Mme Katharina Felgenhauer, Directrice Générale de la Chambre Allemande de Commerce et d’Industrie au Maroc (AHK)

Le Maroc a de réels atouts pour exporter davantage vers l’Allemagne, notamment dans les fruits, les légumes frais et les produits transformés de haute qualité

Il est essentiel de considérer les nouvelles normes comme une opportunité de monter en gamme et non pas comme une contrainte. Les consommateurs allemands et européens veulent savoir ce qu’ils mangent, d’où cela vient, et comment cela a été produit. Ceci implique d’investir dans la traçabilité, dans la réduction de l’empreinte carbone et dans les certifications internationales. 

Alors que les relations économiques entre le Maroc et l’Allemagne connaissent une dynamique croissante, le secteur agroalimentaire se positionne comme un levier stratégique pour les deux pays. Avec des échanges dépassant 6,7 milliards d’euros en 2024 et une intensification des partenariats autour de la gestion de l’eau, de la résilience climatique et de la modernisation agricole, les perspectives de coopération s’élargissent considérablement. Dans cet entretien, Madame Katharina Felgenhauer, Directrice Générale de la Chambre Allemande de Commerce et d’Industrie au Maroc, revient sur les opportunités offertes par ce partenariat, le rôle des salons comme ANUGA et les défis à relever face aux nouvelles exigences européennes.

Comment évaluez-vous l’évolution des relations économiques entre l’Allemagne et le Maroc dans le secteur agroalimentaire ?

Aujourd’hui, les relations économiques entre l’Allemagne et le Maroc, dans le domaine agroalimentaire, sont à la fois solides et en pleine expansion. En 2024, l’Allemagne était le sixième partenaire commercial du Maroc, avec des échanges équilibrés : environ 3,2 milliards d’euros d’importations en provenance du Maroc et 3,5 milliards d’euros d’exportations vers le Maroc, selon les données officielles. Ce partenariat s’est encore renforcé début 2025, lors de la Semaine verte de Berlin, où les ministres agricoles des deux pays ont créé un groupe de travail conjoint axé sur les enjeux agricoles communs comme la gestion de l’eau et la résilience climatique. Il faut rappeler que l’industrie agroalimentaire est l’une des branches stratégiques du Maroc : elle pèse environ 5 % du PIB et capte à elle seule un quart des investissements industriels du pays, ce qui illustre toute son importance.

Quelles sont, selon vous, les principales opportunités pour renforcer les exportations marocaines vers l’Allemagne et inversement ?

Le Maroc a de réels atouts pour exporter davantage vers l’Allemagne, notamment dans les fruits, les légumes frais et les produits transformés de haute qualité. Mais il y a un potentiel encore plus grand dans les produits bio, un segment en forte croissance sur le marché allemand. Dans l’autre sens, l’Allemagne dispose d’un savoir-faire unique dans les technologies agricoles : irrigation de précision, robotique, biotechnologies, digitalisation des exploitations. Le marché marocain est aujourd’hui en pleine modernisation et ces solutions allemandes peuvent y apporter une valeur ajoutée considérable. Le Maroc vise par ailleurs à porter le taux de transformation locale de ses produits agricoles de 20 % à 70 % dans les prochaines années, ce qui constitue un champ de coopération immense pour les entreprises allemandes.

Cela s’est illustré en mars dernier, où nous avons accompagné une délégation de douze entreprises allemandes, dont les deux principales fédérations professionnelles du secteur, la BVEO et le DRV, ainsi que des coopératives et des entreprises de premier plan. La mission s’est rendue dans la région du Souss-Massa ainsi qu’à Casablanca et ses environs, offrant une vision très concrète du potentiel agricole et industriel marocain. Cette initiative a montré combien les opportunités sont réelles et mutuellement bénéfiques.

Dans la continuité, nous accompagnons aujourd’hui la Chambre d’Agriculture d’Agadir dans l’organisation d’une visite d’entreprises agricoles à Berlin, prévue du 15 au 20 septembre. Cette initiative s’inscrit directement dans le prolongement de la délégation allemande venue en mars et traduit l’intérêt grandissant du côté marocain pour renforcer les échanges avec l’Allemagne.

En quoi les salons comme ANUGA peuvent-ils servir de catalyseurs à cette coopération ?

Les salons comme ANUGA sont de véritables plateformes d’échanges internationaux : ils permettent aux producteurs marocains de présenter leurs produits directement aux acheteurs et distributeurs allemands et européens, tout en prenant le pouls des tendances du marché. C’est aussi un cadre privilégié pour nouer des contacts de confiance et amorcer des coopérations concrètes. L’AHK Maroc, en tant que représentation officielle de Kölnmesse, accompagne les entreprises marocaines dans leur participation, que ce soit en tant qu’exposant ou visiteur. Il est important de souligner que le Maroc dispose lui aussi d’un rendez-vous phare avec le SIAM à Meknès, qui est devenu un point de rencontre incontournable pour les acteurs internationaux, y compris allemands.

Quels sont les dispositifs d’appui ou de mise en relation proposés par la Chambre allemande aux exportateurs marocains souhaitant pénétrer le marché allemand ?

Notre mission est de représenter et de renforcer les relations économiques bilatérales, dans les deux sens. Concrètement, pour les entreprises marocaines qui souhaitent exporter vers l’Allemagne, nous proposons un service d’accompagnement ciblé : cela passe par des conseils sur les normes et les attentes du marché, par la participation à des salons professionnels, mais aussi par la mise en relation avec des importateurs et distributeurs allemands

Quels conseils donneriez-vous aux industriels marocains pour répondre aux nouvelles exigences européennes, notamment dans le cadre du Pacte Vert ?

Il est essentiel de considérer ces nouvelles normes non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité de monter en gamme. Les consommateurs allemands et européens veulent savoir ce qu’ils mangent, d’où cela vient, et comment cela a été produit. Cela implique d’investir dans la traçabilité, dans la réduction de l’empreinte carbone et dans les certifications internationales. Les entreprises marocaines qui prennent cette voie auront un avantage compétitif certain. Il est également crucial d’anticiper ces évolutions réglementaires en s’informant, en se formant et en recherchant des partenaires pour les accompagner dans cette transition.

Un mot à adresser aux visiteurs et exposants d’ANUGA et du Grain & Milling Expo concernant les perspectives germano-marocaines dans ce secteur ?

Nous avons d’un côté un pays producteur, exportateur, dynamique, avec une agriculture résiliente, et de l’autre un partenaire technologique et un marché exigeant, tourné vers l’avenir. Les deux se complètent parfaitement, et c’est dans cette complémentarité que se trouvent les plus belles perspectives pour les prochaines années.

Les Français, les Espagnols et maintenant les Britanniques investissent directement dans l’agroalimentaire au Maroc. Pourquoi les Allemands n’en font pas autant et qu’est-ce qui pourrait être fait pour les encourager à investir dans ce secteur dans le futur ?

C’est vrai que les investisseurs allemands sont encore plus prudents lorsqu’il s’agit d’investir directement dans l’agroalimentaire au Maroc. Ils privilégient pour l’instant la fourniture de technologies et de services, là où ils sont historiquement très forts. Mais la tendance devrait évoluer. En tant qu’AHK, notre mission est justement de montrer aux entreprises allemandes les opportunités concrètes au Maroc, de les accompagner dans leur implantation et de faciliter les partenariats avec des acteurs locaux. Je suis convaincue que dans les prochaines années, nous verrons davantage d’investissements directs allemands dans l’agroalimentaire marocain.  

Parcours :

Depuis juillet 2023, Katharina Felgenhauer est Directrice Générale de la Chambre Allemande de Commerce et d’Industrie au Maroc (AHK Maroc), qui regroupe plus de 950 membres et accompagne les entreprises dans leur implantation, leurs partenariats et leur développement entre le Maroc et l’Allemagne.

Spécialiste du développement des marchés africains depuis 2012, elle a travaillé au Kenya, au Ghana et au Nigeria, occupant divers postes au sein du réseau des Chambres de Commerce allemandes, d’entreprises privées et d’organisations internationales.

Avant cela, elle a dirigé des projets de développement international en partenariat avec les Nations Unies et présidé le Conseil consultatif économique de l’ONU-HABITAT (2011‑2013). Son expérience s’étend également au Chili, au Guatemala, au Costa Rica, en France et en Allemagne. Elle est diplômée en relations internationales avec une spécialisation en économie.

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