À Dakhla, la deuxième édition de SeaFood4Africa, qui s’est tenue du 4 au 6 février 2026 à Dakhla, s’est structurée autour d’un format hybride assumé : d’un côté, un forum de réflexion rythmé par des conférences et des panels thématiques réunissant décideurs publics, experts techniques et opérateurs privés ; de l’autre, un salon professionnel donnant à voir, de manière très concrète, l’ensemble des maillons de la filière halieutique, de l’amont à l’aval. Cette double approche a permis de croiser les visions stratégiques avec les réalités industrielles et économiques du terrain.
Sur le volet forum, les débats ont porté sur les trajectoires futures du secteur en Afrique : durabilité des ressources, montée en valeur ajoutée locale, aquaculture, innovation technologique et intégration régionale. En parallèle, l’espace d’exposition a rassemblé des acteurs aux profils variés, pêche, transformation, export, aquaculture, équipements et logistique, illustrant la diversité et la complémentarité des modèles qui structurent aujourd’hui l’écosystème halieutique.
C’est dans ce cadre que le Complexe de Pêche du Littoral (COPELIT) est intervenu pour rappeler le rôle central des groupes nationaux intégrés. Créé en 1986, le groupe 100 % marocain, fort de plus de 40 ans d’expertise et de plus de 2 250 collaborateurs, opère sur l’ensemble de la chaîne de valeur des produits de la mer : pêche maritime, conserverie, congélation, production de farine et d’huile de poisson, négoce et logistique. Implanté à Dakhla, Laâyoune, Agadir, Tan-Tan et Berrechid, COPELIT s’appuie notamment sur une flotte de six chalutiers RSW basés au port de Dakhla et quatorze bateaux de pêche côtière, opérant dans le strict respect des quotas. Présenté par Nisrine Kabli, le groupe a inscrit sa participation à SeaFood4Africa dans une logique de consolidation des relations avec ses clients et fournisseurs, saluant « un événement à la hauteur des attentes », tant sur le fond que sur la qualité de l’organisation.
À l’interface entre innovation et durabilité, VIRIDE a illustré, sur l’espace salon comme dans les échanges techniques, l’émergence de solutions alternatives à forte valeur environnementale. La société allemande, spécialisée dans la culture industrielle de microalgues en zones désertiques littorales, a mis en avant le potentiel africain pour le développement de cette filière. Son cofondateur et CEO, Stefan Schmid, a souligné que la concentration d’experts, d’administrations et d’investisseurs à SeaFood4Africa a permis « d’ouvrir des perspectives concrètes » à Dakhla, mais aussi au Maroc, au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. La présentation des algues marines, reconnues pour leurs qualités nutritionnelles et leur impact positif sur la qualité du poisson, a suscité un intérêt marqué auprès des visiteurs professionnels.
Les opérateurs locaux ont, quant à eux, mis en avant la dimension territoriale du salon. RHZ Sahara, entreprise marocaine de transformation et d’export basée à Dakhla, a présenté SeaFood4Africa comme un levier de visibilité pour les industriels implantés dans les provinces du Sud. Sa directrice, Khadija Amaanaoui, a insisté sur « l’opportunité stratégique de nouer de nouvelles relations commerciales à l’échelle africaine et internationale », tout en valorisant la diversité de l’offre locale. Concernant la décision relative à l’exportation de la sardine, elle a précisé que l’entreprise, active sur plusieurs espèces, n’est pas directement impactée et y voit une opportunité à moyen terme pour la filière.
Sur le segment de l’aquaculture offshore, Badinotti a apporté une lecture industrielle et technologique des enjeux. Fondé en 1910 en Italie, le groupe, aujourd’hui référence mondiale dans les filets de pêche et les cages d’aquaculture, se positionne comme intégrateur de projets clés en main, de l’installation en mer à la mise sur le marché du poisson. Présenté par Samir Gazbar, Executive Business Developer MENA, Badinotti a rappelé que si l’aquaculture marocaine reste encore à un stade émergent, des projets pilotes soutenus par la FAO et accompagnés par l’ANDA « ouvrent la voie à une montée en puissance progressive », en complément de la pêche maritime traditionnelle.
C’est également dans cette dynamique aquacole que s’inscrit le témoignage de Sanaa Bhaby, membre du Réseau marocain des femmes de la pêche, venue rappeler l’évolution du rôle des femmes dans le secteur halieutique, et plus particulièrement dans l’aquaculture. Selon elle, ce segment en plein développement s’accompagne d’une présence féminine croissante, tant en nombre que dans la diversité des métiers exercés, traduisant une transformation progressive mais structurante du secteur. Une évolution qui, au-delà de l’enjeu social, constitue désormais un levier de performance et de durabilité pour l’aquaculture marocaine.
Enfin, la question des infrastructures et de la logistique, souvent moins visibles mais déterminantes pour la compétitivité du secteur, a été portée par Mega Rayonnage. Son responsable commercial, Ahmed Salaoui, a souligné l’importance de solutions de stockage adaptées aux environnements froids et aux exigences sanitaires de l’industrie des produits de la mer. Les systèmes de rayonnage et les contenants proposés visent à sécuriser la qualité des produits tout au long de la chaîne logistique, dans un contexte de montée en gamme des marchés à l’export.
Ces six témoignages ne constituent qu’un échantillon, certes limité mais particulièrement révélateur, des dynamiques à l’œuvre au sein de la filière halieutique africaine. À travers ces prises de parole complémentaires, SeaFood4Africa s’est affirmé, non comme un simple espace de promotion, mais comme un outil de lecture sectorielle, où les ambitions affichées se confrontent aux capacités industrielles, logistiques, humaines et technologiques réellement mobilisables.
En faisant dialoguer panels stratégiques et réalités exposées sur le salon, l’événement a positionné Dakhla comme un point de convergence crédible pour la filière halieutique africaine, à condition que les échanges engagés se traduisent, au-delà du salon, par des projets concrets, structurants et mesurables pour l’ensemble de l’écosystème.
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