Économie Bleue : le Maroc navigue vers un avenir durable

Le 15 mai 2024, Casablanca a accueilli le Forum International de l’Industrie Halieutique, réunissant des experts pour discuter de la durabilité du secteur. Cet événement, organisé par la FENIP et le SIPPO en collaboration avec la Commission Générale de la Pêche en Méditerranée, visait à partager les progrès et solutions innovantes pour une exploitation responsable des ressources marines. Après deux éditions réussies, le forum a évolué pour offrir une plateforme dynamique d’échanges et de collaborations internationales. L’accent a été mis sur les dimensions économiques, sociales et environnementales de la durabilité, en couvrant l’ensemble du cycle de vie des produits de la mer. Les participants ont espéré ainsi renforcer les pratiques durables et répondre aux défis actuels du secteur halieutique.

Face aux enjeux climatiques et économiques contemporains, Sa Majesté le Roi a placé la durabilité des ressources marines au cœur des préoccupations nationales. Son appel à une exploitation plus responsable des océans, communément désignée sous l’appellation “économie bleue”, devient l’axe central de la politique halieutique du royaume.

Le secteur de la pêche, pilier de l’économie marocaine, représente plus de 8% des exportations totales du pays et contribue à hauteur de 2.3% au PIB national, avec un chiffre d’affaires de 28 milliards de dirhams en 2023. Face à ce tableau impressionnant, les défis ne manquent pas, notamment avec l’apparition d’espèces intrusives telles que la bécasse de mer, exacerbés par le réchauffement climatique.

Le Maroc, riche de son littoral et de ses ressources marines diversifiées, joue un rôle crucial dans le secteur halieutique mondial et régional, particulièrement en Afrique. Cependant, cette richesse naturelle est confrontée à des défis croissants. « La surpêche, la pollution de l’écosystème marin, les effets du changement climatique, ainsi que la cherté des produits énergétiques et des intrants, sont autant de facteurs contribuant à la dégradation de nos ressources halieutiques », a expliqué Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts.

Pour y remédier, le Maroc mise sur des initiatives innovantes et législatives, notamment en développant l’aquaculture.

Ce secteur connaît une croissance remarquable, avec la réalisation de 442 projets. « Nous avons récemment mis en place une loi spécifique pour réguler ce secteur en pleine expansion », a souligné Mohammed Sadiki. Ces initiatives contribuent à la nouvelle stratégie nationale d’économie bleue, où le secteur halieutique joue un rôle pivot.

Appel de la FENIP pour une réforme urgente du système de commercialisation du poisson industriel

Les défis ne sont pas uniquement environnementaux. « La gestion des habitats marins et le comportement migratoire des espèces nécessitent une adaptation continue de nos méthodes », ajoute M. Sentissi. La collaboration avec les professionnels de la pêche et de l’industrie de transformation est donc cruciale pour aligner les pratiques sur les réalités du terrain et garantir des bénéfices mutuels.

La Fédération Nationale des Industries de la Pêche (FENIP) souligne également l’importance de repenser le modèle économique du secteur. « Il est impératif d’améliorer notre performance et d’ouvrir de nouveaux horizons », affirme le président de la FENIP. Une réforme du système de commercialisation est envisagée, favorisant une plus grande implication du secteur privé et la suppression des intermédiaires superflus.

En réponse à ces défis, la FENIP propose la tenue d’assises nationales pour définir ensemble les stratégies de développement durable. « Ces assises seront une plateforme pour débattre des meilleures pratiques et définir des objectifs communs », conclut le président de la FENIP, qui appelle à un engagement renforcé de tous les acteurs du secteur.

Dans un monde en constante évolution, l’industrie halieutique marocaine s’oriente vers un futur où l’innovation, la collaboration et la durabilité sont les clés d’un développement harmonieux et respectueux de l’environnement marin.

Soutien suisse pour une industrie durable

Le programme Swiss Import Promotion Program (SIPPO), financé par le Secrétariat d’État à l’économie suisse, opère depuis 2016 en étroite collaboration avec divers secteurs marocains, dont la pêche, l’agroalimentaire et le textile. Karim El Haoud, représentant du SIPPO, a souligné l’importance de cette coopération. « Ce programme fournit une assistance technique et des services de conseil à nos partenaires et aux entreprises membres des fédérations publiques », a-t-il précisé.

Grâce à ce partenariat solide, des initiatives innovantes ont été mises en œuvre pour promouvoir la durabilité. Parmi celles-ci, la charte sur la durabilité développée par un expert du programme et une conférence dédiée à ce thème. « Nous avons aussi travaillé sur la digitalisation et la dématérialisation des procédures, améliorant ainsi le service fourni par la FENIP à ses membres », a expliqué M. El Haoud.

La conférence de Casablanca a été une occasion précieuse pour partager les succès et échanger des idées innovantes. « Je suis convaincu que cette conférence renforcera notre engagement commun envers la durabilité », a déclaré M. El Haoud, remerciant toutes les parties prenantes pour leurs efforts continus. 

Défis persistants et coopération régionale

Malgré les efforts, des défis comme la surpêche et la pollution marine persistent. « L’avenir du secteur de la pêche dépend de notre capacité à nous adapter et à innover », a ajouté M. Sadiki. La coopération régionale, en particulier avec les pays africains, est essentielle pour préserver les ressources partagées de l’océan Atlantique. « En travaillant ensemble, nous pouvons atteindre des objectifs écologiques, économiques et sociaux communs. »

« La vision de Sa Majesté est une lumière qui guide nos efforts pour surmonter ces défis », déclare Hassan Sentissi El Idrissi, président de la FENIP. « Notre engagement à concrétiser cette vision est total et se traduit par des actions concrètes pour garantir la pérennité de notre industrie », ajoute-t-il.

En collaboration avec l’Institut National de Recherche Halieutique (INRH), le département de la Pêche met en œuvre des politiques basées sur des études scientifiques pour gérer durablement les stocks de poissons pélagiques. « 95% de nos pêcheries sont gérées dans le cadre de plans d’aménagement rigoureux », précise un responsable de l’INRH. Ces initiatives visent à établir des quotas de pêche adaptés et à renforcer la résilience de l’industrie face aux aléas climatiques.

L’avenir du secteur de la pêche repose sur notre capacité à nous adapter, innover et collaborer de manière étroite et harmonieuse. « Nos institutions et notre secteur privé doivent travailler ensemble pour atteindre les objectifs de durabilité de la stratégie du secteur à l’horizon 2030 », a ajouté M. Sadiki. Cette collaboration est essentielle pour surmonter les défis et préserver les ressources marines pour les générations futures.

Trois entreprises primées pour leur engagement durable

Trois entreprises ont été mises à l’honneur lors de la cérémonie de remise des trophées de la 3ème édition du Forum International de l’Industrie Halieutique au Maroc. 

Le prix « Durabilité » a été attribué aux « Conserveries Marocaines Doha », à l’entreprise « Scandimar » et à « Maroc Bleu ». Ces entreprises ont été reconnues pour leur engagement en faveur de pratiques durables dans l’industrie halieutique.

Des prix de reconnaissance ont également été remis à plusieurs figures clés du secteur. Moulay Hamdi Ould Errachid, président de l’Association Nationale des Industries de la Congélation des Produits de la Mer (ANICOM), représenté par Meriem Aamar Hadad, a été honoré pour sa contribution. Sidi Tayeb El Moussaoui, membre de la FENIP, représenté par Badr El Moussaoui, et Mohamed Kantaoui, également membre de la FENIP, ont aussi été distingués.

Amine Bensaih, président de la Fédération Industrielle des Produits de la Mer (FIPROMER), Hassan Sentissi El Idrissi, président de la FENIP, et Mohamed Ali Edaddi, président de l’Association Marocaine de l’Aquaculture (AMA), ont été récompensés pour leur leadership. Le Consultant SIPPO, Lahsen Ababouch, ainsi que les experts internationaux Amadou Tall, Mohamed Bouayad et Messaouda Rachid, ont également été reconnus pour leurs contributions.

Le prix de la catégorie « Best Leader » a été décerné à Lamia Znagui, directrice de la FENIP. « Cette distinction reflète notre engagement envers l’innovation et la durabilité dans l’industrie halieutique », a-t-elle déclaré, soulignant l’importance de ces valeurs pour le futur du secteur. 

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