
Figurant parmi les premiers pays à déclarer l’état d’urgence sanitaire, le Maroc pourrait subir, au niveau de différents secteurs, des conséquences importantes dues à la crise du Coronavirus. Jusqu’à présent, les principales filières touchées sont le tourisme, l’automobile et le textile. À son tour, l’industrie agroalimentaire, représentant 25% du PIB industriel du pays, pourrait risquer un blocage, en termes d’approvisionnement en matières premières. Également fortement dépendante de l’économie européenne, l’activité économique du Royaume sera inévitablement impactée par le repli de la croissance européenne. Dans ce contexte, la Délégation de l’Union Européenne au Maroc a publié, le 26 mars, une note sur les impacts économiques du Covid-19 au Maroc, dont nous vous proposons de découvrir une synthèse.
Selon la Délégation de l’Union Européenne au Maroc, la réunion trimestrielle du conseil d’administration de la Banque centrale marocaine, tenue le 17 mars, a revu à la baisse ses prévisions de croissance nationale pour l’année 2020, de 3,8% à 2,3% compte tenu de l’effet conjugué de la mauvaise récolte céréalière et de la propagation au niveau mondial de la pandémie. « Les conditions actuelles suggèrent que nous nous acheminons vers la plus faible croissance des 20 dernières années », a déclaré le Haut-Commissaire au Plan. Côté consommation et investissement, il est attendu un gel des activités des entreprises, la hausse du taux de chômage, une baisse de la consommation des ménages (hors produits de première nécessité) et de l’investissement.
De surcroît, un ralentissement des exportations reste probable, vu la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’allongement des délais de traitement des dossiers et la baisse de la demande étrangère. En parallèle, le pays est contraint d’importer massivement des produits de première nécessité comme le blé ou le maïs. À ce titre, le Royaume vient de suspendre les droits d’importation sur le blé dur et certaines légumineuses, via les décrets n°2.20.296, n° 2.20.297, n° 2.20.298, n° 2.20.299 et n° 2.20.300, relatives respectivement au blé dur, lentille, pois chiche, fève et haricot blanc et ce, jusqu’au 15 juin prochain. Globalement, l’impact du Covid-19 sur le commerce varie par secteur. Alors que certains secteurs exportateurs, tels que le textile et l’automobile, pâtissent des conséquences de la crise, d’autres, notamment le secteur des fruits et légumes, en bénéficient.
Tourisme : 1er secteur touché par la crise
La Confédération Nationale du Tourisme (CNT) a évalué l’impact de la crise Covid-19 à 34,1 Md de dirhams de perte de chiffre d’affaires touristiques en 2020, et de 14 Md de dirhams de perte de chiffre d’affaires pour l’hôtellerie. La chute des arrivées de touristes (près de 6 millions de touristes, soit -98%) occasionnera une perte totale de 11,6 millions de nuitées. De plus, pas moins de 500.000 emplois et 8.500 entreprises seraient menacés. De son côté, la banque CFG a estimé les effets d’une baisse des arrivées touristiques à 39% en 2020, soit 5 millions de touristes en moins, et des nuitées à -30% par rapport à l’année 2019.
Le transport aérien souffre des mesures de précaution appliquées et de la baisse de la demande. D’après l’Association internationale du transport aérien (IATA), la pandémie pourrait entraîner au Maroc des pertes de l’ordre de 4,9 millions de passagers et un manque à gagner de 728 M USD. Les perturbations de trafic aérien pourraient en outre faire courir des risques à plus de 225.000 emplois.

Le secteur agroalimentaire au cœur de la pandémie
Pour la Délégation de l’Union Européenne au Maroc, il est évident que, pour le secteur agroalimentaire, l’effet du Coronavirus pourrait se manifester, d’une part, sur le plan de l’approvisionnement en matières premières et intrants, de moins en moins disponibles, et, d’autre part, dans la baisse de la demande étrangère. D’un côté, les 2.000 unités agro-industrielles présentes au Maroc pourraient en effet être amenées à un problème d’approvisionnement en ingrédients et additifs, pour la plupart importés. D’autre part, les chaînes de production des usines marocaines risquent d’être perturbées en raison de la baisse des stocks de sécurité, naturellement peu élevés, de certains produits semi-finis, tels que le concentré de fruits, base de la production des jus industriels et importé principalement de l’Union Européenne.
Parallèlement, et selon la Fédération des industries de la pêche (FENIP), certains opérateurs relèvent une perturbation des chaînes logistiques et d’approvisionnement de matières premières, notamment les boîtes métalliques pour la conserve alimentaire. Pour la pêche, l’impact est, à ce stade, minime en raison de la période de repos biologique pour la pêche artisanale. La situation pourrait être néanmoins plus délicate à partir du 1er avril.
Côté agriculture, l’annulation du Salon de l’Agriculture (SIAM) devrait coûter au segment des coopératives et des groupes économiques plus de 12 MDH de biens avec un risque de perte de chiffre d’affaires compris entre 60% et 80%. Et puisque plusieurs petits agriculteurs profitent des promotions durant le salon pour acquérir des machines et des équipements, le pôle machinerie pourrait perdre entre 30% et 50% de son chiffre d’affaires.
Par ailleurs, l’association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL) a déclaré que les exportations de fruits et légumes vers l’Union Européenne sont actuellement en augmentation, en raison du ralentissement de la production espagnole, portugaise et italienne. Les prix sont également en hausse comparativement aux conditions normales de marché. Cette hausse de la demande concerne une gamme importante de produits, dont la tomate, la courgette, le poivron et l’aubergine, dans la catégorie légumes, et l’orange et la mandarine dans la catégorie des fruits. Alors que l’APEFEL rassure sur la continuité des flux logistiques, certains producteurs font état de perturbations de la chaîne, car l’essentiel de l’export vers l’Europe se fait par camion.
Mesures mises en place pour surmonter la crise
La décision de déclarer l’état d’urgence sanitaire, à un stage précoce de la propagation de la pandémie, s’explique par le fait que le Maroc a tiré des leçons des expériences des pays voisins et de ses capacités limitées en termes d’infrastructures. Selon les données de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), dépendant du Ministère des Finances, couplées avec celles élaborées par Goldman Sachs, le Maroc se situe au 4ème rang mondial en termes de ressources mobilisées pour la lutte contre le Covid-19 en pourcentage du PIB. Le pays a en effet mobilisé près de 2,7% de son PIB et n’est devancé que par 3 pays sur le podium mondial : la Suède (6% du PIB), le Chili (4,7% du PIB) et la Nouvelle-Zélande (4% du PIB).
Afin de surmonter la crise en cours, ainsi que ses conséquences sur le long terme, le Maroc continue de mettre en place un nombre de mesures, sur différents niveaux, notamment le volet financier, économique, social et fiscal.
Côté financier, le pays a créé un fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Coronavirus. Doté d’une enveloppe initiale de 10 Md de dirhams à partir du Budget général et alimenté par des dons privés et d’entreprises, le Fonds vise à tempérer les conséquences économiques et sociales résultant des mesures préventives et à réhabiliter et mobiliser le système de santé. Au 28 mars, le Fonds comptait plus de 32 Md de dirhams de contributions apportées.
Sur le plan économique, un Comité de Veille Économique (CVE) a été créé. Ayant pris plusieurs décisions, dont la suspension des charges sociales des entreprises jusqu’au mois de juin prochain, le CVE a mis en place un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et de leasing jusqu’au 30 juin prochain, avec la possibilité de report des crédits bancaires pour les TPE, PME et activités professionnelles en difficulté. Parmi les autres décisions du Comité, la suspension du paiement des charges sociales (CNSS) pour les entreprises, du 1er mars à juin 2020.
Pour le volet social, les salariés relevant des employeurs en difficulté, en arrêt d’activité, affiliés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), bénéficieront d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 dirhams nets, en plus du bénéfice des prestations relatives à l’assurance maladie obligatoire et aux allocations familiales, pendant la période allant du 15 mars au 30 juin prochain. Ces salariés pourront également bénéficier du report de remboursement des échéances des crédits bancaires, à savoir le crédit à la consommation et le crédit acquéreur. Le Comité a, en outre, décidé d’activer un dispositif de paiement mobile pour transférer les aides aux travailleurs opérant dans l’informel.
Enfin, au niveau fiscal, les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel de l’année 2019 est inférieur à 20 MDH peuvent, si elles le souhaitent, bénéficier d’un report de dépôt des déclarations fiscales jusqu’à fin juin prochain, avec une suspension des contrôles fiscaux et des avis à tiers détenteur (ATD).

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