Prospective et industries agroalimentaires : Enjeux et trajectoires

AKOUALA Clech. :Expert diagnostic technique et mise à niveau des entreprises (Certification ONUDI) ; Ingénieur et manager QHSE (INSA Hauts-de-France). Lomé le 12/10/2026.

Les changements climatiques, l’épuisement de certaines ressources animales et végétales, l’accroissement de la démographie mondiale, les crises géopolitiques, les changements des habitudes alimentaires, et les maladies non transmissibles sont autant de facteurs majeurs qui vont influencer les trajectoires et les visions stratégiques des industries agroalimentaires dans un futur proche et sur le long terme.

Les industries et les chaînes de valeur liées à l’agroalimentaire ne pourront plus se passer de procéder à des analyses prospectives pour pouvoir anticiper ou au mieux élaborer des feuilles de route pour atténuer les effets des crises mondiales et l’évolution des habitudes des consommateurs.

Des trajectoires futures liées à l’actualité

La crise récente liée au détroit d’Ormuz a entraîné une pénurie mondiale des engrais qui par ricochet a entraîné des hausses de prix des produits des filières animales (viandes, lait, œufs) qui sont dépendantes de l’approvisionnement en aliments pour bétail. Cette tendance peut pousser les acteurs des filières viande et produits carnés à s’organiser de telle sorte à maîtriser tous les maillons de la chaîne de valeur depuis la production de la provende pour les animaux jusqu’à la découpe ou la transformation des viandes. Une autre trajectoire pourra consister à ce que les multinationales des engrais et les grands consommateurs de provende commencent à soutenir la recherche et le développement des engrais verts et organiques.

Face à l’épuisement des ressources halieutiques, les États devraient imposer des quotas de pêche aux industriels. Ces restrictions pourraient pousser les investisseurs à se tourner vers une aquaculture plus écologique, d’autant que les ONG, les associations de consommateurs et les défenseurs de l’environnement influencent de plus en plus les normes environnementales et les politiques publiques.

Face à la pression croissante sur les ressources et les réserves en eau, cette ressource pourrait devenir de plus en plus stratégique, entraînant une hausse des prix dans certaines régions du monde. Les États pourraient aussi intervenir plus directement dans l’encadrement des forages et des captages, notamment en fixant des quotas de prélèvement exprimés en mètres cubes. Cette évolution pourrait enfin s’accompagner d’une multiplication des démarches de certification, à l’image de l’ISO 46001, « Systèmes de management de l’utilisation efficiente de l’eau, Exigences et recommandations d’utilisation ». Les entreprises pourraient ainsi faire reconnaître leur engagement en faveur d’une gestion plus efficiente de l’eau et de sa préservation.

L’accroissement des maladies non transmissibles comme le diabète, les cancers, les maladies cardiovasculaires va pousser la filière agroalimentaire à procéder à la réingénierie de ses procédés de fabrication et de conservation pour pouvoir proposer des produits moins salés, moins gras, avec moins d’ingrédients potentiellement cancérigènes. On pourrait tabler sur une modification des teneurs minimales des additifs alimentaires et des révisions du codex Alimentarius. Dans cette lancée, il est fort probablement que le segment des produits Bio continue de se développer autour du monde et que les certifications bio soient encore à la mode dans les décennies à venir malgré une baisse des initiatives vers le bio par les agriculteurs ces cinq dernières années. Les compagnies de catering et les autres acteurs de la restauration hors foyer vont rivaliser pour proposer des repas sains et équilibrés nutritionnellement à une clientèle qui est très réceptive par rapport aux problèmes de santé ; et on pourrait assister à la multiplication de nutriscores développés selon les intérêts des différents groupes d’intérêt de la chaîne alimentaire (consommateurs, universitaires, laboratoires, industriels, agences d’Etat, etc.).

La protection de l’environnement : l’incontournable pour les stratégies futures

Pour le greenwashing et la responsabilité sociétale des entreprises, il sera de plus en plus difficile de cacher ou de dissimuler les pratiques négatives vis-à-vis de l’environnement à cause des réseaux sociaux qui permettent au citoyen lambda de poster des informations sur n’importe quel sujet sans souvent passer par la censure ; et ensuite, la multiplication des initiatives pour la publication des données extra-financières ESG (Environnement Social Gouvernance). Les entreprises devront ainsi tant bien que mal s’assurer d’un respect minimal de l’environnement et réduire les pratiques énergivores (management de l’énergie) dans leur fonctionnement.

En ce qui concerne les emballages pour le conditionnement des produits alimentaires, la tendance ira vers un développement d’emballages et de contenants de plus en plus écologiques idéalement imbriqués dans une économie circulaire avec une préférence pour le recyclage, la réutilisation et la biodégradabilité. Les concepteurs d’emballage vont certainement proposer des emballages sans perturbateurs endocriniens pour pouvoir résorber cette problématique de santé publique qui a pris de l’ampleur ces dernières années.

Pour réduire l’empreinte carbone et lutter contre le changement climatique, les industriels agroalimentaires sont de plus en plus sollicités à privilégier les matières premières et les produits locaux. Cette tendance pourrait favoriser le développement de cultures locales, comme le riz en Afrique subsaharienne, ainsi que des filières laitières nationales, afin de réduire la dépendance aux importations.

Il est aussi clair que le poids de la digitalisation, de l’intelligence artificielle, des objets connectés, de l’automatisation et de la robotisation ne va cesser de croître pour améliorer les performances des différents processus de l’entreprise comme dans l’optimisation du tri des matières premières, la conduite des procédés, les économies d’énergie et de chaleur, la gestion de l’eau, l’optimisation des flux logistiques et la gestion de l’expérience client.

La transition alimentaire et les systèmes alimentaires durables : les déterminants du futur de l’agroalimentaire

Plusieurs trajectoires et scenarii futurs nous conduisent vers des concepts et des recommandations défendus par les concepts de transition alimentaire et de système alimentaire durable. 

Comme les transitions écologique, énergétique, numérique ; la transition alimentaire apparait comme un mode de fonctionnement disruptif avec nos habitudes actuelles dans les domaines de l’alimentation et de l’agroalimentaire. La transition alimentaire désigne le processus par lequel une société modifie sa manière de produire et de consommer des aliments. La transition alimentaire est censée prendre en compte plusieurs aspects comme (i) les aspects environnementaux tels que la réduction de l’empreinte carbone, la préservation des écosystèmes, la lutte contre le gaspillage alimentaire ; (ii) des aspects nutritionnels et de santé comme la réduction significative de la consommation des aliments ultra-transformés, la lutte contre des maladies liées à la mauvaise alimentation ; (iii) des aspects agricoles et de production comme l’agroécologie et l’agriculture biologique, le bien-être animal, etc.

Les systèmes alimentaires durables quant à eux sont censés permettre de nourrir la population mondiale pour les décennies à venir tout en répondant aux besoins alimentaires actuels sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs en redonnant la priorité aux valeurs économiques, sociales, culturelles, nutritionnelles et/ou écologiques dans les décisions qui sont prises sur les processus de production, commercialisation et consommation des aliments.

Pour continuer à nourrir la population mondiale, les industries agroalimentaires et leurs chaînes de valeur devront engager une mutation profonde pour mieux correspondre aux enjeux et aux défis mondiaux représentés par les ODD des Nations Unies. La nouvelle norme ISO/UNDP 53001 (Systèmes de management des objectifs de développement durable selon les Nations Unies – Exigences) édité en Septembre 2026 deviendra une référence pour les entreprises qui souhaiteront démontrer leur engagement pour les ODD qui leur seront pertinents.

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