SIA Paris 2026 : les coopératives marocaines dévoilent les coulisses d’une agriculture en transformation

Au pavillon marocain du Salon international de l’Agriculture de Paris, les produits exposés racontent bien plus qu’une simple diversité gastronomique. Derrière chaque huile, chaque plante ou chaque céréale se dessinent des trajectoires collectives marquées par la préservation des patrimoines agricoles, la structuration progressive des organisations rurales et une ouverture croissante vers les marchés internationaux.

Du 21 février au 1er mars 2026, cette réalité s’incarne à travers 46 coopératives réunissant plus de 740 petits agriculteurs, majoritairement des femmes rurales, venus de l’ensemble des régions du Royaume.

Préserver d’abord : sauver les semences et les savoir-faire

Dans plusieurs régions, la dynamique coopérative s’est construite autour d’un enjeu prioritaire : empêcher la disparition de variétés locales menacées par l’évolution des systèmes alimentaires.

Dans la région Fès-Meknès, Souhad Azennoud, présidente de la coopérative oléicole Ariaf Kissane, explique que son organisation ne se limite pas à la production d’huile d’olive. Elle s’emploie également à sauvegarder des cultures traditionnelles, notamment des légumineuses et céréales anciennes. Elle cite le pois chiche noir, particulièrement riche en protéines et en zinc, ainsi que le petit épeautre, aujourd’hui réintroduit dans l’alimentation locale sous différentes formes.

« Notre démarche porte sur la valorisation de l’huile d’olive de la région, mais aussi sur la sauvegarde et la multiplication des semences ancestrales », a déclaré Souhad Azennoud.

Cette même préoccupation anime la coopérative Biosalim à Chefchaouen. Sa présidente, Ihssan Hamoudah, a mené un travail de collecte auprès des populations rurales afin de reconstituer un patrimoine semencier presque disparu. La coopérative conserve aujourd’hui des variétés historiques, dont un haricot vieux de plusieurs siècles, des lentilles locales et le niébé rouge « Foul Gnawa ».

« J’ai collecté ces semences dans les zones rurales auprès des femmes et des anciens. Les quantités restantes étaient très faibles. Nous avons donc relancé leur culture », a expliqué Ihssan Hamoudah.

Des ressources locales transformées en leviers économiques

Dans d’autres territoires, l’enjeu se situe davantage dans la valorisation économique des productions locales.

Dans la province de Safi, Aissa Bardal, président de la coopérative Al Azhar, met en avant le rôle central du câprier dans l’économie rurale. Cette culture, particulièrement adaptée aux conditions climatiques difficiles, constitue une source essentielle de revenus pour les agriculteurs de la région.

« Le câprier est une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles, surtout face à la sécheresse », a souligné Aissa Bardal.

Plus au sud, dans la vallée du Drâa, Mohammed Amine Arahhal, responsable de production de la coopérative Rose, souligne que la transformation joue un rôle déterminant dans la valorisation des ressources locales. La coopérative développe notamment des produits issus de la rose naturelle, une variété non traitée transmise de génération en génération.

« Cette rose est une variété que nos ancêtres nous ont laissée et que nous préservons pour qu’elle ne disparaisse pas », a indiqué Mohammed Amine Arahhal.

Dans les plantes aromatiques et médicinales, Khadija Khajjou, présidente de la coopérative Assafae à Fès-Meknès, insiste sur la montée en valeur ajoutée permise par la transformation en huiles essentielles, tisanes et extraits naturels.

« Nous travaillons sur la valorisation des plantes à travers les huiles essentielles, les herbes séchées et les tisanes », a précisé Khadija Khajjou.

La structuration comme passage obligé vers les marchés

L’accès aux marchés internationaux repose largement sur la capacité des coopératives à répondre aux exigences réglementaires et sanitaires.

Dans la filière des fruits séchés, El Habib Afraoui, président de la coopérative Afraou Atlas Saghir spécialisée dans les figues, rappelle que l’obtention de l’agrément sanitaire de l’ONSSA a profondément changé les perspectives de la structure. Cette certification a permis d’accéder aux salons internationaux et aux circuits modernes de commercialisation.

« Nous étions auparavant exclus des salons internationaux parce que nous n’avions pas le certificat de l’ONSSA. Aujourd’hui, il nous ouvre de grandes opportunités », a affirmé El Habib Afraoui.

Dans la filière du safran, Abdellah Idali, président de la coopérative Ounzine à Taliouine, souligne que la certification biologique constitue désormais un levier stratégique pour faciliter l’exportation vers les marchés européens.

« Nous travaillons actuellement à l’obtention de la certification biologique afin de faciliter l’exportation et trouver de nouveaux partenaires », a expliqué Abdellah Idali.

Des stratégies commerciales en construction

Sur le terrain, les coopératives mettent en œuvre des stratégies concrètes pour développer leurs débouchés.

Dans la région Tétouan-Al Hoceima, Ibrahym El-Arrassi, membre de la coopérative Chorafa Tamia spécialisée dans l’huile d’olive, insiste sur l’importance des partenariats commerciaux afin de faire connaître le produit marocain et assurer sa distribution.

« Nous établissons des partenariats afin de promouvoir le produit marocain et assurer sa commercialisation », a indiqué Ibrahym El-Arrassi.

À Marrakech-Safi, Smail Ouahmane, représentant de la coopérative Khayrate Zemrane, observe un intérêt marqué des visiteurs pour l’huile d’olive marocaine, qu’il considère comme un signal encourageant pour le développement des exportations.

« Dès le premier jour, il y a eu un grand engouement pour les produits marocains en général, et pour l’huile d’olive en particulier », a déclaré Smail Ouahmane.

Dans la filière céréalière, Khadija Belhaja, présidente de la coopérative Ismailia dans la région Casablanca-Settat, voit dans le salon un espace d’apprentissage et de mise en réseau permettant d’identifier de nouvelles opportunités commerciales.

« Nous allons tirer profit des expériences des autres participants et rechercher des marchés pour nos produits à l’international », a expliqué Khadija Belhaja.

L’international comme horizon partagé

Pour de nombreuses coopératives, la participation au SIA constitue une première expérience à l’étranger et une étape importante dans leur trajectoire.

Dans la région Laâyoune-Sakia El Hamra, Ghizlane El Aissaoui, présidente de la coopérative Wifaq Laayoune spécialisée dans le couscous, souligne que certains produits sont déjà exportés vers plusieurs pays, illustrant l’évolution progressive des coopératives vers les marchés internationaux.

« Nous exportons déjà ce produit dans plusieurs pays, ce qui reflète les efforts que nous avons fournis », a indiqué Ghizlane El Aissaoui.

https://youtu.be/r62snq6my8E?si=GfN__BKLsTK6iJOa

Dans la filière des dattes, Mohamed Agamen, président de la coopérative Toumour Wahat Drâa, met en avant la richesse variétale du Maroc, qui compte plus de 500 variétés susceptibles de trouver des débouchés à l’export.  Le Maroc dispose d’une richesse exceptionnelle en matière de dattes, avec plus de 500 variétés », a déclaré Mohamed Agamen.

Un pavillon qui séduit aussi par l’expérience sensorielle

Au-delà des enjeux économiques et agricoles, le pavillon marocain s’impose également comme un espace d’expérience pour les visiteurs, où la dimension sensorielle joue un rôle central. Entre dégustations, parfums d’épices et rituels du thé, l’immersion dans l’univers des terroirs marocains marque les esprits.

Plusieurs visiteurs évoquent ainsi une découverte à la fois gustative et culturelle. Une visiteuse française venue parcourir les stands internationaux souligne avoir été particulièrement marquée par l’atmosphère du pavillon marocain, décrivant un espace « très chaleureux et convivial », où les senteurs et les dégustations donnent « presque l’impression d’être au Maroc». Elle évoque notamment la dégustation du thé comme un moment « très plaisant et apaisant ».

Pour Claudine, venue spécifiquement au salon pour acheter de l’huile d’olive, l’attrait du pavillon tient autant à la qualité des produits qu’à leur présentation. Elle souligne que les stands sont « très bien agencés » et que l’huile marocaine qu’elle a dégustée lui a laissé une forte impression, au point d’en rapporter plusieurs bouteilles.

Un autre visiteur, issu du milieu agricole, explique avoir été attiré par la dimension patrimoniale des produits exposés. Après avoir découvert l’huile marocaine, dont il souligne le goût « subtil et légèrement amer », il établit un parallèle avec les initiatives de préservation des variétés anciennes menées dans sa propre famille, estimant que cette dimension explique l’intérêt particulier suscité par le pavillon.

Tous relèvent enfin la dimension visuelle du stand, décrit comme animé, coloré et particulièrement soigné, contribuant à créer une ambiance distinctive au sein du salon.

Du patrimoine rural à l’économie globale

À travers ces parcours, un schéma commun se dessine : la préservation des ressources agricoles locales, leur transformation en produits à valeur ajoutée, la structuration des coopératives et leur insertion progressive dans les circuits internationaux.

Au pavillon marocain du Salon international de l’Agriculture de Paris, ces trajectoires individuelles composent ainsi un récit collectif : celui d’une agriculture qui, tout en restant profondément ancrée dans ses territoires, s’inscrit désormais pleinement dans les dynamiques économiques mondiales.

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