Erfoud, SIDATTES 2026 : l’ADA place l’investissement au cœur de l’avenir des oasis

L’investissement dans la filière des dattes ne s’arrête pas aux palmeraies. Il s’étend aussi à la gestion économe de l’eau, la valorisation des résidus du palmier, le financement des exploitations, la structuration des coopératives et l’accès aux marchés. Ces enjeux ont été au cœur du Forum de l’investissement organisé par l’Agence pour le développement agricole (ADA), le 29 octobre à Erfoud, en marge de la 15ème édition du SIDATTES.

En partenariat avec le Groupe Crédit Agricole du Maroc, l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) et l’Association du Salon international des dattes au Maroc (ASIDMA), l’ADA a réuni chercheurs, institutions, investisseurs et professionnels autour d’un objectif commun : faire des défis des oasis, des leviers de développement durable.

« L’investissement responsable, l’innovation et l’entrepreneuriat sont essentiels pour créer de la valeur ajoutée et des emplois, améliorer les revenus des populations, préserver les ressources naturelles et renforcer la résilience des oasis face aux changements climatiques et à la rareté de l’eau », a déclaré Saïda Ouarzane, Directrice de Agrégation et du Partenariat à Agence pour le Développement Agricole (ADA) en ouvrant le Forum de l’investissement.

Cette ambition suppose une approche intégrée de la filière phoenicicole : économiser l’eau, valoriser les résidus du palmier, financer les exploitations, renforcer les capacités de stockage et faciliter l’accès des producteurs aux marchés. Autant de leviers pour inscrire durablement le développement de la filière dans les réalités des territoires oasiens.

L’eau et la résilience au cœur de l’investissement

Dans les oasis, l’investissement est d’abord lié à la disponibilité et à la gestion de l’eau. Latifa Barakat, de la Direction de l’irrigation au ministère de l’agriculture, a rappelé que les changements climatiques, les inondations et la rareté des ressources hydriques fragilisent les infrastructures et la continuité de l’activité agricole. « Il ne s’agit pas seulement de mobiliser de l’eau, mais aussi d’en améliorer la gestion, de pérenniser les investissements et de préserver l’activité agricole dans les oasis », a-t-elle expliqué.

Parmi les pistes présentées figurent la réhabilitation des seguias et des khettaras, l’équipement de bassins en énergie solaire et l’amélioration du transport de l’eau. Une étude nationale a d’ailleurs permis de recenser les khettaras, d’établir un diagnostic et de constituer une base de données géographique pour guider leur réhabilitation.

Pour l’ANDZOA, la protection du capital naturel est une condition préalable au développement économique. Abdelaziz Noukout, chef du service des projets environnementaux de l’Agence, a souligné que les oasis doivent être protégées contre l’avancée des sables et les incendies. Les aménagements réalisés avec différents partenaires comprennent notamment des pistes et des points d’eau destinés à faciliter l’intervention de la Protection civile.

L’Agence mène aussi des études sur la fertilité des sols, la répartition des oasis et le suivi des ressources en eau. Ces données doivent aider les investisseurs à mieux connaître les territoires et à orienter leurs décisions.

La recherche, du patrimoine génétique aux solutions de terrain

La résilience de la filière dépend également de la préservation de sa diversité génétique. Adil Sarioui, directeur du Centre régional de la recherche agronomique d’Errachidia, a rappelé qu’une part importante des palmiers des oasis traditionnelles appartient à des populations locales dites « khalt », dont les caractéristiques varient d’un arbre à l’autre. Leur intérêt ne se limite pas à la qualité commerciale des fruits : leur patrimoine génétique peut contenir des caractères utiles face aux maladies et aux changements climatiques.

La recherche menée par l’INRA porte notamment sur la résistance au bayoud, maladie qui a décimé les palmeraies et fragilisé certaines variétés. La variété Najda, repérée pour la qualité de ses fruits et sa résistance, a été multipliée par culture in vitro avant d’être diffusée auprès des agriculteurs. « La clé est la diversité génétique », a résumé M. Sarioui, qui a également insisté sur les travaux visant à améliorer l’irrigation et à valoriser les résidus du palmier.

Cette valorisation constitue un autre champ d’innovation. Rachid Bouamri, enseignant-chercheur à l’École nationale d’agriculture de Meknès, a estimé à environ 90 000 tonnes le volume annuel de résidus végétaux produits dans les oasis. Une ressource encore trop souvent considérée comme un déchet, alors qu’elle peut être transformée en compost, en biochar, en aliments pour le bétail ou en bois de chauffage.

Le chercheur a toutefois rappelé que la création d’unités de valorisation dépend de plusieurs conditions : l’organisation de la collecte, la maîtrise des procédés, la sécurité sanitaire des produits et l’existence de débouchés. Un projet de complexe soutenu dans le cadre de l’agriculture solidaire prévoit plusieurs de ces activités, avec l’ambition d’associer coopératives de services et investisseurs.

Des coopératives à accompagner jusqu’au marché

L’innovation ne se limite pas aux technologies agricoles. Elle concerne aussi l’organisation des producteurs, la commercialisation et l’accès aux clients.

Mohamed Saïhi, chef du service de l’agrégation à l’ADA, a présenté l’agrégation comme un moyen de relier les petits producteurs aux opérateurs économiques par des contrats précisant les engagements de chacun. Le dispositif peut faciliter l’accès à l’encadrement technique, aux intrants et au financement, tout en aidant les agrégateurs à disposer d’une offre plus régulière et mieux adaptée aux exigences des marchés.

Il a également évoqué le « partenariat productif », un modèle associant acheteurs, groupes de producteurs et accompagnement public. Selon les résultats présentés, un projet pilote conduit entre 2022 et 2025 a permis d’accroître de plus de 77 % le chiffre d’affaires des producteurs participants.

À l’échelle régionale, Mustapha Abdellaoui, chef de la division du développement des filières de production à la Direction régionale de l’agriculture de Drâa-Tafilalet, a mis en avant la concertation avec les agriculteurs pour choisir les variétés de palmiers à multiplier. Il a aussi souligné les besoins de la région en stockage et en valorisation, ainsi que les efforts de nettoyage des palmiers, une activité qui mobilise notamment des coopératives de services.

Pour Mohamed Laghzail, directeur régional de l’Office national du conseil agricole, l’accompagnement doit également s’adapter aux contraintes des agriculteurs. Des formations à distance, enregistrées puis partagées sur les réseaux sociaux, complètent les formations pratiques sur le terrain. Cette formule vise à rendre les connaissances accessibles aux agriculteurs et agricultrices qui ne peuvent pas toujours se déplacer.

L’ONCA accompagne aussi les coopératives dans leur présence numérique et leur relation avec les clients. Certaines ont commencé à utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir leurs produits et atteindre de nouveaux acheteurs. M. Laghzail a cependant rappelé que les moyens humains disponibles dans la région restent limités.

Financement et entrepreneuriat rural

Le financement des projets oasiens a été abordé par Ilyas Kelli, directeur adjoint de la Caisse régionale d’Erfoud du Groupe Crédit Agricole du Maroc. Il a indiqué que les offres de la banque couvrent différents maillons, de la production à la commercialisation, et peuvent financer le renouvellement des exploitations ou la modernisation des techniques agricoles. Il a également insisté sur l’importance de l’accompagnement technique, notamment dans un contexte où la gestion de l’eau constitue un enjeu majeur.

À l’ADA, Elias Rbiaï, chef du service du développement de l’offre de projets, a détaillé le dispositif d’accompagnement des jeunes entrepreneurs ruraux. Celui-ci couvre l’identification des idées, la préparation des projets, la formation, le conseil en gestion et le suivi après le lancement. La démarche consiste aussi à orienter les jeunes vers différents maillons de la filière : production, services, conditionnement, transformation ou activités numériques.

Pour M. Rbiaï, la pérennité des entreprises dépend de la mise en place d’un écosystème régional associant institutions publiques, coopératives, incubateurs, organismes de financement et structures d’accompagnement. « Il est essentiel de relier le financement à l’accompagnement et l’innovation aux besoins réels de la filière », a-t-il souligné.

Les investisseurs alertent sur la main-d’œuvre et le stockage

Le point de vue des investisseurs a été porté par Mohamed Rachid Hamidi, président de l’Association des investisseurs dans la production de dattes à Errachidia. Il a salué les efforts publics, tout en appelant à prolonger les échanges par des recommandations applicables. Selon lui, les difficultés apparaissent souvent lorsque les plantations entrent en production : la commercialisation, la main-d’œuvre et le stockage deviennent alors déterminants pour la viabilité des investissements.

M. Hamidi a notamment fait état d’une pénurie de travailleurs capables d’effectuer certaines opérations dans les palmeraies et proposé d’examiner des solutions telles que des entreprises spécialisées ou des partenariats avec l’État. Il a aussi insisté sur l’écart entre les capacités de stockage et les volumes produits. Selon les chiffres évoqués au Forum, les unités existantes ne couvriraient qu’environ 12 % de la production. Il a plaidé pour des équipements répondant à des normes techniques rigoureuses et pour des capacités de froid plus importantes.

Un témoignage d’exploitant a enfin illustré le rôle des pratiques culturales dans la qualité de la production. L’intervenant a décrit le recours à la pollinisation par poudrage, répétée selon le calendrier d’ouverture des spathes, ainsi que l’éclaircissage des régimes pour maîtriser le nombre de bouquets et de fruits et améliorer leur calibre.

Au fil des échanges, un même enjeu s’est dessiné : convertir les ressources, les savoir-faire et les résultats de la recherche en activités économiques durables. Cela suppose de mieux articuler les dispositifs publics et les investissements privés, mais aussi de consolider les débouchés, les capacités de stockage et l’accompagnement des coopératives et des jeunes entrepreneurs.

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