Le marché mondial du halal poursuit son expansion et s’impose comme un levier stratégique pour le commerce international. Fort de plus de 2 milliards de consommateurs et estimé à plus de 3 400 milliards de dollars, il enregistre une croissance annuelle supérieure à 8 % et s’étend bien au-delà de l’agroalimentaire pour englober les cosmétiques, les produits pharmaceutiques, le tourisme, la logistique ou encore les services financiers. Cette dynamique renforce les exigences en matière de certification, de traçabilité, de qualité et de confiance des consommateurs, faisant du label halal un véritable facteur de compétitivité pour les entreprises. C’est dans ce contexte que l’Institut Marocain de Normalisation (IMANOR) a organisé, le 2 juillet 2026 à Casablanca, la 8ème édition du Forum Halal Maroc (FOHAM), sous le thème « Label Halal Maroc : Construire et intégrer des chaînes de valeur durables ».
Placée sous la double tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce et du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, cette rencontre a réuni plus de 150 participants marocains et étrangers. Au programme figuraient des conférences, une table ronde et un atelier consacrés aux perspectives du marché halal mondial, aux conditions d’accès à ce marché, au développement de chaînes de valeur intégrées ainsi qu’aux normes et aux mécanismes de certification halal. Des organismes internationaux et des entreprises marocaines titulaires du Label Halal Maroc y ont également partagé leurs expériences et mis en lumière les opportunités offertes par cette certification.
Le halal redéfinit les chaînes de valeur
Le halal s’impose comme un véritable levier de compétitivité. Il repose sur des normes reconnues, des systèmes de certification fiables et une traçabilité renforcée tout au long de la chaîne de valeur. Selon M. Abderrahim Taibi, Directeur de l’IMANOR, les échanges commerciaux dans ce domaine se structurent de plus en plus autour de référentiels reconnus, de mécanismes fiables de certification et de systèmes performants de traçabilité tout au long de la chaîne de valeur.
De son côté, M. Mounif Kilani, CEO du Halal Food Council of Europe (HFCE), a souligné que le concept de halal a profondément évolué, « dépassant le seul cadre de l’abattage rituel pour couvrir l’ensemble des industries alimentaires ».
Une vision partagée avec M. Taibi, qui a expliqué que le halal ne se limite plus au produit fini, mais englobe l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la distribution finale, en passant par la transformation, l’emballage, le stockage, le transport et la traçabilité, afin de garantir l’intégrité halal à chaque étape. « L’intégrité halal doit être garantie à chaque étape de la chaîne, non seulement au moment de la production, mais aussi durant le transport, le stockage et la distribution », a confimé M. İhsan ÖVÜT, Secrétaire Général de l’Institut de Normalisation et de Métrologie des Pays Islamiques (SMIIC).
Adoptant une approche davantage orientée vers le développement commercial, M. Mounir Ferram, Directeur général de l’ASMEX, a souligné que le développement du marché halal ne peut plus se limiter à la certification des produits, mais doit intégrer une véritable stratégie marketing adaptée aux exigences des marchés internationaux. « Ce n’est pas le produit, c’est aussi la promotion », a-t-il affirmé, insistant sur l’importance de comprendre les attentes des consommateurs en matière de traçabilité, de packaging et de communication.

M. Ferram a rappelé que l’ASMEX, partenaire stratégique de l’IMANOR, dispose d’une commission dédiée au marché halal chargée d’identifier les opportunités, d’analyser les tendances et d’accompagner les entreprises dans leur développement à l’export. Il a également mis en garde contre une vision uniforme des marchés musulmans, estimant que « les marchés musulmans ne sont pas homogènes » et qu’ils présentent des spécificités qu’il est indispensable de prendre en compte. À cet égard, il a souligné le rôle de l’Académie de l’ASMEX dans la formation et l’accompagnement des entreprises face à l’évolution des réglementations internationales, tout en appelant à une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés afin de renforcer la compétitivité du Maroc sur le marché mondial du halal.
Le Label Halal Maroc gagne en reconnaissance mondiale
Le système Halal Maroc renforce sa crédibilité à l’international grâce à la reconnaissance de son label par plusieurs marchés de référence, dont la Malaisie, l’Arabie saoudite, Singapour, la Thaïlande et, plus récemment, l’Indonésie. « Cet accord garantit l’accès des produits marocains au marché indonésien et favorise la croissance des échanges commerciaux, conformément au potentiel des deux pays », a déclaré Mme. Regia Resuah, Chef des affaires politiques et économiques de l’ambassade de l’Indonésie au Maroc.

M. Mounir Sertany, Directeur régional de l’ONSSA de la région Casablanca-Settat, a souligné le fort potentiel de croissance du marché halal, appelant les opérateurs à renforcer leurs démarches de certification et d’organisation pour mieux se positionner à l’international. Il a insisté sur la nécessité de « développer le système halal national, consolider sa crédibilité et favoriser sa reconnaissance par les institutions étrangères concernées » afin de tirer pleinement parti des opportunités offertes par les marchés internationaux.
L’IMANOR renforce son rôle dans la normalisation halal en participant activement aux instances internationales, africaines et arabes. L’institut siège au Conseil d’administration du SMIIC, contribue aux travaux de plusieurs comités techniques, a initié la création du comité africain ARSO/TC 87 dédié aux produits et services halal, et participe également aux travaux du Comité technique arabe TC 10 chargé de l’élaboration des normes halal. « Cette implication traduit la volonté du Maroc de contribuer activement à l’harmonisation des référentiels halal aux niveaux international, africain et arabe », a expliqué Mme Naima Akouri, Chef de Département Certification à l’IMANOR .
Le label marocain bénéficie désormais de reconnaissances dans plusieurs pays, dont la Malaisie, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Thaïlande, Singapour et la Palestine. « À ce jour, plus de 300 entreprises et 1 700 produits sont certifiés halal, contribuant à renforcer la compétitivité des opérateurs marocains sur les marchés mondiaux », a cité M. Issam Alouz, Chef de Département Normalisation à l’IMANOR .
Défis et leviers de confiance
Le développement du marché halal offre d’importantes opportunités économiques, mais s’accompagne aussi de défis liés à l’harmonisation des normes, à la fiabilité de la certification et à la traçabilité. Il répond également à des exigences éthiques en matière de qualité, de transparence, de respect de l’environnement et du bien-être animal. Face aux risques de « halalwashing » (présenter un produit, un service ou une entreprise comme “halal”), les technologies comme la blockchain (outil technologique de traçabilité et de transparence), les QR codes et les applications mobiles s’imposent comme des outils clés pour renforcer la confiance des consommateurs et la crédibilité de la certification halal.
Face à ces défis, le développement du secteur halal au Maroc exige encore le renforcement du cadre réglementaire, la mise en place d’une infrastructure technique performante ainsi qu’une plus grande mobilisation du secteur privé à travers la sensibilisation, la formation, l’accompagnement et les mécanismes de soutien à la certification halal des entreprises. « Il repose sur une coopération étroite entre les administrations et autorités compétentes, les institutions de promotion et d’appui et les associations professionnelles », a plaidé M. Taibi.
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