Economie bleue africaine : les recommandations clés de Seafood For Africa 2026

Sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le secteur marocain des industries de la pêche s’est hissé à un rang stratégique, porté par une vision nationale ambitieuse et structurante. Acteur clé de la prospérité maritime du Royaume, il représente aujourd’hui plus de 20 % des exportations totales du Maroc et près de 35 % des exportations alimentaires, confirmant son rôle moteur dans l’économie nationale.

Cette dynamique a trouvé une résonance particulière à l’occasion de Seafood for Africa 2026, tenu à Dakhla sous Le Haut Patronage Royal, et qui s’est imposé comme un espace de convergence africaine autour des enjeux de l’économie bleue, de la transformation halieutique et de la souveraineté alimentaire.

Une filière structurée, créatrice de valeur et d’emplois

Du débarquement à la transformation, les professionnels marocains couvrent aujourd’hui l’ensemble de la chaîne de valeur halieutique, avec plus de 1,5 million de tonnes de produits de la mer débarquées chaque année dans les ports du Royaume. Sardine, poulpe et anchois demeurent les espèces emblématiques d’un secteur fondé sur un savoir-faire reconnu.

Représentée par la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la mer (FENIP) et ses associations membres, la filière se distingue par un tissu industriel diversifié : conserves, congélation, farines et huiles de poisson, conditionnement, transformation des algues marines et aquaculture.

Aujourd’hui, plus de 80 établissements de transformation génèrent 170 000 emplois directs, 490 000 emplois indirects et font vivre près de 3 millions de personnes, avec une contribution essentielle des femmes à tous les niveaux de la chaîne de valeur, renforçant la dimension sociale et inclusive du secteur.

Leadership mondial et reconnaissance internationale

Leader mondial des conserves de sardines, le Maroc bénéficie d’une reconnaissance internationale fondée sur la qualité sanitaire, la traçabilité et la qualité gustative de ses produits. La congélation à terre permet de préserver la fraîcheur des poissons nobles, des crustacés, des pélagiques et des céphalopodes, renforçant la compétitivité des exportations marocaines.

La filière des farines et huiles de poisson, portée par 23 établissements, dont certains créés dès les années 1940, illustre un héritage industriel ancien. Ces produits trouvent aujourd’hui des débouchés dans l’aquaculture, l’alimentation humaine, les compléments nutritionnels en oméga-3 ainsi que dans les industries alimentaire, pharmaceutique et cosmétique.

Parallèlement, le Maroc s’est imposé parmi les premiers producteurs et exportateurs mondiaux d’agar-agar, grâce à plus de 50 ans d’expertise dans la transformation des algues marines et à des investissements continus en innovation industrielle.

Passer de la vision à l’action : les enseignements du forum

Chargé de restituer les recommandations issues de la conférence Sea4Africa, Lahcen Ababouch, conseiller de la FENIP, a rappelé que les échanges menés durant deux jours et cinq panels ont marqué un tournant : celui du passage des diagnostics aux mécanismes opérationnels.

Les débats ont mis en évidence plusieurs priorités :

– la valorisation locale et régionale des ressources halieutiques,

– le développement de partenariats public-privé,

– la construction de chaînes de valeur africaines durables, innovantes et performantes,

– la modernisation des outils de production et de transformation, fondée sur le capital humain africain.

« À force de raffiner les visions, on finit par perdre la vue », a-t-il été rappelé, appelant à une mise en œuvre concrète des stratégies.

Gouvernance, science et coopération régionale

Pour Adnane Debbagh, expert en géopolitique et stratégie mondiale, l’un des messages centraux du forum réside dans la nécessité d’une gestion concertée des ressources halieutiques. Les stocks de poissons chevauchants ou les maladies animales aquatiques imposent des règles communes, une circulation rapide de l’information et une coopération transfrontalière étroite, associant recherche scientifique et acteurs privés.

La science, la donnée et les systèmes d’observation sont désormais au cœur d’une pêche moderne et responsable. Digitalisation, intelligence artificielle, capteurs, nouveaux procédés industriels : l’innovation devient la colonne vertébrale de l’économie bleue, à condition d’être accompagnée par la formation, l’assistance technique et l’appropriation par les acteurs de terrain.

Aquaculture et financement : deux piliers stratégiques

L’aquaculture s’est imposée comme un pilier de la sécurité alimentaire africaine. Son développement dépend d’une planification rigoureuse, du choix d’espèces adaptées, de la structuration des marchés et d’un meilleur accès au financement. Les expériences réussies en Égypte, en Tunisie, au Ghana ou au Niger offrent des modèles reproductibles à l’échelle continentale.

Sur le financement, un consensus clair s’est dégagé : il ne s’agit pas seulement de mobiliser davantage de ressources, mais de mieux structurer les projets pour réduire les risques. Finance mixte, fonds thématiques, garanties, assurances et obligations bleues constituent des outils prometteurs s’ils sont adossés à une ingénierie économique et sociale solide.

Huit priorités pour l’avenir de l’économie bleue africaine

À l’issue des travaux, le forum a dégagé un socle structuré de recommandations :

  • Accélérer la transformation locale et la montée en gamme des produits de la mer.
  • Placer science, donnée et traçabilité au cœur de la gestion des ressources.
  • Moderniser la chaîne du froid, les ports et la logistique.
  • Structurer l’aquaculture comme pilier de sécurité alimentaire.
  • Déployer des mécanismes de financement adaptés, publics et privés.
  • Renforcer la formation, l’innovation et l’information des acteurs.
  • Rééquilibrer les chaînes de distribution au profit des producteurs et des territoires.
  • Engager le renouvellement de la flotte côtière africaine, à travers des investissements africains portés par des entrepreneurs africains.

Une ambition inscrite dans la vision royale

Ces orientations s’inscrivent pleinement dans la Vision Royale, plaçant l’Afrique, l’Atlantique et la coopération Sud-Sud au cœur de la projection stratégique du Royaume. Dakhla est appelée à devenir un espace de démonstration et d’expérimentation de l’économie bleue africaine, s’inscrivant pleinement dans la Vision Royale qui place l’Afrique, l’Atlantique et la coopération Sud-Sud au cœur de la projection stratégique du Royaume.

Enfin, comme l’a souligné Lamia Znagui, directrice de la FENIP, Seafood for Africa est appelé à s’inscrire dans la durée. Une troisième édition pourrait faire du forum un laboratoire africain de solutions, capable de produire des feuilles de route, d’accompagner des projets pilotes et d’en assurer le suivi.

Seafood for Africa 2026 confirme ainsi une ambition claire : faire de l’économie bleue un levier majeur de souveraineté, de prospérité partagée et de stabilité durable pour l’Afrique.

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