En marge de SeaFood4Africa, organisé à Dakhla, Hubert Seillan, président de la Fondation France-Maroc pour la paix et le développement durable, a livré une analyse structurée du Sahara marocain, qu’il a présenté comme un espace stratégique désormais central dans les recompositions géopolitiques Nord-Sud et Sud-Nord.
Dès l’entame, l’orateur a posé le cadre conceptuel de son intervention : « Dans un monde traversé par les tensions, les rivalités de pouvoir et les recompositions territoriales, l’espace n’est jamais neutre. Il est à la fois enjeu, instrument et représentation ». Une grille de lecture articulée autour de trois notions indissociables : la géopolitique, la géostratégie et la géopoétique.
Sur le plan géopolitique, Hubert Seillan a rappelé que celle-ci permet de « comprendre comment les rapports de force entre États, organisations, entreprises ou sociétés civiles s’inscrivent dans des territoires concrets, marqués par l’histoire, les frontières et les ressources ». La géostratégie, quant à elle, relève de l’action : « Elle porte sur les choix militaires, économiques, énergétiques ou technologiques qui visent à contrôler des points névralgiques, sécuriser des approvisionnements ou influencer des zones d’influence ».
À cette double lecture s’ajoute la géopoétique, dimension plus symbolique mais déterminante. « Elle interroge la manière dont les territoires sont rêvés, racontés et symbolisés par les discours politiques et médiatiques, et comment ces représentations façonnent les identités collectives et, en retour, les pratiques géopolitiques », a-t-il souligné.
À Dakhla, en 2026, cette articulation prend une dimension tangible. « Ici, l’espace n’est pas une abstraction théorique : il s’éprouve dans les paysages, les projets, les frontières et les tensions », a insisté Hubert Seillan, avant de marquer la rupture temporelle : « Il y a encore quelques années, je ne pouvais faire état que d’espérances et de projections. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’espérances, mais d’assurances ».

Cette bascule du souhait vers l’acte s’est traduite, selon lui, par une séquence diplomatique décisive. La lettre ouverte adressée au Secrétaire général des Nations unies à l’automne 2025, puis la résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025, ont constitué « un passage du possible au réel, du pressenti au confirmé ». La résolution a validé le plan d’autonomie proposé par le Maroc et refermé, de facto, le cycle d’incertitude juridique entourant le dossier.
Dans cette nouvelle configuration, Dakhla s’impose comme un levier stratégique majeur. « Le port atlantique de Dakhla annonce une phrase nouvelle écrite sur la carte de l’Atlantique, une ponctuation forte entre les rivages d’Europe et ceux de l’Afrique de l’Ouest », a-t-il affirmé. Longtemps tournée vers le désert et la pêche, la ville devient « un aimant stratégique », appelé à structurer les flux commerciaux, logistiques et énergétiques.
« Autour des quais, entrepôts et zones industrielles se multiplient les projets », a poursuivi Hubert Seillan, citant l’essor des énergies vertes -solaire, éolien et hydrogène- qui confèrent à cette dynamique « une légitimité internationale particulière, en l’inscrivant dans l’agenda global de la transition énergétique ».
En conclusion, l’intervenant a résumé l’enjeu central de cette recomposition : « En assumant pleinement Dakhla comme pivot atlantique et le Sahara comme espace d’autonomie avancée, le Maroc ne clôt pas seulement un dossier ancien ; il ouvre une séquence nouvelle, où diplomatie, économie et imaginaires se répondent et se nourrissent mutuellement ».
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