de contrôle, le laboratoire d’analyse occupe aujourd’hui une place beaucoup plus large. Production de données scientifiques, accompagnement des opérateurs, appui réglementaire, valorisation des produits, soutien aux exportations ou encore défense des intérêts nationaux constituent désormais des dimensions essentielles de son activité.
Un laboratoire engagé dans une dynamique de modernisation
Pour Nabil Chaouki, directeur du LOARC, le laboratoire a connu ces dernières années une évolution importante portée à la fois par le renforcement des compétences, les investissements technologiques et l’amélioration continue des performances.
Fort de plus d’un siècle d’expérience, le laboratoire dispose aujourd’hui d’expertises reconnues dans l’analyse des produits agricoles, des denrées alimentaires, des produits agroalimentaires, des intrants agricoles et des produits chimiques.
Sa mission consiste à fournir une expertise scientifique et technique de référence à travers des analyses fiables et rigoureuses contribuant à l’amélioration de la qualité des produits mis sur le marché.
Le directeur du laboratoire a également insisté sur la nécessité d’instaurer un dialogue permanent avec les opérateurs afin de mieux comprendre leurs besoins et d’adapter les services proposés.
Selon lui, « les équipements constituent un outil essentiel pour garantir la précision et la fiabilité des résultats, mais la principale richesse du laboratoire demeure l’expertise des femmes et des hommes qui le composent. »
Plus de 20 000 échantillons analysés chaque année

L’importance prise par l’analyse dans les filières se reflète dans l’activité du laboratoire. Comme l’a rappelé Nadia Maâta, cheffe de division R&D au LOARC, le laboratoire traite plus de 20 000 échantillons par an et réalise plus de 130 000 analyses couvrant plus de 300 types d’analyses et plus de 120 familles de produits.
Ses domaines d’intervention couvrent l’agriculture, l’agroalimentaire, l’environnement, les intrants agricoles, les aliments pour animaux ainsi que les secteurs pharmaceutique, cosmétique et industriel. « Notre mission est de fournir des réponses fiables au service de la qualité, de la confiance et de la sécurité sanitaire », a-t-elle souligné.
Pour accompagner cette activité, le laboratoire a renforcé sa plateforme analytique à travers d’importants investissements réalisés depuis 2015. Le LOARC dispose aujourd’hui d’équipements de chromatographie, de spectrométrie, de spectrophotométrie et de biologie moléculaire permettant notamment la recherche des résidus de pesticides, des mycotoxines, des métaux lourds et d’autres contaminants.
Ces outils permettent également l’identification d’espèces animales, certaines analyses de détection ainsi que des analyses sensorielles. « La fiabilité des résultats, la sécurisation des décisions et le renforcement de la conformité constituent la valeur ajoutée de nos activités », a indiqué Nadia Maâta.
L’ONSSA met en avant le rôle stratégique du LOARC

La visibilité accordée au travail des laboratoires apparaît également comme un enjeu important. Souvent réalisées en arrière-plan, les analyses constituent pourtant un maillon essentiel de la conformité réglementaire, de la sécurité sanitaire et de la qualité des produits.
Pour Khadija Arif, cheffe du service du contrôle des produits végétaux et d’origine végétale à l’ONSSA, cette mise en lumière du travail analytique permet de mieux faire comprendre le rôle joué par le laboratoire dans les dispositifs de contrôle et de surveillance. « Cette journée permet de mettre en lumière un travail qui se fait souvent dans l’ombre, mais qui est essentiel pour la qualité et la conformité des produits », a-t-elle souligné.
Le LOARC est ainsi considéré comme un partenaire stratégique, aussi bien pour le contrôle des produits destinés au marché local que pour les produits importés ou orientés vers l’exportation. « Que ce soit pour les produits locaux, les produits importés ou les produits exportés, le laboratoire constitue un partenaire stratégique », a-t-elle affirmé.
Face aux défis auxquels sont confrontées les filières agricoles et agroalimentaires, la rigueur scientifique et la fiabilité des analyses apparaissent comme des éléments déterminants. « Nous sommes convaincus de la rigueur scientifique du laboratoire face aux défis que connaît aujourd’hui le secteur agroalimentaire », a indiqué Khadija Arif.
Dans ce contexte, la modernisation des outils et la digitalisation progressive des services constituent également des leviers importants pour renforcer l’efficacité des dispositifs de contrôle et améliorer les échanges avec les opérateurs.
La qualité comme levier de valorisation des produits du terroir

Pour les filières des produits du terroir, l’analyse constitue désormais bien plus qu’un outil de contrôle. Elle devient un levier de valorisation, d’amélioration de la qualité et d’accès au marché.
Mahjouba Chkail, directrice du Développement de la commercialisation des produits du terroir à l’ADA, a rappelé que « la qualité constitue aujourd’hui un élément essentiel de la valorisation des produits agricoles ». Selon elle, elle contribue à renforcer leur compétitivité et représente « un levier déterminant pour leur accès aux marchés nationaux et internationaux ».
Depuis 2016, un partenariat mis en place dans le cadre du développement d’une marque collective vise à promouvoir les produits du terroir, à valoriser le savoir-faire marocain et à soutenir les coopératives, notamment celles portées par les femmes et les jeunes. « Cette initiative vise à renforcer la visibilité des produits et à accompagner les producteurs dans leurs démarches de qualité », a-t-elle expliqué.
Les analyses réalisées par le laboratoire ont permis d’évaluer la conformité des produits avant leur commercialisation et d’identifier certains axes d’amélioration. Pour l’ADA, le besoin ne se limite plus aujourd’hui à l’obtention d’un résultat analytique. « Nous avons besoin d’interprétations plus claires des analyses », a souligné Mahjouba Chkail, estimant que cette lecture des résultats est devenue essentielle pour les producteurs comme pour les coopératives.
Elle a également plaidé pour le développement d’analyses complémentaires, notamment sur les aspects nutritionnels et protéiques des produits. « Nous avons besoin d’aller plus loin sur certaines analyses afin de mieux connaître les caractéristiques des produits et d’améliorer leur valorisation », a-t-elle indiqué.
Pour l’ADA, la qualité et la connaissance scientifique des produits constituent désormais des outils de différenciation et de montée en gamme pour les filières du terroir.
Rapidité, fiabilité et proximité : les clés de la confiance


Pour les entreprises, les délais constituent aujourd’hui un enjeu majeur. Youssef Mikou, directeur général d’Alf Sahel, a insisté sur l’importance de la rapidité des analyses, soulignant que certaines décisions doivent être prises dans des délais très courts, ce qui exige une forte réactivité des laboratoires. « Dans notre activité, ce qui est important, c’est la rapidité d’action », a-t-il indiqué.
Depuis février 2025, son entreprise a confié au LOARC près de 6 000 échantillons. « Nous avons réalisé environ 6 000 analyses depuis le début de notre collaboration », a précisé le dirigeant, estimant que ce volume illustre la confiance accordée au laboratoire.
Youssef Mikou a également salué la disponibilité des équipes et la qualité de la collaboration engagée. « Quand nous avons eu besoin du laboratoire, les équipes ont toujours été présentes », a-t-il souligné. Selon lui, la digitalisation des procédures et la transmission rapide des résultats constituent des avancées importantes. « Avant, nous attendions les documents papier. Aujourd’hui, les échanges sont informatisés et les résultats arrivent beaucoup plus rapidement », a-t-il expliqué.
La proximité entre les équipes du laboratoire et les entreprises apparaît également comme un facteur déterminant. « Ce qui est important, c’est la réactivité », a insisté le dirigeant, mettant en avant l’engagement des collaborateurs du laboratoire.
Pour les industriels, la fiabilité des résultats demeure toutefois le premier critère. Aziza Haddad, Manager Research and Development chez Lesieur Cristal, a rappelé que « la fiabilité est le premier critère ». Elle a également souligné que « les analyses sous-traitées auprès du LOARC n’ont jamais donné lieu à des litiges concernant les résultats ».
Pour les industriels, les résultats analytiques constituent une base essentielle pour les décisions relatives à la qualité, à la conformité réglementaire et à la sécurité des produits. Dans ce contexte, rapidité, rigueur scientifique et fiabilité des analyses apparaissent aujourd’hui comme les principaux atouts du laboratoire auprès des opérateurs.
La microbiologie parmi les prochaines étapes de développement
Le développement des analyses microbiologiques figure parmi les principaux axes de développement du laboratoire pour les prochaines années. Nabil Chaouki a indiqué que ce projet s’inscrit dans une perspective à moyen terme, avec un horizon fixé à 2028.
« Nous voulons développer les analyses microbiologiques », a-t-il annoncé, soulignant la volonté du laboratoire d’élargir progressivement ses domaines d’expertise afin de répondre à l’évolution des besoins des opérateurs.
Cette orientation vise notamment à accompagner le renforcement des exigences en matière de sécurité sanitaire et à apporter de nouvelles solutions analytiques aux filières agricoles et agroalimentaires.
Au-delà de la microbiologie, le laboratoire entend également poursuivre le développement de nouvelles méthodes analytiques et renforcer ses compétences scientifiques et techniques afin de répondre plus rapidement aux attentes de ses partenaires et aux évolutions du secteur.
Une ambition africaine
Le LOARC affiche également des ambitions de développement à l’échelle du continent africain. Pour Nabil Chaouki, cette ouverture constitue l’un des axes stratégiques du laboratoire pour les prochaines années.
« Nous souhaitons nous concentrer sur le continent africain », a-t-il indiqué, rappelant que plusieurs initiatives de coopération ont déjà été engagées. Le laboratoire a notamment signé une convention avec l’Agence gabonaise de sécurité sanitaire afin de renforcer les échanges techniques et scientifiques.
« Nous voulons développer aujourd’hui le volet formation et le transfert de compétences », a également souligné le directeur du LOARC.
Ces partenariats visent à favoriser les échanges d’expertise, les activités de formation ainsi que le développement des capacités analytiques dans plusieurs pays africains. À travers cette dynamique, le laboratoire entend contribuer au renforcement des systèmes de contrôle et de sécurité sanitaire tout en affirmant son rôle d’acteur régional de l’expertise analytique.
Construire un dialogue durable avec les filières
Au terme des échanges, Nabil Chaouki a appelé à inscrire cette initiative dans la durée. Pour le directeur du LOARC, l’ouverture du laboratoire aux opérateurs et aux institutions répond à une nécessité : mieux comprendre les besoins des filières et anticiper les évolutions qui touchent les secteurs agricole et agroalimentaire.
« Cette journée portes ouvertes n’est pas une porte qui s’ouvre pour se refermer ensuite, mais le début d’un dialogue continu entre les équipes du laboratoire, les institutions et les professionnels », a-t-il déclaré.
À mesure que les exigences réglementaires se renforcent, que les normes évoluent et que les échanges commerciaux se complexifient, la maîtrise de l’information analytique devient un enjeu stratégique. La capacité à produire des données fiables, à interpréter les résultats et à accompagner les acteurs économiques constitue désormais un facteur de compétitivité, mais également un outil d’aide à la décision et de sécurisation des marchés.
Dans ce contexte, les laboratoires ne se limitent plus à une fonction de contrôle. Ils participent à la qualité des produits, à la défense des intérêts économiques, à l’accompagnement des filières et au renforcement des capacités scientifiques.
À travers les projets de développement annoncés, le renforcement des expertises, l’ouverture vers l’Afrique et l’élargissement des domaines d’intervention, le LOARC illustre ainsi l’évolution du rôle des laboratoires publics, désormais appelés à jouer une fonction croissante dans les politiques de qualité, de sécurité sanitaire et de compétitivité.
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