
Le 24 avril 2022 à Washington, s’exprimant sur les priorités de l’Afrique en tant qu’invité de l’Africa Center de l’Atlantic Council, le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, a mis en garde : « l’Afrique doit se préparer à l’inéluctabilité d’une crise alimentaire mondiale. » Il a appelé à prendre vivement conscience de l’urgence face à ce qu’il a qualifié d’une convergence exceptionnelle de défis mondiaux pour l’Afrique, ne se produisant qu’une fois par siècle.
Selon M. Adesina, les pays les plus vulnérables du continent ont été les plus durement touchés par les conflits, le changement climatique et la pandémie de Covid-19, qui ont anéanti bien des progrès économiques et sociaux en Afrique. Il a ajouté que l’Afrique, dont les taux de croissance du PIB sont les plus faibles, a perdu jusqu’à 30 millions d’emplois à cause de la pandémie.
S’agissant de l’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, M. Adesina a exprimé sa sympathie pour le peuple ukrainien, décrivant ses souffrances comme inimaginables. Il a indiqué que les impacts de la guerre s’étendaient bien au-delà de l’Ukraine, dans d’autres parties du monde, notamment en Afrique. Il a rappelé que la Russie et l’Ukraine fournissent 30 % des exportations mondiales de blé, dont le prix a pratiquement augmenté de 50 % au niveau mondial, atteignant presque le même niveau que lors de la crise alimentaire mondiale de 2008. Il a ajouté que les prix des engrais avaient triplé et que ceux de l’énergie avaient augmenté, alimentant ainsi l’inflation.
M. Adesina a prévenu que le triplement du coût des engrais, l’envolée des prix de l’énergie et l’explosion du prix du panier de la ménagère pourraient s’aggraver en Afrique dans les mois à venir. Il a noté que 90 % des 4 milliards de dollars d’exportations de la Russie vers l’Afrique en 2020 étaient constitués de blé ; et que 48 % des quelque 3 milliards de dollars d’exportations de l’Ukraine vers le continent étaient constitués de blé et 31 % de maïs.
Selon le président de la BAD, pour éviter une crise alimentaire, l’Afrique doit rapidement accroître sa production alimentaire. « La Banque africaine de développement est déjà à pied d’œuvre pour atténuer les effets de cette crise alimentaire par le biais de la Facilité africaine d’intervention et d’urgence en cas de crise alimentaire, un mécanisme spécifique que la Banque entend mettre en place pour fournir aux pays africains les ressources dont ils ont besoin pour augmenter la production alimentaire locale et se procurer des engrais », a-t-il révélé.
« Mon principe est simple : l’Afrique ne doit pas mendier. Nous devons résoudre nous-mêmes nos propres défis sans dépendre des autres… », a affirmé M. Adesina, qui évoque les premiers succès obtenus grâce à une initiative innovante de la Banque, le programme phare Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine (TAAT, de son acronyme anglais), portant sur 9 filières alimentaires dans plus de 30 pays africains.
Le programme TAAT a ainsi permis d’accroître rapidement la production alimentaire sur le continent, notamment la production de blé, de riz et d’autres cultures céréalières. « Nous joignons le geste à la parole. Nous produisons de plus en plus les aliments que nous consommons. Notre Facilité africaine d’intervention et d’urgence en cas de crise alimentaire produira 38 millions de tonnes de nourriture », a-t-il estimé. TAAT a déjà fourni des variétés de blé tolérantes à la chaleur à 1,8 million d’agriculteurs dans 7 pays, ce qui a permis d’augmenter la production de blé de plus de 1,4 million de tonnes, pour une valeur de 291 millions de dollars.
Le président de la Banque a estimé qu’il y avait trois leçons à tirer pour l’Afrique des défis auxquels elle est actuellement confrontée : premièrement, le continent ne peut plus laisser la sécurité sanitaire de sa population à la bienveillance des autres ; deuxièmement, il doit envisager les investissements dans la santé différemment et faire du développement d’un système de défense sanitaire une priorité — en investissant dans des infrastructures sanitaires de qualité — ; et troisièmement, les économies — qui sont déjà en train de se redresser — doivent créer les conditions budgétaires pour faire face aux défis de la dette.
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